MARIE-JEANNE. (...) Est-ce que ça a
été dur de partir ? Avez-vous beaucoup hésité ? Êtes-vous partie le
matin, le soir, la nuit ? Comment c'était de sentir votre maison
disparaître derrière vous ? Et comment c'est de marcher toute seule, de
manger toute seule, de dormir toute seule ? Est-ce que ça fait peur ?
Est-ce que ça rend triste ? Est-ce que vous regrettez, des fois ?
Qu'est ce qui vous manque le plus ? L'odeur de votre cuisine, les
petites manies de votre mari, ses chemises qui traînent, le bruit de
ses pas dans le couloir, ses colères, ses silences ? (Silence.)
Qu'est-ce que vous avez dit en partant ? Avez-vous trouvé une phrase
pour expliquer ? Vous avez sûrement trouvé une phrase. Au moins une.
Dîtes-la moi, s'il vous plaît. (Silence.) S'il vous plaît.
Violette sur la terre
Carole Fréchette
Oui, maintenant, je peux le dire. Oui ça a été dur de partir. Non, je n'ai pas beaucoup hésité, c'était une décision très simple. Je suis partie un matin, si tôt que la ville dormait encore et qu'il n'y avait personne sur le périphérique. Nathan et Anouk étaient restés à la maison parce qu'il n'y avait pas assez de place dans la voiture, ils avaient remonté les escaliers les pieds nus après m'avoir embrassé dans l'entrée. Sentir sa maison disparaître derrière soi, quand on sait que ce n'est pas pour des vacances, ça fait un tout petit plus mal au fur et à mesure qu'on avance. Oh ce n'est rien au début, et puis, quand on arrive, après avoir parcouru plus de six mille kilomètres, et qu'on regarde par-dessus son épaule, on se rend compte que finalement, c'est terrible. Marcher toute seule, manger toute seule, dormir toute seule, et puis aussi, un peu, parler toute seule, j'ai d'abord trouvé ça très désagréable, mais je me suis construit des petits rituels, fabriqués avec les minuscules choses du quotidien que j'aime tant, et maintenant, je trouve même quelque fois une certaine volupté à habiter ce lieu seule, à habiter cette ville seule, à m'habiter seule. Oui ça fait peur, oui ça rend triste, et bien plus que triste. Mais non, je n'ai jamais regretté. Ce qui me manque le plus, ce sont les gens que j'aime. J'ai toujours ricané quand on parlait de la famille -souvent avec ce grand F accablant- parce que je ne croyais pas aux liens du sang. Je croyais aux rencontres qui bouleversent, à l'amitié ou à l'amour comme une évidence foudroyante, à la famille composée avec son coeur, avec sa peau, à la famille que l'on construit soi-même en grandissant, en se frottant au monde. Je crois toujours à tout ça, mes amis les plus proches font partie de ma tribu. Mais je ne pensais pas qu'ils me manqueraient autant, les habitants de la grande maison. Papa, maman, A&N et puis la chatte. Le bruit qu'ils font, la vie qu'on trouve dans cette maison dès qu'on ouvre la porte, les petits papiers partout, les livres jusqu'au plafond, dans chaque pièce, les choses qui traînent, sur les marches de l'escalier, sur la console, sur le bar danois, les portes qui claquent, les pas sur la passerelle qu'on entend de la maison, et au son desquels on peut deviner quelle est la personne qui arrive ou qui part, la radio, la guitare de Nathan, le cor d'Anouk, la vaisselle que l'on pose dans l'égouttoir dans des constructions improbables. Voilà, c'était ça pour moi, partir, c'était laisser loin toutes ces choses qui m'énervent souvent, mais que j'aime savoir tout près, que j'aime pouvoir retrouver en sautant la barrière. Et puis c'était laisser V. après deux ans de vie passés côte à côte dans ce tout petit endroit qu'on a su faire nôtre, mais qui ne parvenait plus tellement à contenir nos projets, nos folies, notre fureur de vivre. La phrase que j'ai trouvé pour expliquer mon départ était : je dois partir. Je le sentais au fond de moi que je devais m'en aller, que je devais laisser tout cela, pour me prouver que je pouvais y arriver, que je pouvais m'en sortir seule. Je dois partir. Il le fallait. Je l'ai fait. Quatre mois plus tard, j'ai trouvé des débuts de réponse aux questions que je me posais, et j'ai trouvé d'autres questions encore. Je suis assez fière de moi. Je peux débuter 2009 sereinement, et vivre les derniers mois de mes vingt ans tranquillement. Je dois rentrer maintenant. Il faut que j'aille leur dire que je les aime. Et à quel point j'ai besoin d'eux. Alors, le colis arrivé hier, envoyé par Audrey, m'a rendu de plus en plus heureuse et émue au fur et à mesure que je découvrais les petits trésors qu'il contenait. Il y avait, parmi d'autres choses délicieuses, adorables et secrètes, cette petite maison et nos deux initiales en porcelaine. Je vois, dans ce symbole qui me va droit au coeur, et que je ne me lasse pas de regarder, comme un tout petit signe. Quelque chose qui me dit doucement que oui, il est temps de rentrer.
Et puis merci aussi et surtout à vous tous qui me lisez. Ceux qui ont laissé un commentaire, et ceux qui préfèrent rester fantômes, mes petits passagers clandestins. Je suis terriblement désolée de ne pas pouvoir vous répondre à tous, je voulais vous envoyer des mails à chacun mais j'ai des examens pendant encore dix jours, et après je retrouve mon amoureux. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. J'ai été vraiment ravie de découvrir tous vos blogs, et vos petits mots sur le mien qui me font un grand plaisir et que je relis souvent, en les dégustant comme des bonbons. J'espère vous revoir bientôt dans ma maison virtuelle, vous êtes les bienvenus ! [Contrairement à quelques personnes qui se reconnaitront, que je n'ai pas invité et qui me lisent sans avoir la sincérité de me le dire. Je changerais sans doute de maison, ou bien je serais obligée de mettre une clé sur ma porte quand j'aurais un peu plus de temps, parce que je n'aime pas tellement que l'on s'incruste chez moi uniquement pour fouiner. ] Je reviens bien vite, dès que j'ai fini d'en découdre avec la
dramaturgie et la littérature québécoise, et aussi la sociocritique des
textes. En tous cas, je souhaite solennellement la bienvenue à Bristol, Plümo, Cachou, Tigrou, Toupie, Gaufre, Kiran, Raminagrobis, Eugène, Shabada, Luciole, Ciboulette, Owen, Garp, Bouboule, Praline, Pistache, Molly, Vermine, Garfield, Zorro, Pomme et Lilith sans oublier bien sûr Gribouille, Bikini et Duvet. Tous ces chats, vivants ou non, fantasmés, aimés qui me tiendront désormais compagnie. Il y a aussi les deux poules Cocotte et Princesse et le chien Mao. Un vrai bestiaire. J'aime ça.
Et puis je mets ici Der Leiermann, vingt-quatrième et dernière pièce du Winterreise (Le Voyage d'hiver) de Schubert qui ferme aussi mon voyage d'hiver.
Commentaires sur MARIE-JEANNE. (...) Est-ce que ça a été dur de
Bon courage pour tes examens... Et passes de belles et douces vacances avec ta famille et tes amis...
Ce serait vraiment dommage d'être obligée de déménager à cause de personnes qui te chagrinent, de voyeux mais comme je comprends![]()
La séparation rend plus fort.
Je m'arrête 2min pour te dire avec du retard que moi aussi j'adore te lire. Tu es digne d'un bon roman, ça fait toujours du bien du se laisser aller quelques minutes chez toi. Un véritable voyage quotidien
A bientôt...
Je crois que malheureusement qu'on ne peut rien contre les fouineurs, le mieux à mon sens étant de les ignorer, car sinon cela n'a plus aucun intérêt de faire un blog. Sois fière et confiante en ce que tu écris, ne pense pas à eux.
Je transmets à Bikini tes pensées d'outre-atlantique!
bises
je suis bien d'accord avec sissi...! continues. Pour nous. On se délecte de tes mots et de tes photos, de tes pensées et de tes émotions. merci!
Pas fouineuse, peu être timide alors je me lance, j'ai 24 ans et adore vous lire, je suis partie moi aussi il y a quelques années à l'étranger (en Suède, j'ai donc adoré ton post sur Stockholm!!) pour mes études, et je me reconnais beaucoup dans ce que tu décris, continue tout ce que tu as entrepris, puisque tu sembles avoir un véritable talent pour la vie, pour rendre les gens heureux autour de toi et pour l'écriture...
comme toujours, si joliment dit ton attachement à la famille!dis moi quand tu pars pour que ton petit colis n'arrive pas pendant ton absence.;o) bon courage pour tes exams, les fouineurs, oublies-les et lis "la petite pièce en haut de l'escalier" de Carole Fréchette...j'ai vu la pièce..
cela faisait bien longtemps que je n'étais pas venue te lire.
Tes posts me reposent parfois et me bouleversent souvent, ils me connectent avec des parties de moi oubliées.
Beau voyage d'hiver, la musique est très belle aussi.
Après un premier petit mot laissé grâce à ta demande,une envie d en laisser un nouveau...
Ma sensibilité dingue m amène à avoir limite les larmes aux yeux à lire le nom de mes petits chats, accueillis dans ta maison virtuelle ... Ca me réchauffe le coeur pour eux.
Oùlalala, je me demane si je dois m'inquiéter pour ma santé mentale! ;o)
hi, bon courage à toi !
Gaufre, mon chat imaginé, ronronne d'aise d'être ainsi nommé dans cette ronde féline.
Merci, "you made my day" !
Je suis par ailleurs déchiquettée par la violence de mes souvenirs en lisant ce que tu as écris aujourd'hui qui me rappelle un autre départ, vieux de 11 ans, le mien.
Bons examens ! Je reviendrai souvent voir ici si tu as laissé d'autres empreintes.
isa.
Je passe presque quotidiennement sur ton blog depuis que je l'ai découvert par hasard. Pourquoi m'attire-t-il tant ? Car, on sent que tu es pleine de vie, d'amour pour ceux qui t'entourent (ton amoureux, ta famille, tes amis), que tu croques la vie à 100 %. Ton style d'écriture est très fort et souvent émouvant. Sans parler de tes photos très chouettes. Voilà tout ce qui me plait sur ton blog, sans avoir oser le dire jusqu'à présent.
Bonne continuation.
Mano
oh oui, continue ma belle, les fouineurs ne trouvent jamais, strictement jamais ce qu'ils cherchent. Mais toi tu te trouves et ce serait dommage de s'arrêter. Nous on aime tellement venir te lire.
Que d'émotions encore dans ton post, c'est bon de te lire.
Laisse faire les fouineurs, et continue de nous enchanter et nous emouvoir
Bonjour,
Je ne suis pas une "fouineuse", alors, je me lance !
Il est vrai que j'aime ton blog, la vie que l'on y trouve, les émotions aussi et les jolies choses du quotidien de la vie, à travers tes mots.
Tu es douée pour la vie, assurément (belle écriture, jolies photos et sans doute aussi belle âme) et cela réchauffe le coeur.
Et puis, je repense à moi à ton âge et je vois que les émotions sont toujours le mêmes...
Notre jolie petite chatte angora blanche aux yeux verts s'appelle Féline. Elle vivait avec nous depuis janvier 2004, venait de la SPA d'Hermeray, dans les Yvelines.
Mais elle n'est pas rentrée le soir du samedi 15 novembre dernier et depuis, malgré nos recherches, pas de nouvelles d'elle...
Nous sommes très malheureux à la maison et c'est un sujet douloureux. Mais, voilà, je te le dis, car je sais que tu vas te joindre à nous pour penser à elle très fort. Et peut-être cela la fera-t-elle revenir...
Bon courage pour tes examens et très très belles vacances en famille.
Marie-Anne
J'ai vraiment écarquillé les yeux, tant en lisant le post qu'en lisant les commentaires !
C'est qui-quoi "les fouineurs" ? Ceux qui lisent un blog et ne laissent pas de message ?
Alors, non seulement je suis "fouineuse" mais aussi "voleuse". De temps en temps, je laisse un message sur les blogs que je parcours (et j'ai mes préférés), c'est pourquoi j'ai déjà laissé des messages sur ton blog. De temps en temps aussi, je chipe une idée couture ou une recette de cuisine. Je vole, donc ! Je ne dis peut-être pas assez merci à ceux que je "pille" régulièrement (mes préférés). Je les fait connaître autour de moi. C'est aussi une forme de merci invisible qui tisse toute une constellation.
Quand je découvre un blog qui me plaît vraiment, je prends le temps de lire TOUS les posts. Cela me prend plusieurs jours, le temps de mémerveiller, de me familiariser. Je lis moins souvent les commentaires élogieux et sympathiques, très très rarement critiques. Oui, les blogs que je parcours sont des fenêtres ouvertes sur certaines intimités qui se livrent, sur des joies de vivre et des spleens. Où est alors la frontière entre l'impudeur et le respect pudique ?
En écrivant cela, je suis peut-être à côté de la plaque mais c'est la première fois que je lis sur ton blog un message d'énervement et plein d'ambiguïtés sur ces "fouineurs".
Le mieux est de te dire, explique-nous. Qui sont-ils ? En quoi t'importunent-ils ? Qu'attends-tu de ton blog, du fait qu'il soit ouvert à tous ?
En attendant tes réponses, bon courage pour tes exams !
Claire
Tu m'as scotchée avec ce texte ! (quand au reste, les petites mesquineries faites aux blogueuses -quand ce n'est pas ENTRE blogueuses- j'avoue que ça me saoule au point de m'éloigner de la blogo... parfois pendant des semaines ! Alors oui, je te comprends... mais il ne faut pas que ça te bouffe comme ça m'a bouffée à une époque : perte d'énergie, de temps, de motivation... c'est nous qui sortons perdantes !).
Bien le bonsoir Madame, non Mademoiselle !! ça fait quelques temps que je passe furtivement sur ton blog. Très furtivement, je t'avoue, je ne lisais pas, je regardais juste les photos. Et là, bam, hier soir, je me dis, tiens, que pourrait-elle raconter ?
Parfois, je ne comprends pas tout, mais elle raconte des choses qui me parlent. Cette fille qui est partie sans se retourner, juste parce qu'elle sentait que ça devait être ça, sa vie, c'est moi... Dans mes rêves. Pas de raisons particulières de partir, ma vie est belle. Juste une sensation, comme ça. Peut-être, un jour. Je ne pourrai pas m'empêcher de penser à toi, si cela arrive.
je te lis, une larme au coin des yeux...merci pour ce joli message...et surtout continue!!! je reviendrai!
juste un petit mot pour dire que je pense à toi
je te souhaite de joyeuses fêtes, a bientôt
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=442041&pid=11653688
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

