26 décembre 2008

*

Posté par polaroidgirl à 16:17 - - Commentaires [18] - Rétroliens [0]


15 décembre 2008

sombre clarté bigarrée

P1100528

P1100577

P1100606

P1100569

P1100564

P1100565

P1100585

P1100637

P1100641

P1100643

P1100648

Sombre.
Sombres les journées pleines de tracas. La coupure d'électricité qui survient un soir où je dois absolument réviser. Je frappe chez les voisins qui avaient déjà sorti les chandelles et m'en proposent très gentiment mais ce n'est pas à la lueur des bougies que je vais pouvoir travailler. Je descends voir au café sous l'appart' et je m'aperçois que les feux de signalisation sont aussi éteints. Tout le quartier est plongé dans le noir. Le propriétaire me dit que c'est le froid qui a fait sauter le générateur. Je m'installe à une table du café dans lequel une seule ampoule de secours fait un mince filet de lumière. Je suis en pyjama, avec mes grosses bottes de neige et ma veste avec la capuche en moumoute. Le monsieur emmène la femme qui était avec lui au fond du café et j'entends des petits rires, manifestement c'est un rendez-vous amoureux que je suis venue perturber. Alors je me fais petite souris et j'essaye de travailler tant bien que mal. Deux voitures de police surgissent, se placent devant la vitre du café. Des hommes mettent des bougies de secours au milieu du carrefour pour que les voitures ne se percutent pas. Les gyrophares des voitures tournent avec une régularité déconcertante. Bleu. Rouge. Bleu. Rouge. Bleu. Je vais leur demander combien de temps ça va durer, ils disent qu'ils n'en savent rien, mais au moins une heure, je suis française non ? Pas envie de discuter, et puis je suis en pyjama, et il fait -20° alors je retourne dans le café. Les amoureux s'embrassent toujours mais je ne les vois pas. Bleu. Rouge. Bleu. Rouge. Bleu. Rouge. Quelques heures plus tard, je rentre à l'appartement. Le lendemain, c'est une énorme fuite d'eau qui vient déranger mon programme de travail. Sombres les nuits passées à travailler, trois heures du matin, dix heures en France et papa m'envoie un mail ; quatre heures du matin, onze heures en France, et ma maman entre à l'hôpital. Sombres les jours où on ne sait plus si on est le jour ou la nuit tellement on est fatigué. Sombres les jours où on a vraiment vraiment besoin de ces petits comprimés. Rouges. Blancs.

Clair.
Clairs les matins où l'on se réveille sous la neige. Tout est immaculé. Tout va renaître. Les bruits sont étouffés, les voitures glissent sans un bruit. On est seul au monde. Les flocons parsèment les cheveux, les manteaux, les sacs. Clairs les jours où le soleil s'invite par ma fenêtre, avec cette lumière que j'aime tellement. Clairs les jours où j'ai enfin terminé un devoir à rendre, et où je peux enfin faire un vrai repas, et faire quelques courses, un thé au joli nom de Noël sous la neige, et puis de l'écume dans la casserole. Clair le rire d'Anouk qui arrive toujours avec un peu de retard à cause du décalage des conversations par ordinateurs interposés. Blanches les nuits, et blancs les jours. Les jours que je compte avant l'arrivée de V. Blanche la nouvelle année qui se profile, une année entière, toute neuve. Blanc mon manteau en fausse fourrure. Blancs mes orteils qui n'arrivent pas à se réchauffer, même avec le vernis rouge que je leur ai mis.

Coloré.
Colorés les orteils sur le tapis indien. Coloré mon calendrier de l'Avent acheté deux dollars, plein de chocolat pas bon, mais source de petit bonheur quand il s'agit d'ouvrir la fenêtre en carton. Et puis c'est un calendrier qui compte les jours jusqu'à Noël, mais aussi jusqu'au 31. New year countdown. Colorées les boules de ma guirlande avec laquelle je fais un cœur pour accueillir V. Colorées les minuscules billes rapportées d'Inde qui grossissent quand on les met dans l'eau. Roses mes joues dès que je sors le bout du nez. Violettes mes compotes pomme-pruneau. Bleues les décorations de Noël dans la ville. Rouge ma bouillotte en forme de renne. Parme les étoiles sur ma housse de couette. Jaune le pingouin en origami que Nathan m'avait offert à mon départ, accompagné de ces mots : à utiliser au creux de l'hiver, pour se rappeler qu'il fait toujours plus froid autre-part signés ton frérot. Grises les écharpes dans lesquelles je vais m'enrouler et marron à tout petits pois orangés les collants que je vais mettre demain pour aller chercher V.


Voilà une de mes chansons préférées de l'hiver, composée par Brel pour le film Un roi sans divertissement adapté du roman de Giono. Elle dit pourquoi il ne faut pas que l'hiver dure trop. Je la trouve très belle. Je vous conseille de l'écouter attentivement si vous ne la connaissez pas.

[Et pour Claire du message précédent : je ne voulais absolument pas polémiquer sur "le blog : espace privé ou public ?" ça a déjà assez été fait comme ça, on peut même consulter des thèses sur le sujet. Ce n'était donc pas mon intention de parler de gens qui me lisent et qui ne laissent pas de messages, je le fais moi-même bien souvent. Je voulais parler, en employant ce mot très vilain de fouineur de personnes de mon entourage ici à Montréal, que je croyais proches et dignes de confiance, mais qui, par un malheureux hasard, ont eu accès à ma boîte mail, ont lu ma correspondance avec V, avec mes amis, et avec des blogeuses, ce qui les a amené... à mon blog ! Je dois dire que j'étais très en colère, et le suis toujours. Voilà.]

Posté par polaroidgirl à 01:29 - - Commentaires [17] - Rétroliens [0]
07 décembre 2008

P1100550_pola01

MARIE-JEANNE. (...) Est-ce que ça a été dur de partir ? Avez-vous beaucoup hésité ? Êtes-vous partie le matin, le soir, la nuit ? Comment c'était de sentir votre maison disparaître derrière vous ? Et comment c'est de marcher toute seule, de manger toute seule, de dormir toute seule ? Est-ce que ça fait peur ? Est-ce que ça rend triste ? Est-ce que vous regrettez, des fois ? Qu'est ce qui vous manque le plus ? L'odeur de votre cuisine, les petites manies de votre mari, ses chemises qui traînent, le bruit de ses pas dans le couloir, ses colères, ses silences ? (Silence.) Qu'est-ce que vous avez dit en partant ? Avez-vous trouvé une phrase pour expliquer ? Vous avez sûrement trouvé une phrase. Au moins une. Dîtes-la moi, s'il vous plaît. (Silence.) S'il vous plaît.

Violette sur la terre
Carole Fréchette

Oui, maintenant, je peux le dire. Oui ça a été dur de partir. Non, je n'ai pas beaucoup hésité, c'était une décision très simple. Je suis partie un matin, si tôt que la ville dormait encore et qu'il n'y avait personne sur le périphérique. Nathan et Anouk étaient restés à la maison parce qu'il n'y avait pas assez de place dans la voiture, ils avaient remonté les escaliers les pieds nus après m'avoir embrassé dans l'entrée. Sentir sa maison disparaître derrière soi, quand on sait que ce n'est pas pour des vacances, ça fait un tout petit plus mal au fur et à mesure qu'on avance. Oh ce n'est rien au début, et puis, quand on arrive, après avoir parcouru plus de six mille kilomètres, et qu'on regarde par-dessus son épaule, on se rend compte que finalement, c'est terrible. Marcher toute seule, manger toute seule, dormir toute seule, et puis aussi, un peu, parler toute seule, j'ai d'abord trouvé ça très désagréable, mais je me suis construit des petits rituels, fabriqués avec les minuscules choses du quotidien que j'aime tant, et maintenant, je trouve même quelque fois une certaine volupté à habiter ce lieu seule, à habiter cette ville seule, à m'habiter seule. Oui ça fait peur, oui ça rend triste, et bien plus que triste. Mais non, je n'ai jamais regretté. Ce qui me manque le plus, ce sont les gens que j'aime. J'ai toujours ricané quand on parlait de la famille -souvent avec ce grand F accablant- parce que je ne croyais pas aux liens du sang. Je croyais aux rencontres qui bouleversent, à l'amitié ou à l'amour comme une évidence foudroyante, à la famille composée avec son coeur, avec sa peau, à la famille que l'on construit soi-même en grandissant, en se frottant au monde. Je crois toujours à tout ça, mes amis les plus proches font partie de ma tribu. Mais je ne pensais pas qu'ils me manqueraient autant, les habitants de la grande maison. Papa, maman, A&N et puis la chatte. Le bruit qu'ils font, la vie qu'on trouve dans cette maison dès qu'on ouvre la porte, les petits papiers partout, les livres jusqu'au plafond, dans chaque pièce, les choses qui traînent, sur les marches de l'escalier, sur la console, sur le bar danois, les portes qui claquent, les pas sur la passerelle qu'on entend de la maison, et au son desquels on peut deviner quelle est la personne qui arrive ou qui part, la radio, la guitare de Nathan, le cor d'Anouk, la vaisselle que l'on pose dans l'égouttoir dans des constructions improbables. Voilà, c'était ça pour moi, partir, c'était laisser loin toutes ces choses qui m'énervent souvent, mais que j'aime savoir tout près, que j'aime pouvoir retrouver en sautant la barrière. Et puis c'était laisser V. après deux ans de vie passés côte à côte dans ce tout petit endroit qu'on a su faire nôtre, mais qui ne parvenait plus tellement à contenir nos projets, nos folies, notre fureur de vivre. La phrase que j'ai trouvé pour expliquer mon départ était : je dois partir. Je le sentais au fond de moi que je devais m'en aller, que je devais laisser tout cela, pour me prouver que je pouvais y arriver, que je pouvais m'en sortir seule. Je dois partir. Il le fallait. Je l'ai fait. Quatre mois plus tard, j'ai trouvé des débuts de réponse aux questions que je me posais, et j'ai trouvé d'autres questions encore. Je suis assez fière de moi. Je peux débuter 2009 sereinement, et vivre les derniers mois de mes vingt ans tranquillement. Je dois rentrer maintenant. Il faut que j'aille leur dire que je les aime. Et à quel point j'ai besoin d'eux. Alors, le colis arrivé hier, envoyé par Audrey, m'a rendu de plus en plus heureuse et émue au fur et à mesure que je découvrais les petits trésors qu'il contenait. Il y avait, parmi d'autres choses délicieuses, adorables et secrètes, cette petite maison et nos deux initiales en porcelaine. Je vois, dans ce symbole qui me va droit au coeur, et que je ne me lasse pas de regarder, comme un tout petit signe. Quelque chose qui me dit doucement que oui, il est temps de rentrer.
Et puis merci aussi et surtout à vous tous qui me lisez. Ceux qui ont laissé un commentaire, et ceux qui préfèrent rester fantômes, mes petits passagers clandestins. Je suis terriblement désolée de ne pas pouvoir vous répondre à tous, je voulais vous envoyer des mails à chacun mais j'ai des examens pendant encore dix jours, et après je retrouve mon amoureux. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. J'ai été vraiment ravie de découvrir tous vos blogs, et vos petits mots sur le mien qui me font un grand plaisir et que je relis souvent, en les dégustant comme des bonbons. J'espère vous revoir bientôt dans ma maison virtuelle, vous êtes les bienvenus ! [Contrairement à quelques personnes qui se reconnaitront, que je n'ai pas invité et qui me lisent sans avoir la sincérité de me le dire. Je changerais sans doute de maison, ou bien je serais obligée de mettre une clé sur ma porte quand j'aurais un peu plus de temps, parce que je n'aime pas tellement que l'on s'incruste chez moi uniquement pour fouiner. ] Je reviens bien vite, dès que j'ai fini d'en découdre avec la dramaturgie et la littérature québécoise, et aussi la sociocritique des textes. En tous cas, je souhaite solennellement la bienvenue à Bristol, Plümo, Cachou, Tigrou, Toupie, Gaufre, Kiran, Raminagrobis, Eugène, Shabada, Luciole, Ciboulette, Owen, Garp, Bouboule, Praline, Pistache, Molly, Vermine, Garfield, Zorro, Pomme et Lilith sans oublier bien sûr Gribouille, Bikini et Duvet. Tous ces chats, vivants ou non, fantasmés, aimés qui me tiendront désormais compagnie. Il y a aussi les deux poules Cocotte et Princesse et le chien Mao. Un vrai bestiaire. J'aime ça.

Et puis je mets ici Der Leiermann, vingt-quatrième et dernière pièce du Winterreise (Le Voyage d'hiver) de Schubert qui ferme aussi mon voyage d'hiver.

Posté par polaroidgirl à 02:16 - - Commentaires [20] - Rétroliens [0]


  1