10 août 2009

b

ba

bb

bc

bd

be

d

Juillet 2005, j'écrivais : Faire de la voiture pendant de longues heures, ne penser à rien, si ce n'est au ciel qui défile. Arriver, faire les présentations, mamy, lui, lui, mamy. Puis reprendre la voiture, lui montrer le lac, la maison, mon enfance. Faire les lits, puis aller au bord de la mer, se baigner, louer des vélos. Et les jours qui filent, juste remplis de joies et de lumières. L'odeur des pins de la piste cyclable, les photos en noir et blanc. La plage, les vagues immenses, le goût salé de la mer. Les baignades dans le lac, entre les roseaux, lui qui me tient dans ses bras et moi qui lui dit regarde le ciel là bas. Le fou rire tous les trois, jusqu'aux larmes, s'amuser de les voir rire ensemble, elle quatre vingt trois ans, et lui, mon amoureux. Apprendre à mamy à jouer au poker. L'écouter raconter ses histoires, les potins sur les voisins, son premier amour, son mariage, sa vie en Algérie, ses affabulations, ses soucis de vieille dame. 
Juillet 2009. Une escapade, quatre jours volés au milieu du mois. Cette fois, c'est lui qui conduit. Je n'ai plus dix-sept ans, mais je regarde toujours le ciel défiler, dans sa petite voiture noire. On fonce droit devant, on va voir Mamy. Et ce sera le même ordre, d'abord Bordeaux, puis le lac, puis l'Océan. De la maison de ville à la petite maison au bord du lac. Des rues pavés au sable noir de vase. Du Jardin Public à l'odeur des pins. Nous arrivons vers quinze heures, Mamy nous attendait pour déjeuner mais nous n'étions pas les seuls à avoir eu l'idée de descendre par les grosses routes. Les soles nous attendent, prêtes à être cuites. La maison n'a pas bougé depuis la dernière fois où nous sommes venus, il y a plus d'un an. Le lendemain, nous reprenons la route, en direction du lac. Une heure tout rond de route, et la maison de mes grands-parents, celle où j'ai passé tous mes étés de petite fille. Au-dessus de la porte arrière, une plaque rouge porte le nom de la maison, Caprice. C'est une toute petite maison, sans étage. Devant, un petit jardin, avec le bateau de mon oncle. Ensuite, un petit portail. Puis une grande étendue d'herbes hautes et enfin, le lac. À côté du portail, deux petites plaques, où l'on peut lire chien gentil, et aussi quelque chose comme maître féroce. Était-ce une facétie de mon grand-père ? Il y a bien eu un chien, il y a de cela des années, un tout petit chien. Je suis en train de m'en souvenir, quand V. me sort de ma rêverie. Il veut que nous marchions jusqu'au lac. En approchant de l'eau, l'odeur de la vase me prend au nez, je plonge avec délice mes pieds dans le sable noir qui s'enfonce aussitôt. Je vérifie, à travers les roseaux, que le bateau bleu du voisin est bien là, comme il a toujours été là, depuis que je suis née, et même sûrement avant. Je revois mon grand-père sortir de sa barque, avec ses hautes bottes de pêche, et des brochets pour le repas de midi. Le lac est sa dernière demeure, ses cendres y ont été plongées quand j'avais douze ans.
Le sac de plage à l'arrière, on remonte dans la voiture pour cinq kilomètres. Et enfin, on arrive à l'Océan. Ni la Méditerranée, ni, encore moins, la Mer du Nord, ne trouvent grâce à mes yeux. Il faut dire que j'ai grandi avec les vagues gigantesques, les dunes, les coefficients de marée. On a arraché nos habits pour nous jeter dans l'écume, et nous avons provoqué l'Océan en duel pendant presque une heure, avant de nous faire sortir par les gens chargés de la sécurité des plages. Ce n'était pourtant que drapeau orange. Nous avons passé deux jours au soleil, à ne faire que ça, être dans l'eau, partagés entre le lac et l'Océan. Puis nous sommes revenus à Bordeaux, nous avons retrouvé Mamy. En allant fermer les volets dans une pièce de l'étage, où elle ne monte plus depuis quelques années, je suis tombée sur la photo, agrandie et encadrée, des cinquante ans de mariage de mes grands-parents. Je suis dans les bras de ma grand-mère, dans une petite robe que j'adorais, peut-être achetée pour l'occasion. Derrière nous, il y a Nathan bébé, dans les bras de maman. J'ai pris mon appareil photo et je nous ai capturé, en laissant de côté tous les autres. J'ai une frange, ces yeux clairs mais un peu sombres que j'ai toujours, et le regard planté dans l'objectif.

*

Posté par polaroidgirl à 21:53 - - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Juillet 2005, j'écrivais : Faire de la voiture

Tu as décidément toujours été douée pour l'écriture toi ! Merci pour la balade, et pour cette musique que j'avais oublié...

Posté par camille, 11 août 2009 à 00:48

Comme il fait bon passer chez toi.

Posté par camomille, 11 août 2009 à 10:15

Coucou Pauline !
Ta mamy n'a pas tellement changé depuis son cinquantième anniversaire de mariage, je trouve... et puis je suis entièrement d'accord avec Camille plus haut.

Posté par Albine, 12 août 2009 à 02:14

comme il est bon ce petit moment de nostalgie
on en voudrait encore

Posté par celine, 12 août 2009 à 21:00

Toujours aussi agréable de te lire, comme si on vivait ces moments avec toi!

Posté par lucie, 13 août 2009 à 15:47

très joli moment passé ici, merci !

Posté par Belliflora, 14 août 2009 à 11:53

juste ))))))))))))

Posté par mariaba, 14 août 2009 à 15:24

J'aime ce texte-la encore plus grand que tous les autres que j'aimais deja tant.

Posté par Lune, 17 août 2009 à 23:09

Tu lui ressemble drôlement à ta mamy je trouve

Posté par cardamome, 21 août 2009 à 23:08

bordeaux, le lac, l'océan, on dirait bien que l'on passe nos vacances au même endroit...

Posté par gelinotte, 25 août 2009 à 15:07

Si l'on me demandait de ne garder qu'un seul blog en favori, ce serait sans aucun doute "polaroïd girl". J'y trouve tant d'émotion, de beauté, de simplcité, de vérité. Merci pour ces larmes de bonheur. Mon souhait serait de pouvoir vous lire sur papier, et vous citer parmi mes auteurs fétiches. Bonne route à vous ...

Posté par uneautresylvie, 10 août 2010 à 11:52
Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=442041&pid=14709023

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :