This is Anouk !





Aujourd'hui, c'est le jour d'Anouk. Elle a quatorze ans.
Je pourrais écrire les mêmes choses que l'année dernière.
Et pourtant, elle a tellement grandi que tout serait à réécrire.
Elle reste Anoukaupouce quand elle est fatiguée.
Elle est merveilleuse.
Je l'aime je l'aime je l'aime.
*
Vendredi, je n'avais pas cours alors j'ai décidé de sauter dans la voiture de V. qui partait pour un article, et on a joué au reporter et à la photographe. Il avait le chapeau ad hoc et un carnet dans la poche, moi mon appareil photo en bandoulière. Il faisait gris, mais on avait un peu l'impression de partir en vacances. On est arrivé pile à l'heure dans le village, où on a pris deux minutes pour admirer le chêne âgé de treize siècles qui trône à son centre, puis on est allé à l'école maternelle. Ça faisait des années que je n'avais pas mis les pieds dans une école maternelle, et chacun de nous a ri de la tête de l'autre quand on est ressorti en même temps des toilettes où on avait dû s'accroupir pour nous laver les mains. La suite se passait à la salle des fêtes, V. est parti interviewé des gens, alors j'ai pris un air très inspiré et j'ai commencé à faire des photos, tout en lorgnant du coin de l'œil le vrai photographe avec son objectif monstrueux qui prenait des poses de pro et qui avait l'air de s'emmerder à cent sous de l'heure. Dans la voiture, au retour, je me suis endormie enveloppée dans un plaid, sous la pluie qui tombait dans la nuit.
J'ai réécouté -M- ce week-end, et surtout cette chanson que j'adore. Je me suis demandé quels sont mes souhaits et je crois que c'est petita surmonter les choses qui m'empêchent d'être pauline complètement petitbé arriver à écrire quelque chose de construit autre part qu'ici petitcé m'améliorer en photo. Les dernières photos sont pour Lisa qui nous demandait à quoi ressemble l'endroit où l'on travaille. Avec V. on a acheté un plan de travail de cuisine chez ikéa, et on l'a monté sur des pieds métalliques à deux euros pièce. On a donc un immense bureau de 2,24 mètres de long très exactement, sur lequel s'entassent des tas de trucs jusqu'au jour où on décide de tout ranger parce qu'on n'en peut plus. Là, comme c'est le début du semestre, ça va encore, et en plus j'ai devant les yeux des petites cartes adorables (vous vous reconnaissez ?). À côté, sur un autre meuble, il y a la valise qu'on a ramassé un soir dans la rue, et dont on a longuement enlevé le papier intérieur au couteau à bout rond, avant de la bomber en argenté. Elle contient les livres du moment, ici ce ne sont que des livres autobiographiques, hum !
Lisa a écrit un très joli article sur moi, qui m'a fait rougir de la tête aux pieds et qui m'a fait dire ohlala, ohlalala en boucle -et encore plus ce soir quand je prends le temps de lire tous les commentaires qui y sont associés, merci ! Le jour-même, je recevais un mail d'une copine de ma classe qui lit les mêmes blogs que moi parce qu'elle en a un aussi (coucou Éléonore !) et qui m'a reconnu. C'est très bizarre de voir la vraie vie et le virtuel se télescoper en une seconde, j'ai tout de suite pensé que je devais fermer cet endroit, que ce n'était pas possible, parce que, mine de rien, j'ai toujours cru -ou j'ai toujours voulu croire- que, par un étrange sortilège, ceux que je côtoie en vrai ne viendraient jamais s'aventurer par ici. Mais voilà, c'est arrivé. Et du coup, je me pose des questions. Est-ce que certains d'entre vous me connaissent en vrai ? Est-ce que mon dentiste me lit, mon institutrice de CP -j'adorerai !-, ma tante ou bien simplement des amis ? J'aimerais beaucoup le savoir, alors vous pouvez me le dire juste en-dessous, ou bien en cliquant sur contacter l'auteur. Ouhlala, je vais avoir peur d'ouvrir mes mails maintenant... mais merci d'avance !
Sinon il ne se passe pas grand chose en ce moment. J'aime que ce soit l'hiver encore, parce que le soir on mange de la bonne soupe maison avant de regarder un film serrés sous la-couette-réservée-aux-films-du-soir, ouioui, comme des papi&mamie. J'ai ri tout à l'heure, au dîner, avec un ami des parents à qui je disais que son livre se trouvait justement dans la bibliographie sur l'autobiographie. Je me demande quel cadeau faire à Anouk pour son anniversaire qui approche. Et aussi comment je vais m'habiller demain. Un dimanche soir normal.
*

J'aime puissamment la lumière d'or de l'après-midi à l'appart', vers quatorze heures dans la cuisine et un peu plus tard dans le salon et la chambre. J'aime fêter l'anniversaire de maman, et rire aux larmes autour d'un petit livre tout à fait génial offert par ses amis présents ce soir-là. J'aime envoyer plein de petites cartes de vœux, avec plein de petits ♥ sincères. J'aime coudre une poupée à la moue boudeuse pour Lisa. J'aime prendre Anouk tout un dimanche à l'appart' avec nous, j'aime la voir se coiffer pour qu'on aille courir ensemble au parc à côté de la maison, j'aime la voir m'encourager quand je crache mes poumons au bout de deux secondes top chrono, j'aime sa main dans la mienne quand on rentre vite pour faire les caprices aux noix de Sissi, et j'aime nos fous rires quand on se prend en photo devant l'ordi. J'aime découvrir le nouveau blog de ma copine Camille, et d'ailleurs il est pour toi ce morceau Cama, banana pancakes, écoute les paroles... J'aime passer du temps à la grande maison. J'aime quand on gagatise tous ensemble devant la chatte de la grande maison, et quand on parle à sa place en prenant une voix très spéciale. J'aime quand Nathan, soudainement, se met à me raconter à voix basse comment son histoire d'amour a débuté, et son premier baiser sous la pluie. J'aime quand il me confie ses hésitations pour après le lycée. J'aime retrouver mes copines à la fac, et m'inviter à dormir chez P., j'aime savoir qu'on est assez copines pour ça, et j'aime rire en nous imaginant toutes les deux dans un même lit avec chacune notre folio de Hervé Guibert. J'aime la douceur de ma housse de couette, le soir, sur mes jambes. J'aime regarder des films qui font peur. J'aime retrouver ce que j'écrivais à quatorze ans. J'aime le goût des baisers de V.
*
come, as you are
Les cours ont repris, des cours différents, mais avec les mêmes copines, on nous répète qu'on ne gagnera rien quand on sera libraires, que c'est un métier dur, qu'on sera fatigués et qu'on aura mal au dos, aux pieds, aux cuisses mais nous, ça nous fait rire, et on préfère inventer des formes de librairies qui n'existent pas encore, et des amoureux richissimes qui nous permettront d'avoir un peu de sous, richissimes mais cultivés, pour lire Libé au lit le dimanche matin et offrir des livres aux enfants pour les anniversaires et aussi pour rien. On arrive couverts jusqu'aux yeux, écharpes, gants, bonnets, et dans la fac sans chauffage, j'essaye de dire bonne année à tout le monde, mais je n'ai plus assez de voix, heureusement le peu qu'il me reste est décrété so sexy. J'ai quatre heures d'italien le mercredi matin maintenant, et aussi un cours de littérature, qu'on attendait avec une impatience non dissimulée, et ce sera un cours sur l'autobiographie. Comment expliquer que je connais trèèèès bien ce sujet, que je l'ai étudié une fois en première, une fois en terminale, et à peu près une fois par an depuis, c'est-à-dire au moins quatre fois, et aussi que j'ai suivi deux cycles de cours que j'avais adoré sur le je au cinéma... et donc que j'étais super déçue au bout des deux heures de mardi après-midi, surtout quand la prof a brièvement parlé des blogs, une forme qui permet d'écrire sur soi... sans blague.
Je fais des allées et venues chez le médecin, il sourit quand il me voit revenir, il dit tiens, c'est une trachéite cette fois, encore une -ite, et il me donne une ordonnance en me demandant de ne plus venir le voir avant un bon bout de temps, et même si je l'aime bien, j'aimerai encore plus que tout ça se calme un peu, que mon corps arrête de me parler en morse composé de frissons parce que de toutes façons je ne comprends pas ce que ça veut dire, et je ne me bouche même pas les oreilles, non je l'écoute pour une fois. J'avais pris rendez-vous avant les vacances pour mon coccyx, et V. m'a accompagné chez l'ostéo, tout près de chez elle, il me faisait rire en me disant tiens là c'est Audrey -il faut dire qu'il la connaît mieux que moi- et je répondais oh non en me cachant derrière les poteaux, parce que ce n'était pas vraiment le moment [mais Audrey tu sais que je veux te voir en vrai, hein ?]. On est arrivé devant la porte de l'immeuble, il y avait une plaque de médecin mais pas d'ostéo. Au fond de la cour, une porte avec des noms, mais aucune étiquette avec écrit docteur machin. J'avise une femme qui nous précède et au moment où elle allait lâcher la porte derrière elle, je lui demande excusez-moi, est-ce qu'il y a un ostéo dans cet immeuble ? elle me répond oui c'est moi, humhum, elle monte dans la cage d'escalier obscure et nous derrière elle, je me dis que c'est quand même un peu étrange en fixant son sac en plastique monoprix qu'elle balance en rythme, mais ce sont des copines qui me l'ont conseillée alors je me dis qu'elle doit être bien. Elle nous fait entrer dans un appartement, et nous laisse là, dans une entrée minuscule, sans allumer la lumière, elle dit mettez-vous à l'aise et elle va dans la cuisine dont elle ferme la porte, puis on l'entend mettre le micro-onde en route. V. s'assoit, on ne parle pas, je regarde le lustre au-dessus de moi sans comprendre pourquoi elle ne l'a pas allumé, puis je passe la tête par la porte qui donne sur la salle d'examen, ça sent les huiles essentielles, l'eucalyptus, il y a un siège de kiné recouvert d'un drap pourpre et une étagère dont tous les étages sont occupés par des bouddhas et d'autres bibelots qui prennent la poussière. Je reviens, je chuchote à V. je ne peux pas, il ne dit rien, je marche sur la pointe des pieds jusqu'à la porte, je l'ouvre, je suis sur le palier quand j'entends des voix, V. parle à la femme mais je cours déjà dans les escaliers, je pousse la porte, je traverse la cour le plus vite que je peux, j'entends les pas de V. qui court derrière moi, on franchit la lourde porte et on déboule sur le boulevard, voilà c'est fini, on hurle de rire, je me tiens les côtes tellement j'ai mal d'avoir couru dans le froid, je tousse à n'en plus finir, il me prend dans ses bras, j'ai toujours mal au coccyx, les gens nous regardent et on s'en fout, on rit on rit on rit.
Maman m'appelle pour me dire de venir manger la galette, parce que c'est sa première pâte feuilletée de toute sa vie, mais je ne peux pas je n'ai plus de goût depuis deux semaines déjà, et puis je n'aime pas la frangipane. Chaque année c'est pareil, j'ai envie de croire que j'aime la frangipane, j'arrive très bien à m'en convaincre mais vraiment non, je n'aime pas ça. Deux jours après V. achète une petite galette pour deux au chocolat et à la pistache, et il me fait reine quand il trouve la fève, c'est l'avantage de se régaler d'une galette à deux, on est forcément couronné. On joue un peu à se photographier mais la fièvre remonte vite alors je vais me coucher. Un autre soir, je vais dîner à la grande maison pour voir les petits pendant que les parents sont au cinéma, et on joue aux cartes jusqu'à qu'on se mette à se battre comme quand on était enfants, comme des chiffonniers. Anouk me tire les cheveux pendant que je pince Nathan qui hurle à la mort avant de donner des coups de pied partout auxquels nous répliquons, les deux filles contre le garçon puis les deux grands contre la petite puis les deux petits contre la grande, on réinvente toutes les combinaisons et je retrouve ce plaisir animal, celui de la meute, d'être par terre avec eux deux, de hurler très fort dans la maison, de rouler ensemble, de se cogner aux meubles, de prendre de pleines poignées de peau, de cheveux, mon frère de lait, ma sœur de lait, de tout partager, de faire la bagarre et de rire et de crier et d'avoir mal et de chouiner.
Et, aujourd'hui, vers quinze heures, tout va mieux, j'ai complètement retrouvé ma voix, et aussi le goût, je sens ce que je mange, c'est miraculeux quand on y pense, que les aliments aient un goût, tous différents, je n'ai pas cours alors je vais voir les parents, je consulte mon portable et j'ai de jolis textos, je discute sur facebook avec madame bleue et on rit on écrit je vois la tête que tu fais on se donne rendez-vous pour un café, ou avant, dans notre banlieue, chez nos parents. Je commence Passion simple d'Annie Ernaux, un vieil exemplaire Gallimard que j'ai pris à maman, sur la première page il y a écrit 1er avril 1992 de son écriture, au stylo bleu, un stylo plume j'en suis sûre, je calcule qu'elle était enceinte de Nathan, très enceinte, et moi j'allais avoir quatre ans, je devais courir près d'elle, mettre mes petits bras autour de son cou, elle devait remonter ma frange chaque matin avec une barrette, je devais la regarder derrière mes petites lunettes, mes toutes petites lunettes, et j'avais sûrement une croûte à un de mes genoux, est-ce que je savais dire je t'aime, est-ce que je lui disais je t'aime maman, est-ce qu'elle se disait que ça y est, je ne serais plus son seul enfant, est-ce que ça lui faisait exploser le cœur, c'était le début du printemps, je devais porter mon haut rose avec les petites souris noires que j'adorais, papa venait me chercher à l'école, il m'achetait un pain au chocolat et une sucette pierrot friand et on allait voir mon nouveau petit frère à la maternité. Le livre sent bon, je plonge mon nez dedans, je lis quarante pages puis je vais devant l'ordinateur pour regarder les photos qu'on a pris avec la couronne des rois, je mange des cachous et j'ai les dents noires, mais je m'étais dit que lorsque je retrouverai le goût des choses je voudrai des cachous, puis je dîne en écoutant Nirvana, et putain cette chanson vraiment, elle me déchire le cœur, oui. V. dîne dans la cuisine, je crois qu'il écoute la radio, on ne mange pas toujours ensemble parce qu'on n'est pas obligés, c'est bien quelques fois de faire des choses séparément, ensuite quand on se retrouve je me dis tiens il y a un mec plutôt pas mal qui habite dans le même appartement que moi dis-donc et lalala la la la la.
*
V. m'a offert mes cadeaux de Noël après Noël, on aime bien prolonger un peu, étirer les découvertes, et on a attendu d'être revenus à l'appart' pour poser nos quelques paquets au pied du faux sapin qui fait très bien illusion. J'ai d'abord ouvert un petit paquet, c'était un livre, Séraphine de Marie Desplechin. Je le retourne, je lis la quatrième, je comprends qu'il s'agit d'un roman sur la Commune, période dans laquelle je m'étais plongée jusqu'au cou en première, puis je l'ouvre. Dedans, un mot de Marie Desplechin, un monument de mon enfance, comme Susie Morgenstern, de la part de qui je découvre aussi un petit mot, dans un autre livre. Et puis un dessin de Marc Boutavant, et enfin, le dernier paquet, Les ailes d'Anna dédicacé par son auteure, et aussi... son illustratrice. Là, j'étais un peu interloquée je dois dire, et j'ai regardé V. en répétant deux-trois fois mais ça veut dire que tu as rencontré Anaïs, mais ça veut dire que tu as rencontré Anaïs... Je n'ai eu le temps de ne rien lire, parce qu'une laryngite, une sinusite, et deux autres en -ite que j'ai oublié depuis, ainsi qu'un début de grippe me sont tombées dessus, et ajoutées à mon accident de coccyx, m'ont mises complètement KO. Je ne me rappelais plus avoir été un jour autant malade, autant secouée de frissons, avoir ressenti autant de vertige rien qu'en voulant tourner la tête. Ça faisait très longtemps que je n'avais pas expérimenté une telle dépendance aux autres, pour manger, boire, prendre mes médicaments, et je pense que je n'avais encore jamais déliré à cause de la fièvre. La dernière journée de décembre a été très longue, au fond de mon lit je rageais de ne pas pouvoir aller aux réveillons qu'on avait prévu avec les copains, et puis, en fin d'après-midi, j'allais mieux et j'ai sauté sur mes livres-cadeaux. Je les ai tous lu, puis j'ai téléphoné à mes parents, et je suis tombée sur une Anouk à la petite voix, qui, n'ayant pas eu le droit d'aller à une fête -oh, ils sont durs les parents- devait aller à celle où ils allaient eux, autant dire une fête de vieux. Alors j'ai proposé qu'on vienne à la grande maison et qu'on fête le nouvel an tous les trois. Quand on est arrivé, elle s'était faite toute belle, et elle avait mis une jolie table. V. nous a concocté un petit repas pendant qu'on montait se maquiller -mais Pauline, tu peux pas rester comme ça, t'es même pas coiffée, ce à quoi je répondais en grognant parce que je perdais ma voix- et puis en mangeant nos aiguillettes de poulet marinées accompagnées de petits pois et d'eau qui pique -humhum- on est parti d'un coup dans un fou-rire incontrôlable, tous les trois, à se rouler par terre, et moi qui toussais toussais toussais en même temps que je riais, et on n'arrêtait pas de répéter, en pensant nous à nos amis, Anouk à ses copines, à Nathan qui devait festoyer comme un petit fou, ils ne savent pas ce qu'ils ratent, ils ne savent pas ce qu'ils ratent et on riait encore plus. Quand on a cherché un dessert, on a découvert dans le réfrigérateur un magnifique nougat glacé comme seule maman sait les faire, mais il était destiné à la petite fête du 1er de l'an, comme on fait quelques fois, une fête avec tous les proches, famille, amis, voisins, l'après-midi et pas avant surtout, pour se souhaiter une bonne année. Alors on a grignoté un bout de pandoro, et puis il n'était que 22h30, et on ne savait plus quoi faire. On a décidé d'un coup de ranger toute la maison, entièrement, pour la fête du lendemain, et pourtant une maison d'après-Noël, ce n'est pas une partie de plaisir à ranger, mais on était bien, tous les trois, à s'activer pour faire une surprise aux parents quand ils rentreront. Chacun mettait un disque à tour de rôle et on improvisait des chorégraphies qui me rendaient malade. À minuit, on a crié très fort bonne année tous les trois, on s'est serré à étouffer dans un immense câlin géant, avant de hurler au téléphone aux parents qui avaient l'air de beaucoup s'amuser, héééé vous savez pas ce que vous ratez et papa de répondre, ah bon, à ce point ! Les parents sont rentrés avant Nathan, mais ils étaient tellement fatigués qu'ils n'ont même pas eu l'air de remarquer que la maison était toute propre, prête à accueillir leurs vingt-cinq invités du lendemain, avec deux tables de buffet déjà dressées et toute la vaisselle de faite. Ça ne nous a pas arrêté, et, décrétant qu'il manquait un bouquet dans l'entrée, nous sommes partis tous les trois dans la nuit, ciseaux à la main, pour faire la peau à quelques fleurs municipales qui passeraient par là, pour les mettre dans un joli vase. Ne trouvant rien près de chez nous, on est monté dans la voiture et on a fait un grand tour dans la nuit, en croisant des groupes de gens titubant qui n'avaient pas l'air très gais, en tout cas bien moins que nous. Enfin, au moment où nous allions abandonner, Anouk a crié là des jonquilles, des jonquiiiiiilles, V. a freiné brusquement, on est sorti en claquant les portes, comme des gangsters, et on est tombé nez à nez avec de petites pensées jaunes tout justes plantées. On n'a pas eu le cœur de les enlever à leur terreau municipal, on s'est retrouvé là, les bras ballants, ciseaux au bout des doigts, et on a expliqué à Anouk que toutes les fleurs jaunes ne sont pas des jonquilles. Puis on est remonté en voiture, tout en haut de la colline, là où il y a la grande maison, et on a regardé notre jardin, au cas où, mais il n'y avait rien non plus, et elle a dit mais on est bêtes, c'est l'hiver, ah ma petite sœur. Le lendemain, je n'avais plus de voix, il y avait deux messages de papa et un de maman sur mon répondeur qui disaient merci pour tout, waouh la maison est super belle, venez à la fête de cette après-midi, c'était le premier jour de la nouvelle année et j'étais clouée au lit, mais je me consolais en me disant que décidément, tous les autres là, ils ne savaient pas ce qu'ils avaient raté.
Et, attention épilogue, aujourd'hui, le 3 janvier, je suis toujours autant malade, même plus, tout le monde ricane en m'entendant parler avec ma voix rocailleuse et d'outre-tombe, V. me mime mes délires enfiévrés et mes copines se marrent en me disant toutes et surtout une bonne santé, mouahaha. Je ne suis pas allée à la fête du 1er janvier des parents, ni au dîner de nouvelle année chez ma grande-soeur hier soir, ni chez Ikéa ce matin avec V. pour acheter de nouvelles bibliothèques tellement on croule sous les livres [édit : si je ne suis pas allée chez Ikéa, c'est que c'est vraiment super grave]. Demain je dois retourner en cours, ça va être très très rigolo. Merci d'être là, vous tous qui passez ici -j'ai vu que mon petit montage en dessous avait été vu plus de cent trente fois, waouh, je me demande bien ce que vous pensez de tout ça, ça m'occupe-, vous dont je lis les blogs -très bien les blogs quand on est malade, je recommande-, je vous souhaite à tous une très très grande année 2010, j'ai l'impression que ça vaut le coup et qu'il fait beau dehors, mais je n'en suis même pas sûre. Love pour tous. P.
























