09 mai 2012

je pense à elle comme au Bon Dieu, sans trop y croire

// Assise aux pieds de Marie Modiano, je la regarde regarder son amoureux, Peter von Poehl, alors qu'elle lit un de ses textes qu'il a mis en musique, on dirait qu'elle le lit que pour lui seul, que le micro n'existe pas, elle le regarde l'oeil qui frise et il lui répond de son sourire énigmatique, il est tout à sa guitare, très concentré sur ce qu'elle lit, on dirait qu'il veut ajuster chaque note sur chaque syllabe qu'elle prononce, il la regarde comme si c'était la plus belle femme du monde et comme si ses textes étaient les plus beaux poèmes du monde, je regarde leurs bagues briller à leurs doigts et je pense que oui alors, c'est possible, on peut être mariés et s'aimer si fort que ça fait tout vibrer autour, passer la soirée à se dévorer du regard, et s'embrasser à peine la scène quittée, et ça m'émeut. J'ai l'impression que je pourrais pleurer tellement je les trouve beaux. Il faut dire que je suis ivre, complètement ivre. L'été n'est pas au rendez-vous et tant pis pour lui ; nous, nous sommes là, dans le jardin de ce musée où je suis déjà venue une fois il y a longtemps, on a déjà bu trois cocktails fort bien dosés, dont un aux orties dont j'ai raffolé, et ça commence à faire beaucoup avec tout le rosé bu l'avant-veille, pour mieux supporter le débat dans l'ordinateur transformé en télévision pour l'occasion. Je bouillais intérieurement quand ils ont commencé à s'affronter, je n'arrêtais pas de dire à V. ohlala j'ai peur j'ai peur, je me suis surprise à comprendre des tas de choses économiques, et j'ai exulté au moment de « Moi, président » [oh, vous connaissez mon amour de l'anaphore hein], et du coup, on avait terminé la bouteille de rosé, parce que bon, voilà. / J'ai raté une tarte au citron meringuée pour un dîner avec des copains, et j'étais tellement vexée que j'en ai refaite une pour aller goûter chez Clem', et elle était drôlement bonne, et jolie, aussi. Ouf, parce que je n'aurais pas supporté deux échecs successifs (les restes de la première tarte ayant atteri sur une camionette dans un geste freudien desespéré)(ou à cause d'une cheville farceuse). J'avais aussi apporté deux bougies pour Élizabeth qui fêtait ses 11 mois, et en la regardant manger son premier cookie, je me suis souvenue d'elle qui n'était pas encore elle l'année dernière dans le ventre de Clem' quand on avait regardé l'après-midi entière le mariage princier à la télévision en mangeant des douceurs anglaises. On a bu du thé, je me suis entr'aperçue mère de plusieurs enfants et cette idée m'a réjouie autant qu'elle m'a effrayée, on a gouté à n'en plus finir, c'était doux. / Oh-la-la, j'ai attrapé la mononucléose et je suis épuisée ; oh-la-la, j'ai lu Rapport sur moi de Grégoire Bouillier offert par la copine du hasard et j'ai été happée au milieu de ma fièvre ; oh-la-la j'ai regardé ce si beau unique concert en mangeant un risotto de coquillettes préparé par mon amoureux pour me remettre sur pieds ; oh-la-la, j'ai dormi dormi dormi comme dans un conte ; oh-la-la la petite fille m'a fait la tête, et je la comprends, les mamans au bois dormant, c'est pas ce qu'on a fait de mieux ; oh-la-la je me suis traînée au cinéma avec Anouk et c'était bien, d'être toutes les deux ; oh-la-la j'ai fini tous les oh-la-la. / Et puis, j'ai été exaucée, et la fièvre s'est tirée, j'ai été assez en forme pour sauter dans le métro le 6 mai à 19h15, et pour hurler en choeur place de la Bastille tout ce qu'on avait sur le coeur, et pour prendre quelques clichés de ce jour qu'on racontera à Bertille [la Bastille sans Bertille, un comble !]. / Je me réjouis un peu de ce temps pourri, parce que j'imagine que ça veut dire qu'on aura un été incroyable, et dans ce cas, ça me va. Et puis my girl a consenti à me sourire à nouveau, la prof de barre au sol m'a dit que j'étais bien placée, j'ai envoyé un texto à la mère de V., on a prévu nos vacances de cet été en avance, on s'est avoué que notre primeur était dégueulasse et on a trouvé un nouveau maraîcher et avec lui les meilleurs avocats du monde, bref, le changement, c'est... //

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25 avril 2012

toi moi nous le même parfum dans nos cous

// Je rêvasse sous la couette encore chaude de nos sommeils pendant qu'il prépare une belle table de petit-déjeuner, c'est mercredi matin sans enfant, un mercredi matin normal d'un couple de pas-encore-25-ans, un mercredi matin qu'on ne connaît pas, qu'on n'a presque jamais connu, et qui a un petit air de fête. Pas de fromageblancbananefleurdoranger à préparer, pas de petite robe à enfiler, pas de petite frimousse à nettoyer, pas de trois petits cochons sur l'écran le temps de faire le gros pansement à la petite main gauche, pas de non mon coeur, on laisse Tigre ici, tu le retrouveras ce soir. Sur le feu, le café bloblotte doucement. J'ai hâte de le goûter, c'est le premier café que je fais dans l'adorable cafetière italienne que m'ont offert mes parents pour mon anniversaire, le premier café que je fais tout court d'ailleurs. Vous la verriez, elle est toute petite, en métal rouge, avec écrit bella dessus, elle est tellement jolie qu'on dirait un objet de dînette. V. vient me rejoindre sous la couette le temps d'écouter les informations sur notre petit poste de radio, et pendant cinq minutes j'ai très envie qu'on reste là toute la journée, à écouter d'une oreille les émissions et de l'autre la pluie battre le carreau, et puis on aurait fait des crêpes beurre-sucre-citron et puis on aurait encore joué aux billes avec des smarties sur la table de la cuisine et puis on aurait regardé de vieilles photos et on aurait commencé deux nouveaux romans et puis et puis. Mais on s'est courageusement levé, on a bu notre moka, et je me suis dit qu'on y était, maman-est-dans-la-cuisine-qui-aime-le-café, papa-est-dans-la-salle-de-bain-qui-se-rase-pour-aller-au-travail, je me suis sentie vieille et en même temps ça m'a rasseréné, qu'elle puisse ressentir ça les matins où elle se réveille dans son appartement, cet état cotonneux que j'aimais tant enfant quand j'entendais mes parents se lever et se préparer pour leurs journées avant de venir me réveiller. / Le matin de mes 24 ans, j'ai allumé la radio et je me suis replongée dans la couette-nuage comme j'aime le faire, et pile à cet instant-là, Pascale Clark a dit qu'elle allait nous faire écouter une chanson de Julia Stone & Benjamin Biolay. Alors je me suis dit qu'elle était folle, qu'elle s'était trompée, mais non, c'était bien eux qui chantaient, là, tout près de moi, tous les deux. Vous vous rendez compte ? Mon chanteur préféré et ma chanteuse préférée, le duo le plus improbable du monde et de l'univers et bah si, poum, une chanson commune et inédite au réveil du 19 avril. Folie ! J'ai envoyé un texto à V. qui disait hiiiiiiii c'est fou c'est fou. L'après-midi de mes 24 ans, je suis sortie du métro et je me suis faite alpaguée par un beau jeune homme qui me disait que c'était le deeeernier meeting de Mélenchon, que c'était à côté et qu'il fallait y aller. Alors on y est allé, Bertille sur mes épaules applaudissait à tout rompre pour le plus grand bonheur des militants qui nous entouraient, il y avait la ferveur que j'aime tant, l'Internationale, les hot-dogs et l'odeur de fumée et de printemps mélangés. Le soir de mes 24 ans, j'ai mangé mes makis préférés et à côté de la lettre de mon amoureux il y avait deux places pour aller voir chanter Julia Stone. / Et puis, passer le samedi au parc d'attraction en amoureux, enchaîner les loopings parce qu'il pleut et qu'il n'y a personne, encore & encore & encore se tenir la main et crier très fort quand le wagonnet arrive en haut de la montagne russe. Et puis, rentrer épuisés et trempés, pousser la porte de l'appartement, et entendre surpriiiiiise, voir la table couverte de victuailles plus appétissantes les unes que les autres, souffler mes bougies sur le plus merveilleux des cheesecake, rire toute la soirée. Et puis, aller voter main dans la main, se chicaner sur nos choix, filer retrouver Bertille et la regarder danser devant la télévision quand les résultats apparaissent à 20h00, se demander l'espace d'un instant ce qu'on a fait là, quel monde l'attend au juste, penser à cette femme médecin qui a soigné ma bronchite la semaine dernière en s'exclamant que faire des enfants étudiants, c'est vraiment pas malin (!), et avoir envie d'être déjà le 6 mai, une rose à la main. / & les jolies choses de cet avril de pluie : les brassées de lilas en banlieue ; la virée shopping avec ma maman et ma fille à la recherche d'un imperméable pour cette dernière ; le carnet de voyage de Florence écrit dans le si bel appartement de D. à Bruxelles et déjà relu trois fois depuis ; les dîners avec les uns, les autres ; les dej' entre copines pas vues depuis longtemps et les dej' rituels une fois par semaine le long du canal avec la copine du hasard ; la nostalgie des après-midi passées à la même époque l'année dernière chez ma chère Clem' ; les envies de nail art farfelues ; la voix de Marceline Loridan-Ivens qui racontait sa vie ces jours-ci sur France Inter et France Cul' (& son rire, bon sang, son rire...) et qui m'a maintenue assise par terre dans la cuisine, le dos contre  le placard, une après-midi entière à l'écouter raconter Auschwitz (s'il vous plaît, écoutez-la, , je crois qu'il le faut, pour nos enfants et ceux qui viendront) ; le mariage de l'été qui approche ; Bertille qui imite tous les animaux de la création, et la girafe mieux que personne ; les colis des copines qui font tellement chaud au coeur ; et hier soir, donc, Julia Stone, qui nous a raconté off the record sa dernière histoire d'amour, qui a chanté cette incroyable chanson et qui m'a enchantée. Après, nous avons traîné sous la pluie avant d'aller manger des frites dans un bistrot, et de reprendre le métro, moi couchée la tête sur les genoux de V. comme quand nous avions quinze ans. Certains jours il me semble que finalement, pour des pas-encore-25-ans, on ne se débrouille pas trop mal. // Et merci pour vos doux voeux d'anniversaire, ici, dans ma boîte, ailleurs, merci ! 

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je me souviens oui je me souviens 
non pas des mots
mais de la paume de ta main dans ma main

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19 avril 2012

Vingt-quatre ans elle a, la gamine.
Happy hippie birthday, oh oui, j'en rêve. 

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09 avril 2012

avec vous messire faire des affaires c'est un plaisir

Bon baisers de Bruxelles.
From Brussels, with love.

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01 avril 2012

et du soleil quand on mettra les voiles

 

Bon baisers de Florence.
From Firenze, with love. 

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27 mars 2012

tout Paris se changera en baisers



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Vous vous souvenez de l'histoire du printemps de l'année dernière ?
Comme j'avais aimé tous vos textes ! Je les relis très souvent. 

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Cette année, le printemps c'est
des ballerines qui montrent le début des orteils
des mains dans les cheveux
les tableaux de Matisse
les ciels bleus
une voiture rose malabar
l'eau des fontaines dans le soleil
des fraises de chez le chocolatier chic
du vent dans les petites boucles
une robe en lin 
la recherche du plus beau caillou du parc 
de l'air de l'air de l'air
it's a wonderful wonderful life, n'est-ce pas ?

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Ma maison virtuelle a eu 4 ans avant-hier.
Vous êtes toujours plus nombreux à pousser la porte.
Il y a les discrets du grenier, les copains avec qui je discute sur la terrasse,
ceux qui préfèrent la cuisine, et puis, tous les autres, qui vont, qui viennent.
Vous savez, ici, on y vient à pied, on ne frappe pas.
(Je me demande dans quelle mesure cette chanson beaucoup entendue petite joue dans
mon désir ardeeent d'aller à SF, mmh ?) 
Et si vous voulez, je rajoute des coussins sur le canapé.

Merci ! 
Oh, oui, merci !



Et ton coeur et mon coeur sont repeints au vin blanc, lalalalaaaaaa

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22 mars 2012

ton message à la Grande Ourse

Pour Hélène, dont j'aime tant le travail, et la poésie,
onze choses sur moi puis mes onze réponses à ses onze questions.

// Je me suis acheté un short et un pantalon ces derniers jours, et c'est fou, parce que ça fait presque huit ans que je porte exclusivement des jupes et des robes. / Et aussi, je viens de découvrir que j'aime le café, et je trouve ça tellement claaasse, de demander un café dans un café (je vieillis ou quoi ?). / Je n'aime plus lire les magazines féminins ou de déco, ça y est, c'est fini. Quand j'en achète un maintenant, il traîne pendant des lustres sans que je n'arrive à le terminer alors qu'avant, chaque rubrique me fascinait (ouais, je vieillis, c'est sûr de sûr). / Enceinte, je ne pouvais pas imaginer avoir autre chose qu'une fille sous mon nombril, et pourtant, lorsque je pense à bébé-b., je pense souvent à elle comme un enfant sans sexe. / Je crois que je pourrais passer la vie entière sans travailler, à juste laisser s'égrainer le temps, à m'émouvoir d'un rayon de soleil derrière un rideau blanc, du mouvement du chat qui s'étire, de l'odeur de la banlieue, et ça me fait peur. / Je ressens le besoin d'en savoir plus sur les origines des deux familles de mes parents, mais je n'ose pas le leur demander. / Je voudrais faire des études de graphisme (lalalaaaa). / J'aimerais bien, pour une fois, avoir une belle fête d'anniversaire. / J'ai tellement hâte de voter ! / Je dors toute nue, été comme hiver, et quelle difficulté quand je ne dors pas chez moi. / Je dis toujours "Bonjour Monsieur" ou "Bonjour Madame" et ça m'a valu beaucoup de sourires et quelques anecdotes rigolotes. //

// J'ai collectionné longtemps, et depuis très petite (mais d'où me venait cette idée ?) les capsules de champagne (ouais, j'étais placomusophile, un problème ?), certains amis continuent à m'en abreuver alors que ça ne m'intéresse plus et je n'ose pas le leur dire. J'ai décidé d'arrêter de collectionner, notre appartement est au moins trois fois plus vide qu'avant la venue de Bertille et je préfère mille fois la vie comme ça. Mais j'ai un gros carnet avec les mots que mon amoureux m'écrit tous les matins avant de partir pour sa journée, et je crois que c'est une des choses les plus précieuses que je possède. / Je ne sais pas si j'aime repasser ou pas, parce que je n'ai jamais appris. C'est V. qui fait ça à la maison (et qui le fait très très bien, ohlala, surtout les draps-housses et les touts petits habits de bébé). Peut-être que j'aimerais, parce que j'aime l'odeur de la pièce où l'on repasse, le linge à la fois frais et moite. / Capable de monter dans le premier train qui passe ? Oh oui, bien sûr ! Mais alors, avec mes complices ! / Je n'ai jamais aimé dormir à la belle étoile, dans l'herbe. Par contre, mettre le matelas, et la couette, et les oreillers sur la terrasse ou le balcon et faire comme si c'était une cabane et chercher la Grande Ourse et se réveiller très tôt avec les oiseaux, oh oui, mille fois oui, c'est un des plaisirs de l'été, non ? / La main verte, mmh, je n'en sais rien à vrai dire. Pauvre petite fille des villes qui n'a jamais jardiné, et pourtant, ma maman me l'a proposé mille fois. Je crois que j'adorerais. / Oh, et on ira voir la mer ? / En ce moment, je lis Sundborn ou les jours de lumière offert par Marie un jour d'hiver. / La tarte au citron ! / Oui, et je n'en suis pas fière, je trouve ça tellement moche maintenant, avec du recul. / J'ai 23 ans, pour encore quelques petits jours. / Angus & Julia Stone + un thé + un bon livre ou un bon tricot + faire des projets pour les jours meilleurs. //

et aussi

// On a fêté nos 8 ans d'amoureux, et j'ai eu un bouquet de mes fleurs préférées. / V. a eu la grippe, avec des complications pulmonaires, et j'ai eu très, très peur. / J'aime plus que tout déjeuner au soleil, sur les marches de l'Église à côté de son école, ou avec mes amis, au bord du Canal ou dans un parc. / J'ai fait couper mes longs cheveux, je me sens... bien mieux ! / J'ai des lunettes de soleil mais je n'ose pas les mettre, de peur de faire pouffe, alors je plisse les yeux tout le temps. / On est crazy in love de notre petite fille, il faut la voir déambuler dans tout le quartier en rentrant de la crèche, dire pa-dooon quand elle veut passer et qu'on la gêne, demander des câlins ou des chatouilles ou des biscuits. / Même si je suis très fière de my girl, quand je regarde le mois de mars de l'année dernière, je ne peux m'empêcher d'être nostalgique de la petite bébée adorable qu'elle était. / J'ai envie de salade de tomate, c'est terrible. Vite, vite l'été ! / J'ai découvert le gomasio. Non mais ce truc ! Je vous le conseille fortement sur les gnocchis aux épinards de chez Picard (aaah !!) ou... sur une tartine de nutella (aha, on n'est plus à une contradiction près hein !) / Voilà, un petit air entêtant, et c'est tout. Dans ce monde malade, cultivons plus que jamais les petits détails qui font que malgré tout, it's a wondeful wondeful life. Sauve qui peut, tout ça. // 


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05 mars 2012

ma mère aussi mettait derrière son oreille une goutte de quelque chose qui sentait pareil

21h07. La séance va bientôt commencer, les clients piaffent derrière le cordon que j'ai tiré. J'explique aux plus énervés qu'il faut qu'ils attendent qu'on ait nettoyé la salle avant de s'y engouffrer, je m'éclipse avec un sac-poubelle et me glisse dans la salle alors que le générique n'a pas commencé. Je vole les dernières minutes de film, je savoure le répit que m'offre la pièce sombre et encore silencieuse, et puis : les lumières se rallument, les gens se lèvent, se rhabillent, je m'entends dire messieurs dames, par ici la sortie, je fais mille sourires et je récolte ce qu'ils ont laissé, et si vous saviez, ce que les gens laissent derrière eux au cinéma, et comme ça m'amuse, cette petite sociologie des sièges de velours rouge. Évidemment, ce que je préfère, dans ces heures passées au cinéma sans voir de films, ce sont les pop-corn salés savourés en douce avec mes compagnons, mais surtout, surtout, les talkies walkies que nous portons tous et avec lesquels nous communiquons dans le labyrinthe que constitue ce grand cinéma. M'exclamer Pauline à Machin ! ou Bien reçu, Machin ! me plonge dans un ravissement enfantin. J'ai un voile qui tombe sur le coeur quand je rencontre une vieille femme qui me fait penser à ma grand-mère et qui me donne envie de chialer en me disant de continuer à être comme je suis ; quand je croise le parfum que porte ma mère sur une autre femme, qui va voir un film avec une fille de mon âge ; quand je salue amicalement le type qui va s'abrutir au cinéma depuis la mort de sa femme, à raison de huit films par jour ; quand je découvre un sans-abri qui se lave dans les toilettes du cinéma ; quand deux gamins déboulent tout seuls, essouflés, pour aller voir un film entre copains et me lancent un grand merci madame ! lorsque je leur trouve deux places côte à côte dans une salle pourtant bondée. 

03H43. La fête bat son plein, la maison de banlieue est peuplée d'amis et d'inconnus qui dansent comme des fous, qui parlent beaucoup trop fort, qui fument, qui continuent à boire des cocktails, mais beaucoup plus dosés que ceux, timides, de 21h. Le sol tremble des vibrations de la musique (et merci, oh oui, merci pour les morceaux que vous m'avez indiqués), j'ai la tête qui tourne bien trop mais je danse des rocks endiablés avec B., mon partenaire préféré ; je retrouve le plaisir de rouler des cigarettes avec mes amis sur une terrasse gelée ; le plaisir, puissant, et encore plus surprenant qu'il est très rare, de sentir et l'alcool couler dans mes veines, et le citron dans les yeux, et la fumée dans la gorge ; le plaisir de l'ivresse, de l'excès. S'écrouler au petit matin, et, sous la courtepointe la plus épaisse du monde, s'embrasser en riant, et s'endormir tandis que d'autres dansent encore, en pensant à notre bébé qui doit sûrement se réveiller doucement, à la Grande Maison, à quelques rues de là. 

09h22. La même maison de banlieue, après la tempête d'il y a deux jours. Nous revenons sur les lieux de l'énorme fête avec des bouteilles de détergent et un rouleau de sacs-poubelles. La veille, nous avions trop hâte de retrouver Bertille pour nous attaquer au ménage, et puis nous étions trop fatigués, aussi. J'allume la radio, en sautant au plafond parce que les enceintes étaient restées branchées, je trouve France Musique, et, les portes-fenêtres ouvertes sur un soleil d'hiver et le pépiement des premiers oiseaux, je frotte le parquet pendant plus de deux heures, en pensant à Mozart enfant, à Caillebotte, à la fâcherie dans laquelle nous sommes, V. et moi. Nous ne parlons pas, il nettoie les autres étages, refait les lits, aère, passe l'aspirateur. Et puis, quand c'est terminé, j'éteins la radio et allume la télévision, pour voir. Le visage de Jean-Pierre Léaud apparaît sur le petit écran, je recule d'un pas, m'assois sur le canapé, contemple le Paris des 70's, les tenues des filles, leurs coiffures, l'élégance des garçons, le ton emprunté de Doinel adulte. Sans un bruit, V. s'assoit près de moi, nous rions, ensemble, plusieurs fois, et parfois seulement lui, ou seulement moi, et, lorsque l'héroïne pose le vinyle sur la platine et que le générique écrit c'était L'amour en fuite avec la voix de Souchon qui chante nous, nous, on n'a pas tenu le coup, nous nous embrassons enfin, baisers mouillés de larmes, et d'eau savonneuse. 

23h07. Les feux de détresse de la voiture devant nous s'allument. Autoroute A1, dimanche soir. Nous revenons de deux jours passés à Lille chez madame bleue, deux jours pluvieux et joyeux. Dans l'arrêt de la nuit, l'habitacle de l'auto est entièrement empli du souffle de Bertille endormie. Les gens près de nous éteignent peu à peu leurs phares et leurs moteurs. L'obscurité du bitume, du ciel, et le silence de l'attente. Les heures longues.

13h19. Je me demande comment je vais m'habiller, ce soir, pour le concert dont on a acheté les places hier, sur un coup de tête. Je grignote du Toblerone aux amandes que mes parents m'ont rapporté de leur petit voyage en Suisse, où ils sont allés pour voir l'exposition d'un de leurs peintres préférés. Je pense à ma mère qui, vendredi soir, expliquait à Anouk combien Facebook la dégoûte, parce que ça rend publique l'intimité ; je me demande ce qu'elle penserait de cet endroit, je me sens idiote à ne pas lui proposer d'aller au cinéma avec moi, je crois que j'aimerais beaucoup ça. Le soleil s'est levé, je vais acheter de la laine pour faire un snood pour l'anniversaire de mon papa, j'ai cru comprendre, en l'entendant me complimenter pour celui de Bertille, qu'il les aimait bien, mes petits tricots ; ou peut-être aller au cinéma voir Martha Marcy May Marlene, ou peut-être continuer à lire ce si joli livre que m'a offert V., Une année studieuse, dans lequel Anne Wiazemsky, petite-fille de Mauriac, raconte son amour avec Godard, quand elle avait 19 ans (Nouvelle Vague forever), et puis mai 68. Et toujours la voix de Souchon, là, dans ma tête, qui chante on était belle image, les amoureux fortiches, j'ai envie de changer la phrase et la faire nôtre au présent, tout comme j'ai envie de printemps, de jeter mes collants, d'imaginer le bricolage que l'on pourrait faire pour les vacances de cet été (personne n'habite à l'étranger et voudrait échanger son appart' avec nous fin juillet par hasard ?), de la regarder marcher seule encore & encore & encore, de me sentir vivante, et aimée, mais ça, je crois que cosi fan tutte.

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14 février 2012

et si beau ce bleu vivant

 
 
// « À partir de la rue Soufflot, jusqu'au boulevard Saint-Germain, je suis en territoire enchanté.», je connais ces quelques mots par cœur, ils roulent dans ma tête depuis plusieurs jours maintenant, je trouve cette phrase incroyablement mélodieuse, une espèce de haïku urbain en prose, je ne me lasse pas de me les répéter encore et encore. C'est Hélène Berr qui les a écrit dans son journal, en 1942. C'est le printemps, le soleil inonde les rues de Paris et donne à la Seine des reflets si changeants qu'on ne peut en détacher le regard. Hélène a 21 ans, le coeur en fête, une bande d'amies avec qui elle aime jouer de la musique et prendre le goûter, elle est étudiante à la Sorbonne où elle tient aussi certains jours la bibliothèque universitaire, elle a un prétendant qu'elle n'aime pas vraiment, et des rendez-vous avec un jeune homme aux yeux gris avec qui elle parle littérature anglaise, elle est brillante, elle a très envie de passer l'agreg', elle écrit terriblement bien. Elle est juive. Et moi, qui marche rue Soufflot chaque semaine pour rejoindre mon amie A., soixante-dix ans après Hélène, je ne cesse de penser à elle, à cette jeune fille qui avait mon âge lorsqu'elle est morte loin de tout ce qu'elle aimait, je me demande si nous aurions pu être amies, si nous aurions ri comme elle savait si bien le faire. Oh, lisez-la, si vous ne l'avez pas déjà fait, et même, relisez-la, qu'elle vive encore un peu, dans nos bibliothèques, et là, sur nos tables de chevet. / Je marche dans Paris, je l'arpente de long en large, et la rive gauche a décidément ma préférence, même si je commence à avoir mes habitudes de l'autre côté. Je retrouve mes amis, et on partage un thé ou un petit encas dans un café ou chez moi, autour de la table de la cuisine, on discute dans le vestiaire des cours de yoga, ou lors du déjeuner rituel du lundi midi. Le moral des troupes est bien bas, et pas forcément à cause de l'hiver. C'est que, autour de moi, avoir 22-23-24 ans à Paris en 2012 c'est épuisant, c'est chercher un travail et découvrir que l'on est trop diplômé pour les rares annonces qu'il y a, c'est se déguiser pour vendre un journal fabriqué maison dans le métro, en espérant récolter quelques sous, c'est découdre la doublure du manteau neuf reçu à Noël pour y planquer de la nourriture volée dans les supermarchés, c'est se battre contre des institutions aux administrations kafkaïennes avec nos petits poings, c'est redouter l'appel de la banque, c'est jongler avec trois boulots différents, c'est compter des vis et des boulons à Leroy-Merlin et terminer après le départ du dernier train qui pourrait nous ramener chez nous, c'est devoir rembourser mensuellement un prêt que l'on a fait pour payer des études qui ne nous permettent pas de trouver un emploi, c'est avoir l'impression de devoir sacrifier nos idéaux avant même de les avoir pensés. Alors on rumine, on se raconte nos expériences en en rajoutant trois tonnes pour rigoler trois fois plus fort, et puis, au bout de quelques minutes, on se rend compte de la chance que l'on a, tous, et on fini toujours par énumérer les belles choses de nos vies, et, guess what, après la bonne santé, le toit au-dessus de la tête, il y a toujours le prénom de celle qui pétille qui franchit mes lèvres. / Dans le numéro d'Infobébés de ce mois-ci, il y a un très joli article sur ma petite maison virtuelle, écrit par une chouette journaliste. V. m'a fait rire quand il est revenu un soir avec quatre exemplaires du magazine, en me disant qu'il avait dévalisé tous les kiosques jusqu'à Saint-Lazare à sa pause déjeuner. / Bertille a fait quelques pas, et c'est incroyable, la verticalité, d'un coup, le corps qui devient vraiment celui d'un humain, les petites jambes campées fièrement sur le sol. / Merci pour la vidéo de mes danseurs préférés, elle a été vue plus de 1700 fois, et, aha, hem, je crois que je ne me rends pas très bien compte de ce que ça veut dire. / En vrai, février est aussi joli que janvier pour le moment, entre les balades le long du Canal Saint-Martin pris par les glaces, le pique-nique d'intérieur avec les amis venus de loin, les lectures des Paul de Michel Rabagliati qui me font chouiner et rire à la même page, les films sous la couette, les coucou enthousiastes de B., les scones avec de la confiture de fraise, les tartes aux pommes (et tant qu'il y aura des pommes pour faire des tartes aux pommes, ma foi..), la grosse grosse fête qui approche à grands pas, les heures volées just the two of us, les amis près du coeur, le sourire des amis, la manière que l'on a, tous, d'avoir et d'inventer cet âge-là dans cette vie-là. //

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Le titre de ce billet est un extrait d'une dédicace de Paul Valéry à Hélène Berr.
Sur un de ses livres, il lui avait écrit :
« Au réveil, si douce est la lumière et si beau ce bleu vivant »
Comme c'est beau, non ? 

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03 février 2012

2010

un amoureux

2011

un amoureux + un minuscule énergumène de presque un mois

2012

un amoureux + une petite fille qui pétille

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