04 octobre 2011

// Si à 5 il me dit je regrette ce que j'ai dit, allez viens ma douce, on va se promener tous les deux c'est que c'est l'amour de ma vie. 5. 4. 3. 2. / Dimanche, nous sommes allés au bord de la mer, sur la petite plage où on avait communié avec notre bébé l'année dernière. Et ce n'était pas bien, loin de ce dont on avait rêvé, il y avait bien trop de monde, bien trop de chair humaine et d'odeurs de fritures sous ce soleil de plomb ; alors on est vite remonté en voiture, tous les trois, et on a roulé les fenêtres ouvertes sur la route qui longe l'océan. Et puis, à un tournant, il y a eu cette barrière en gros bois qui donnait sur un joli parc privé ombragé. On a garé la voiture, on a pris notre petite fille sous le bras, notre panier avec le pique-nique, la natte pour s'asseoir et on a sauté la barrière. Et là, c'était bien, même si on avait oublié les radis. Après, plus tard, on a trouvé une autre plage, je me suis baignée dans l'eau glaciale, et ça m'a fait hhhhhhouuufff dans la poitrine quand j'ai mis la tête sous l'eau pour faire le poirier, c'était un vrai bain de mer, de ceux que ne peuvent réchauffer que la pisse et la morve, on était le 2 octobre et je ne voulais plus sortir de l'eau. / La veille, on avait arpenté Paris by night, les gens étaient un peu ivres, sûrement ivres de cet été en automne ; c'était la Nuit Blanche mais tout le monde portait du noir. Bertille contre son papa, nous sommes restés longtemps sous un orage violet qui nous a entièrement trempés, nous avons mangé un sandwich à l'Institut suédois un peu avant minuit et nous avons dansé le charleston en silence, avec des casques sur les oreilles, dans la cour d'un lycée où tout le monde regardait ce petit bébé qui avait les yeux grands ouverts à une heure du matin. / Sinon Bertille & Liberté, oui, c'est tellement évident finalement. C'est tellement elle. C'est madame bleue qui a écrit ça sur notre porte d'entrée et depuis, je suis encore plus amoureuse de ce prénom qui pétille. / L'autre jour, en nous promenant dans Paris, Clem m'a offert cette jolie tasse, comme ça, parce qu'elle me plaisait. Et puis elle se l'est offerte aussi. Vous savez quoi, depuis, je n'ai toujours pas bu de thé dedans, mais dès que je passe devant ça me fait chaud au cœur, au sens propre du terme. Je crois que c'est l'effet des plus jolis cadeaux. / Je suis allée au Mans pour soutenir mon mémoire, j'ai dormi pendant tout le trajet de l'aller, en écoutant de très très loin la discussion de papa et de V. à l'avant de la voiture. Ils étaient venus m'accompagner et dans le couloir moite où j'ai attendu longtemps le début de la soutenance, je souriais en les imaginant tous les deux en train de faire une sieste sur les pelouses du campus. J'ai cru que le deuxième membre du jury, qui était à Istanbul et avec qui on se jaugeait par skype, allait me demander en mariage. Il n'arrêtait plus de me complimenter sur ma librairie fictive pour ados, j'essayais de rester sérieuse mais c'était tellement drôle, toute cette situation. / J'ai eu 15, comme l'année dernière, et pour fêter ça, on a arpenté le Mans pour trouver les meilleures rillettes, celles du charcutier qui a reçu une médaille d'or et que mon papa avait trouvé sur internet. Elles sont délicieuses. / Alors voilà, je suis diplômée, je me suis inscrite en chinois première année mais juste pour avoir ma carte d'étudiante, je ne sais toujours pas ce que je veux faire mais faudrait que j'arrête de dire ça un jour. / J'aimerais bien, à cette époque où le monde ne sait plus faire qu'aimer ça à longueur de journée, qu'on admire, qu'on apprécie, qu'on ait le coup de foudre, qu'on ait le coup de cœur, qu'on soit fou de, qu'on en pince pour, qu'on adore, qu'on chérisse, qu'on soit épris, qu'on raffole, qu'on se passionne, qu'on ait le béguin, qu'on s'émeuve, qu'on soit amoureux. Un peu de nuance dans un monde monocorde, monotout. / 1 et demi. 1. Zéroetdemi. 0. Tu viens, ma jolie, on va voir le soleil ? //
 

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03 octobre 2011

« Ces objets si parfaitement domestiqués...* #2

Comme l'année dernière, nous avons passé quelques jours cet été à ranger notre appartement.
Nous avons regardé nos vieux objets avec un œil neuf. 
Et, comme l'année dernière, nous avons photographié ceux que nous aimions beaucoup,
avant de les laisser définitivement sur le bord du chemin.
Nous les aimions pour une raison, ou pour une autre. Les raisons du cœur.
Sauve qui peut, toujours. 

*

Je reviens très vite ici, cet endroit me manque.

* ...qu'ils auraient fini par les croire de tout temps créés à leur unique usage.» 
Georges Perec, Les Choses, 1965.
 

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