juinchafouin





// La moitié d'une année est passée depuis que j'ai donné naissance à mon premier enfant, ça me laisse toute songeuse mais ce qui nous animait le matin du 26, c'était surtout l'envie de faire la fiestabamboula pour la fêter, pour lui dire qu'on l'aime comme des fous, qu'elle est merveilleuse. On est allé chercher une rose choco pour son premier anniversaire, on va la tenir cachée six mois encore, et puis, quand la maison sentira la bougie et la cannelle, et que dehors, le froid rougira les joues, on la lui offrira. / Pour le moment, les jours moites passent lentement, je ne sais plus très bien quand est le jour et quand est le soir. Dans la lourdeur de la nuit elle se réveille en babillant et ses yeux plongés dans les miens brillent de plaisir quand je lui réponds, quand je lui dis que ce n'est pas bien grave, que de toutes façons, avec cette chaleur accablante, je ne dormais pas, et qu'on est bien mieux là à papoter plutôt qu'à se retourner encore et encore dans nos lits respectifs. / Je travaille le jour, avec l'ordinateur et les yeux si secs qu'ils font cuiiiicouiic quand je les frotte, je travaille la nuit, toujours à mon mémoire, quand le vent se lève, je dors trois heures et il faut déjà s'y remettre, et, pour faire une pause, je me dépêche de terminer mon long tricot au point de riz avant que mon amie Éléonore ne retourne vivre loin -c'est elle qui m'a appris les rudiments du maniement des aiguilles, et qui sait rabattre les mailles, moi je ne sais pas. / Entre deux lignes, deux rangs, deux orages, nous sortons ; nous allons pique-niquer dans le seul jardin parisien où il y a plein d'espace même quand il fait très beau ; nous allons errer sans fin dans les rayons frais des supermarchés où l'on se demande ce qu'on pourrait bien acheter de bon et de rapide à faire à manger ; nous allons à Beaubourg rêver de l'Inde et nous faire tirer le portrait en géant avec des bindis sur le front, et on rentre hilares avec, roulées sous le bras, des affiches immenses de nous en noir & blanc ; on se dit qu'on changerait bien tous les meubles de place ; on écoute Angus & Julia, et on adore ce moment-là, à 1:59 quand elle répète if I talk real slowly dans le live de For you ; je découvre comment ça peut piquer un peu, de comprendre qu'on ne compte pas, ou peu, de comprendre que les gens qu'on aimait bien sont en fait tristes et moches ; et puis vite je hausse les épaules et je me concentre sur madame bleue qui appelle Bertille petit chaton, sur les mains de ma mère qui caressent le visage de ma fille, sur les mains de ma maman que j'imagine écrire de 10h20 à 11h45, sieste surveillée par le chat sur la petite fiche-résumé qu'elle fait quand on lui laisse la bébée quelques heures ; et puis, très vite, je pense aux baisers dans l'encadrement des portes, aux danses de la pluie, aux livres qu'il reste à lire et ouf, je respire mieux. / Les persiennes fermées, la nostalgie, la photographe de la maternité qui passe chez nous, le goût du sang dans la bouche, les noeuds de laine en pleine canicule, la tête lourde de fatigue, la fin juin à l'appart' a le goût de la pastèque au vinaigre balsamique : douceâtre, pointu, un peu mauvais. / Mais, et parce que c'est ce qui importe le plus, parce que c'est ce qui est le plus doux, le plus fou, parce que c'est la seule chose magique, la seule en quoi je crois ; le bruissement de la vie, le battement, le martèlement, la palpitation, la pulsation, l'oscillation, le rythme, la vibration ; j'avais envie de faire de la chamade ma maison. Je vous souhaite bienvenue dans ce nouvel endroit, à tous. Vous êtes mes invités. On continue, qu'en dites-vous ? //
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because the night
Tu sais, ce matin dans le grand lit, quand tu étais nue entre nous, nus aussi, nue avec ta couche blanche et tes grands yeux rieurs, je pensais à quand tu n'étais encore que mouvement et rythme sous nos quatre mains, je pensais à il y a un an, même lit même ciel gris, et toi en moins, toi en moi ; et tu sais, je n'écrirais pas que je ne me souviens pas comment c'était avant toi, comme la vie devait être triste sans te connaître, oh, si, je m'en souviens parfaitement, de comme c'était avant toi, de comment on était nous, nus, aussi, le grand lit blanc sans toi, c'était tout sauf triste, c'est juste peut-être un peu plus doux maintenant que tu le partages quelques matins avec nous, avec tes cris hauts-perchés, tes deux mains sur mon visage, une dans ma bouche et une dans mes cheveux, ton ventre contre mon ventre, nos rires pour tes babils, et les tiens pour les nôtres ; et tu sais, tu sens, comme la vie continue à être folle, je le sais, que tu sais, qu'on s'aime à en mourir, je le sais quand tu t'endors le dimanche soir dans ton petit lit alors que dehors le ciel est devenu fou, alors que dehors le ciel est si sombre qu'on dirait la fin du monde, et que ça picote tellement dans nos mains, ça bourdonne tellement dans nos oreilles qu'on te laisse dormir seule dans la tempête pour dévaler quatre à quatre les marches de l'escalier, sa main qui me tire, et franchir la porte de l'immeuble, et courir sous les trombes d'eau, et rester debout, tous les deux, là, sous la colère des ciels, nous, nus aussi, et les rares passants qui nous dévisagent, et les éclairs violets que l'on regarde dans le trottoir transformé en miroir, la pluie qui ruisselle sur nos visages, entre mes seins, le long des murs autour, et ton souffle léger quand nous rentrons nous le souffle court ; et puis, tu sais, hein, tu le sais, que la vie entre nous sera faite de sursauts, de bonds en avant, de secousses, de remous et de frissons, de bagels au saumon fumé pour le goûter et de chocolats chauds en pleine nuit, quand on n'arrive pas à dormir, de bric et de broc, de on verra demain, de on verra plus tard, de on s'en sortira toujours ; et tu sais, bien sûr que tu sais, que ce n'est pas important tout ça, que ce qui est important, c'est que je t'apprendrai que le plus beau des parfums, c'est quand on se frotte une feuille de menthe contre les poignets, que ce qui est important ce sont tes dents qui poussent et qui te font mal en même temps que les miennes poussent et me font mal, et parce que j'ai toujours trouvé ça un peu dégoûtant de les garder, on ira les enterrer au fond d'un jardin, tes dents de lait et mes dents de sagesse.
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