22 septembre 2010

l'Énergumène

Je lui raconterai qu'il était une fois V. et moi, qu'il était une fois notre amour depuis toujours et à jamais, notre amour un peu fou que le monde ne parvient pas à écorcher, et puis je lui dirai aussi la fureur d'aimer trop fort qui nous possède quelques fois. Je lui murmurerai qu'on ne croit en rien, ni lui ni moi, et que notre seule certitude est que l'on mourra amoureux l'un de l'autre. J'essaierai de lui dire la couleur des jours qui passent, le chatoiement des lumières du ciel, la douleur, mais surtout la douceur de la vie ici-bas. Les mots se bousculeront sans doute en moi quand je voudrai lui écrire son histoire, lui écrire sa vie secrète pendant plus de deux mois, pendant que V. et moi nous déchirions sans rien savoir de sa présence, et lui raconter nos retrouvailles, notre amour à nouveau, plus fort encore. Je lui décrirai cette rame de métro dans laquelle j'ai deviné son existence, la chaleur étouffante de la fin du mois de mai, le visage de V. quand j'ai couru dans la rue à sa rencontre pour le lui dire, et nos cœurs qui battaient la chamade au bord de l'océan, là où on lui a offert la mer et le ciel de printemps en talismans. J'écrirai les yeux de ceux que j'aime quand ils ont su, notre euphorie à tous les deux, cette joie qui ne nous quitte plus, et la peur aussi, tapie un peu en-dessous, l'émotion de V. au moment de signer, à la mairie, la déclaration officielle. Et puis, je crois qu'il sait déjà, l'Énergumène, le crazybaby, la petite pinotte, à quel point il a bouleversé nos deux destinées, alors je ne dirai plus rien, et je l'écouterai vivre, la petite pulsation pour trois mois encore blottie en moi.

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19 septembre 2010

«Ces objets si parfaitement domestiqués...*

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Ça y est !
On l'a fait, finalement.
On a tout sorti des placards, mis dans un coin de l'appart' ce qui était périmé ou cassé, on a essayé nos vieux habits, décidé d'en jeter certains, d'en donner d'autres, on s'est raconté plein de petites histoires liées à tous ces objets, on a relu de vieux carnets, réaménagé la bibliothèque, et finalement tout nettoyé.
On a mis quatre grands sacs en plastique bleu à la poubelle,
et on s'est senti légers, légers, légers !
Mais les objets qu'on avait vraiment aimé, les objets qui nous faisaient murmurer des tu te souviens, on n'a pas eu le cœur de les laisser comme ça sur le bord du chemin, alors on les a pris en photo.
Pour ne pas les oublier.
Pour sauver comme on peut, la vie.

* ...qu'ils auraient fini par les croire de tout temps créés à leur unique usage
Georges Perec, Les Choses, 1965.

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17 septembre 2010

J'aime bien quand, à la suite d'une quiproquo démesuré, on se retrouve propriétaires d'une Smart pour la journée. J'aime bien quand, du coup, on en profite pour faire uniquement des choses qui nous font plaisir, en commençant par aller se promener à l'épicerie du Bon Marché, y déguster du foie gras à tomber et y acheter quelques petites choses pour se concocter un bon dîner, et de délicieux bonbons à la menthe du Docteur Stuart -biien meilleurs que ses tisanes qui sont, selon moi, absolument imbuvables bêrkbêrk- -en plus, si vous voulez un scoop qui n'en est pas, toutes les pouffes de chez Gallimard boivent des tisanes Docteur Stuart après le dej', parce que, selon elles, le Kusmi Détox, c'est pas de la vraaaiiiie détox, hum, j'ai un peu honte, mais pas trop, de révéler ce lourd secret-. J'aime bien quand on se partage les fourneaux, V. à l'entrée et moi au plat, et que pour le dessert, on saute à nouveau dans la voiture pour aller manger un cône de fior di latte a la menta chez Grom avant de décider, à minuit passé, de faire un grand tour de Paris pour la contempler sous les étoiles, cette ville qu'on aime tant. J'aime bien quand on rentre en passant juste sous la Tour Eiffel et que je m'endors en écoutant TSF et j'aime bien qu'il laisse la fin du morceau avant d'éteindre le moteur. J'aime bien retrouver une copine à notre café attitré, l'écouter raconter son été et son nouvel amour, la regarder essayer mille jeans mais ne pas en acheter un seul. J'aime bien ne pas faire grand-chose de nos journées, tout en se disant que ce serait drôlement bien si on rangeait touuut l'appartement, et si on faisait un grand ménage de septembre. J'aime bien quand on va à la dernière séance du soir voir un film d'horreur qui fait très peur et qu'ensuite, on dort serrés l'un contre l'autre bien cachés sous la couette. J'aime bien récupérer les pellicules de mon Diana F+ et me faire éblouir par le ciel bleu de l'Océan, mi-juillet. J'aime bien la fin de l'été.

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13 septembre 2010

comme s'envole l'encens de l'iris

    J'ai dormi trois heures cette après-midi, avec ce plaisir toujours renouvelé de soulever la couette en pleine après-midi et de me glisser entièrement nue en-dessous, ce plaisir de la douceur du coton sur la peau, de la rumeur de la rue, et de l'odeur de notre lit dont je ne me lasserai sûrement jamais. C'est V. qui m'a réveillé avec ses mots dans mon cou, il disait que c'était l'automne et que je commençais à hiberner et qu'il n'allait pas me laisser faire comme ça, nonnonnon. Je me suis levée à regret, j'ai rêvé d'un thé et je ne l'ai pas préparé, j'ai repensé à la soutenance de mon mémoire qui s'est finalement très bien passée, à la fierté de ma Mamy dans le téléphone quand elle a su que j'avais eu 15, à son soulagement que je n'ai pas voulu contrarier quand elle m'a dit qu'avec ce diplôme, j'allais avoir un métier. Elle m'a parlé un peu du centre anti-douleur où elle irait demain avec mon papa descendu pour l'occasion, je serrais les dents tellement fort pour ne pas pleurer que je lui disais seulement ouioui tout doucement, comme à un enfant, je me souvenais de la promesse faite à moi-même quand j'avais dix ans, d'avoir le courage de prendre les cachets qu'il faudrait avant de tout perdre, ma maison, ma raison, ma mémoire, mes sens. Elle m'a dit que les photos que j'avais confié à papa lui avaient fait plaisir, je sais qu'elle les mettra dans ses albums, oh, bien moins collées que dans ceux du début, mais elle les légendera de son stylo à encre verte que je lui ai toujours connu. Ce sont des photos d'Anouk qui datent de samedi, de la bellAnouk avec son corps délié si plein de vie et son regard franc aux yeux gris. Je ne sais pas si Mamy a vraiment bien compris en quoi consistait le carousel éthologique qu'a préparé sa dernière petite-fille pendant tout l'été, mais je sais que ça fera partie des souvenirs que nous serons heureux de retrouver quand nous feuilletterons les albums un jour de pluie à Bordeaux.
     Une femme m'écrit pour me demander quel intérêt j'ai à exposer ma petite vie siii passionnante ici, qu'est-ce que ça m'apporte, au juste, de faire ça, est-ce que des fois je n'ai pas honte de tout déballer comme ça ? Je voudrais lui répondre ici, lui dire que je ne déballe pas tout comme ça, qu'il y a beaucoup de choses que je garde pour moi, que je suis une personne en-dehors de cet endroit, qu'il n'y a pas toute la Pauline que je suis, ici. Et pour ce que ça m'apporte, de faire ça, je voudrais avoir une caméra et lui faire un petit film. Il faudrait pour cela que je traverse l'Océan, que je retourne à Montréal. Je voudrais bien lui montrer, ce que c'était mon arrivée là-bas, l'exil volontaire de mes vingt ans, trouver les mots justes pour décrire cet endroit improbable dans lequel je vivais, cet endroit aux murs bariolés mais à la lumière si glauque, lui expliquer pourquoi j'écoutais Lily Dale en boucle, au moins trente fois d'affilée. Et ce crépuscule d'automne, avec l'air piquant des nuits de Montréal, les phares sur les feuilles mortes amassées en petites montagnes, cette nuit où j'ai rencontré Janou. Janou aux quatre noms, Janou qui a ne m'a rien demandé, qui m'a juste emmené, parlé, écouté alors que l'on ne se connaissait pas, que l'on avait seulement échangé quelques messages car justement, elle était venue ici. Janou qui a fait un grand détour dans la ville pour m'offrir un gros sachet de bagels chauds, et qui m'a serré dans ses bras devant chez moi. Cette nuit-là, cet endroit m'a offert de la lumière et du pain alors que j'avais froid et peur. Cette nuit-là, j'ai rencontré l'humain, et je ne l'oublierai jamais. 

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08 septembre 2010

// Comme la vie semble s'accélérer à la fin des grandes vacances ! Pourtant, ni V. ni moi ne recommençons quoique ce soit avant début octobre -et je peux vous dire qu'on savoure notre chance !- / À la Grande Maison, Nathan entre en prépa avec un scooter acheté d'occaz, qui pétarade bien comme il faut, et sur lequel il m'emmène faire un tour dans le soir tombant. Il n'a pas l'air très inquiet, continue à lire le journal après le petit-déjeuner quand ses profs sont en grève. Anouk entre au lycée, mi-bébée mi-jeunefemme, le pouce dans la bouche mais les talons des bottes qui claquent le matin sur la passerelle. / On vient passer quelques jours, pour continuer les travaux entrepris en août, et pendant qu'ils sont tous en cours, on peint, on retape, on construit pour le plaisir de faire plaisir. Ma chambre de jeune fille s'est pourvue d'un pan de mur peint en graine de moutarde à l'aide d'un rouleau rose. / Je ris de voir trois amies très chères devant le centre médical où on a rendez-vous. Elles viennent me tenir compagnie parce que je suis rien qu'une chochotte qui a peur de faire des examens toute seule comme une grande. J'ai le droit aux derniers potins, à qui a couché avec qui, à qui fait quoi et où et comment, mais, au moment où l'une d'elle sortait sa flûte de Pan, on s'est fait lancer des regards noirs par un médecin de passage, hum ! Faut dire qu'on faisait vraiment beaucoup de bruit, c'était bon de rire et de rire encore dans cette odeur d'hôpital. / On se retrouve le soir même au cinéma, ça faisait des années que je n'étais pas allée au cinéma en bande, c'est drôle d'être autant. N. revient du marché africain où elle a acheté de la canne à sucre et plein de trucs qu'on ne connaît pas et qu'elle doit nous faire découvrir et du coup, ça sent drôlement bon dans la salle obscure. / Partager un goûter de filles à Saint-Germain-des-Prés et, en reprenant le métro, croiser un vieux copain perdu de vue qui regarde les filles passer, discuter pendant une heure, se quitter comme si c'était hier. / Monter en voiture, passer chercher des copains, et arriver dans la presque campagne où Camille organise sa fête de départ pour un an en Espagne. Mettre en place un barbecue, constater que la nuit tombe vraiment tôt à présent, rire énormément, embrasser tout le monde, mettre la musique et jouer à faire de la air guitar, et danser danser danser -il me manquait ma caméra et c'est vraiment dommage, V. s'est surpassé !-, goûter plein de bonnes choses africaines, dont une boisson à l'hibiscus à mourir, aimer pour la première fois de ma vie le maïs cuit au barbecue, laisser toutes les fenêtres ouvertes même s'il fait froid, ramener les potes en pleine nuit, avoir un pincement au cœur en imaginant Camille si loin de moi pour un an. / Penser à la soutenance de mon mémoire lundi, avoir mal au ventre d'avance, et aussitôt, penser à notre départ pour la Crète fin septembre, youhouu ! / J'avais très envie d'aller voir Hindi Zahra en concert ce soir, mais il pleuvait beaucoup trop, alors on a mis le disque en épluchant les courgettes. //

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07 septembre 2010



Hier, pluie.
Travailler (Barbara, je t'oublie pas !).
Ranger de vieilles photos en écoutant Cocoon, avec un bon thé.
Retrouver tous ces noirs et tous ces blancs.
Après tout ce gris, cet endroit tourne un peu darksiiide.
Mais dès demain, ou peut-être plus tard, beaucoup de couleurs ici.
Parce que ma rentrée est décidément explosive.

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Posté par polaroidgirl à 16:35 - - Commentaires [16] - Rétroliens [0]


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