Ce matin, quand j'ai ouvert les volets, il faisait gris, et je n'ai pas pu mettre ma petite robe couleur lilas. À onze heures, on a eu une réu dans le bureau de la chef, on a parlé crise et petites économies, mais moi je regardais par la fenêtre et j'aurais voulu pouvoir partir en courant, je me sentais engoncée dans ma robe d'hiver, avec les couches trop épaisses que j'avais accumulé pour ne pas avoir froid. Des collants, quelle idée ! Aujourd'hui, c'était la garden party dans les beaux jardins de la maison, tout le monde était bien habillé, les filles avaient de jolies robes et les garçons de belles chemises. Et moi, je ne me sentais pas bien. Pas à ma place du tout du tout du tout. Je suis remontée dans notre bureau, le plus vite possible. Par la fenêtre, le ciel menaçait d'exploser. Et j'en rêvais de cette averse, pour laver les trottoirs, laver ce malaise, j'en rêvais de la pluie d'été qui m'aurait coulé dans le cou, coulé sur mes mollets trop blancs, sur mon visage où elle se serait mêlée aux larmes. Les autres sont remontés, et je me suis remise au travail, une énorme boule dans la gorge. Et puis mon portable s'est allumé discrètement. J'avais un message. Un texto après l'autre, je me suis sentie mieux. Et, en fin d'après-midi, celui-là : "t'es à quel étage ?". Juste le temps de lui répondre qu'elle ne pouvait pas monter, et je dévalais les escaliers. J'ai franchi la porte en souriant déjà, j'ai regardé à droite puis à gauche mais je n'ai rien vu, puis je l'ai entendu qui criait mon prénom. Elle était là, un peu loin, sur le trottoir d'en face.
J'ai couru comme une enfant.
Et je me suis jetée dans ses bras. Camille. Camille qui est revenue d'Afrique, Camille qui a la peau si foncée, les pieds presque noirs, à côté des miens si blancs. Camille qui a des vêtements en wax, à coté de mes vêtements d'hiver ridicules. Camille qui rit, Camille qui raconte, dans le désordre, Camille dont je n'ai pas entendu la voix depuis trois mois, mais c'est comme si c'était hier. Camille qui est folle. On a parlé une demi-heure et puis je devais retourner travailler. Mais là, je pars chez madame bleue. On va fêter ça ! Il y aura tous les amis, et on va boire à nos retrouvailles. Camille jouera de la guitare, et on dansera même peut-être, il y aura de la fumée et des miettes de gâteaux dans le petit appart'. Woooooo. Wooo wooo wooo. Tant pis pour le mal de tête de demain matin. Je me sèche les cheveux, et je mets ma petite robe couleur lilas.
*
Commentaires sur Ce matin, quand j'ai ouvert les volets, il
Yeah, bien choisi le morceau ! Bon retour à Camille, et bonne soirée à vous tous, elle promet d'être riche en petites histoires !
laisse tomber les cocktails littéraires!
J'espère que la soirée fut longue, longue, longue... jusqu'à plus soif... ou, au contraire, jusqu'à encore soif d'autres rencontres pour partager tout le vécu inépuisable car si riche.
j'aime tellment ce texte. et puis ce matin, comme ça, j'ai l'impression de partager mon petit malaise, assise derrière mon bureau après quatre journées londoniennes extraordinaires.
Aujourd'hui, j'ai pensé à toi au boulot, j'ai ressenti exactement ce que tu décris en première partie de ce post !... L'après-midi a été très long !
Mouraddd!!!!!!!!!
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