// Le mercredi 6 avril 2011, il fait beau dehors, le soleil frappe, un, l'immeuble d'en face et se répercute, deux, sur nos fenêtres. Sur le lit blanc, il y a elle qui dort le visage vers la lumière, c'est son premier printemps, vous comprenez, son premier printemps. Je lis tous les jolis mots que vous m'avez offert pour ce printemps-là, c'est un si beau cadeau, merci. / Le mercredi 6 avril 2011, il est midi quarante-neuf, la rumeur des rues se mêle au son sourd du four qui préchauffe et à la voix de B. B., je regarde des photos de l'année dernière pour savoir si l'arbre sous la fenêtre a grandi. J'ai mal au ventre quand je pense à mon anniversaire qui approche, je me souviens de mes 22 ans au goût de sel, alors, avec elle, on va partir, toutes les deux, pour quelques jours. Loin. Un peu. Un peu loin, pas trop. / Le mercredi 6 avril 2011, j'ai les ongles des pieds rouges et j'ai jeté tous mes collants, ils étaient filés. Tous. Tous, filés. Quand je marche dans la rue, quelques fois, je courbe un peu l'échine, comme pour mieux attendre la balle qui sortira d'un flingue pour me traverser la tête. Pas vous ? / Le mercredi 6 avril 2011, j'écris ici mais je rêve de coucher des mots sur du papier. Et après, leur faire l'amour ? Je n'y arrive pas. Je n'arrive pas à grand chose, de toutes façons. Il faudrait que toute la vie soit un mercredi midi dans une banlieue pourrie. Un peu pourrie, hein, pas trop. Un mercredi midi de début de mois avec le signal d'alerte qui retentit dans un ciel bleu zébré de blanc, un, et rebondit contre les barres d'immeubles au loin, deux. / Le mercredi 6 avril 2011, je voudrais regarder dans les yeux la gamine que j'étais à dix ans et lui dire à quel point elle est chouette. Parce que personne, sinon, ne la serrera entre ses bras, personne ne lui dira que bientôt, son coeur ne s'arrêtera jamais plus de battre, encore & encore. C'est comme ça. Je pense tous les jours, vous savez, au miaulement rauque qu'elle a eu en sortant de moi. / Le mercredi 6 avril 2011, j'ai envie de nouilles chinoises, j'ai passé une nuit délicieuse, même si j'ai un peu la migraine, je me parfume au thé vert, au creux de mes poignets, un, tout contre ma nuque, deux, je regrette deux mille ans d'Histoire. Je crois que vais arrêter d'écrire ici. Pour le moment. Un petit moment. / Le mercredi 6 avril 2011, je vous salue bien bas, tous autant que vous êtes. Et puis. Rendez-vous qui sait, dans une autre vie, dans un autre monde... //

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