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Et voilà, aujourd'hui c'est mon anniversaire. C'est joli ces deux deux côte à côte, et puis ça n'arrive pas si souvent d'avoir deux fois le même chiffre, on dirait un peu un talisman. Comme premier cadeau prématuré, j'ai reçu un très gros chagrin d'amour qui me fait sangloter depuis quelques temps dans les bras de ma maman. Alors je me concentre sur ma tribu. Et j'emmène déjeuner Nathan et Anouk ce midi, dans un petit restaurant que j'aime beaucoup. Parce que je me sens si bien avec eux, quand on se chamaille quand on rit ou quand on ne fait rien, rien d'autre que d'être amalgamés comme sur ce fauteuil qui nous a accueilli maintes et maintes fois, un pour tous et tous pour un. J'aime ces deux photos retrouvées hier, et surtout leurs deux petites têtes que j'aime à mourir.
Et je saute sur l'occasion de mon anniversaire pour vous faire un petit cadeau -en tous cas, je le considère comme tel.
Voici la séquence finale d'un de mes films préférés. Aprile, de Nanni Moretti. J'aime le mois d'avril et j'aime qu'un film porte le nom du mois d'avril, j'aime Nanni Moretti et j'aime l'écouter parler italien. Et puis enfin, j'aime ce film qui ne dure même pas une heure et demi et qui est à la fois drôle, tendre, terrible, qui traite et de politique berlusconienne, et d'accouchement avec ou sans péridurale, de la naissance d'un bébé, mais aussi de l'angoisse de ne pas faire ce qu'on aime...
Ainsi, dans cette séquence, Nanni fête ses 44 ans -autrement dit le double de mon âge d'aujourd'hui, mmhum- et un ami proche lui tend un mètre. Il lui demande combien de temps il compte vivre. Nanni répond qu'il veut vivre quatre-vingt ans. L'ami place le mètre sur 80 centimètres, auxquels il soustrait 44 centimètres, ce qui correspond à l'âge de Nanni. Puis, il lui tend le mètre en lui disant que c'est ce qu'il lui reste à vivre... J'adore véritablement la fin de ce film, ce long plan séquence pendant lequel Nanni repasse en vespa devant tous les lieux de son enfance, et se libère enfin de ce qui l'oppressait -les journaux, qu'il collectionne depuis des années- avant de revêtir sa cape d'enfant et d'arriver en courant sur le plateau du film qu'il a toujours voulu tourner sans jamais oser se lancer, une comédie musicale sur un pâtissier trotskiste. Le mètre lui a permis de mesurer que le temps potentiel qui lui reste à vivre est plus restreint que ce qu'il pensait, et il se décide enfin à en profiter. C'est ce que j'aimerais faire aussi.
22 ans, motore !
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tantetsibienque





Le projet est terminé, imprimé, relié, et distribué aux quatre coins de Paris aux membres de notre jury de soutenance. Je suis bien contente qu'il soit à présent entre leurs mains et plus entre les nôtres, car nous sommes restées enfermées une semaine entière avant d'apposer le point final salvateur. Une semaine à ne dormir qu'une heure chacune par nuit, à demander à V. de nous réveiller, de nous faire à manger parce qu'on n'a même pas le temps de nous lever deux minutes de nos chaises, une semaine à devenir zombies, les yeux rouges de trop d'ordinateur et le teint jaune. Un jour, je suis allée à ma fenêtre et il y avait beaucoup de vert aux arbres qui n'étaient qu'en bourgeons il y a encore quelques jours. Plein de vert, des fleurs blanches, et du soleil qui caressait doucement les trottoirs. Le printemps est arrivé et je ne l'ai pas vu venir. Heureusement, pour me rappeler qu'on débute avril, V. m'a collé un poisson dans le dos le premier jour. V. qui a travaillé pendant tout le Salon du Livre sur le stand d'Actes Sud, et qui en a profité un jour pour faire un coucou à Sissi qui lui a offert de jolis papiers à origamis avec les fleurettes de Lurette. Il y avait d'autres fleurs dans ma boîte aux lettres sur un joli bracelet en liberty {merci Delphine !} et un coup au cœur quand je décachète une lettre qui vient d'Inde et dans laquelle je trouve la serviette d'une de nos cantines à Pondi-chérie {Karine, j'ai cru que j'allais pleurer}. Les bouffées indiennes reviennent toujours à cette période, l'envie terrible, là, dans le ventre, d'enfiler mes bracelets de cheville et d'aller les faire tinter sur le sol brûlant de Pondy, à l'heure de la sieste, quand les rues sont étonnamment calmes, les bougainvilliers en fleurs dans l'odeur terrible de l'Inde, celle qui m'a fait pleurer quand je l'ai retrouvée au bout d'un an lors de mon second voyage.
Jeudi, je commence mon stage à la librairie. Je n'ai que deux jours de vacances alors j'essaye d'en profiter très fort. J'ai ressorti mon vernis rose printemps, il y a Camille* qui est venue passer quelques heures à l'appart', le temps de goûter et de se raconter où en sont nos vies. V. me coupe les cheveux parce que je n'y arrive pas toute seule et il dit arrête de rigoler ou je vais tout ratiboiser et du coup je ris encore plus. On regarde Totoro et je pleure comme une madeleine, la danse des graines me retourne et puis la fin, évidemment. Je prends des nouvelles de ma copine qui ne va pas très bien. Je reçois la magnifique lettre de motivation de Nathan, pour une école à la rentrée prochaine. Il me demande de la corriger, et moi je n'en reviens pas d'avoir un petit frère comme ça. J'ai fixé un rendez-vous aux deux petits, N&A, pour qu'on aille déjeuner tous-les-trois-rien-que-tous-les-trois le jour de mon anniversaire, pour conjurer le sort un peu -mes anniversaires sont toujours nuls d'habitude, mais je ne me laisse pas faire ! Et quand V. part quelques jours à Strasbourg pour un concours, je vais à la grande maison me faire un peu cajoler par les parents, par la chatte. par la couette de la chambre d'amis. Là, maintenant, tout de suite, je vais acheter de quoi faire le carrot cake de Rebecca qui a l'air fou, puis je vais regarder Kiki la petite sorcière en mangeant une tartine de Kiri -c'est le titre qui m'a donné envie, humhum- et ce soir c'est dîner de fête à la grande maison.
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