trésor trésor quand le ciel pleure


La toux de Bertille ; la nuit sous mille couvertures -blanches- toutes les deux dans ma minuscule chambre de bonne ; les au revoir mon chat, au revoir mon lapin d'amour ; la nuit -blanche- sans Bertille dans ma chambre de bonne ; le taxi de cinq heures du matin ; le hublot d'un côté, l'osthéopathe fou de l'autre ; les nuages comme de la barbapapa ; le Saint-Laurent comme un serpent ; la douane ; Léo et le minivan gris ; l'autoroute de l'autre côté de l'Océan ; les publicités américaines ; les rues de Montréal ; les maisons en briques rouges ; le soleil, oh, le soleil ; le sourire de Julie et la petite voix de J. ; le BLT dans la cuisine ; les jeux pour les enfants dans le premier café venu ; le Mont-Royal ; les bagels ; le parfum de l'air de Montréal ; le dîner au restaurant entre filles ; le petit-déjeuner avec Alice ; le plaisir des retrouvailles ; la lumière de l'appartement qu'elle partage avec son amoureux ; le vélo pour rentrer, et pédaler pédaler pédaler dans cette ville que j'aime tant ; les soupes chinoises de l'endroit crasseux ; un enfant à venir et le coeur qui bat, bordel, le-coeur-qui-bat ; la douche bouchée ; mes explications dans un anglais pourri ; le film de Léo et les pancakes de Julie ; les petits cafés de Montréal, un/deux/trois/quatre/dix, et ne pas arriver à déterminer mon préféré ; les promenades du Lonely Planet ; le brunch ; le dîner chez les amis de la rue Chabot ; Marie-Charlotte, son sourire, sa douceur ; la soirée poésie dans une colloc inconnue ; les blagues sur mon autofiction ; le tatoueur le plus chouette du Mile End ; la proposition d'un road trip, départ pour le soir même ; dire oui ; les motels du bord de la route, comme dans les films ; les kilomètres avalés ; les chansons pour enfants, qui font tralalalala ; Toronto ; le petit café mignon et le déjeuner composé de houmous, de soupe, de frites ; le lac de nuit, les avions qui se posent sur l'eau, on dirait presque ; le froid qui pique ; la route dans le noir jusqu'aux chutes du Niagara ; l'hôtel de fou ; le jacuzzi dans la chambre ; le banana split de mes rêves ; Ottawa ; Obama partout ; la meilleure citronnade du monde avec Victoire & Lucile ; l'évidence ; aller de soie ; le tatoueur le plus chouette du Mile End ; le Jardin botanique ; la cérémonie indienne sous la neige, autour d'un feu ; fumer le calumet de la paix ; se remplir les poumons de l'odeur de la sauge brûlée ; les photographies de Mimmo Jodice ; ville sublime ; l'Université de mes vingt ans ; la bibliothèque de nuit, en attendant Alice ; le tatoueur le plus chouette du Mile End, pour moi, cette fois ; les jours qui disent ohlala ; la chopine de cidre chaud pour fêter ça, dans le café qui est sans doute mon préféré, tout compte fait ; Longueuil, dans la nuit ; le sourire de Janou ; rencontrer son amoureux et, le lendemain matin, son petit garçon mignon ; les kilomètres en voiture au milieu de la neige ; le chalet ; la luge, le feu de cheminée, le saumon fumé à l'érable ; les yeux de Christine et, à vouloir dire trop de choses, ne finalement en dire aucune ; les lanternes magiques qu'on lance dans le ciel noir, nos pieds ancrés dans la neige blanche ; le marché de Noël ; le chaï citrouillé ; la communication non verbale ; le bus 18, une fois/deux fois/mille fois ; le gratin de pâtes ; le rendez-vous chez le coiffeur ; Victoire ; la colloc de la rue Alma ; les serments ; l'exposition au Centre Canadien d'Architecture, et les photos aux mêmes moments ; le parfum au prénom mi-figue mi-raisin ; la figuration dans le prochain film de Stéphane Foenkinos ; les nuits à parler jusqu'à beaucoup trop tard ; les polaroïds ; le marché Jean Talon ; le dîner avec Janou, et parler de qui nous meut ; la patinoire sur le Vieux Port, et les patins blancs à ma taille ; le photomaton ; la lettre à notre amie de dix ans ; parler, avec tous, parler d'amour ; les dernières fois ; le parfum de Victoire sur les photos que j'emporte avec moi, et toujours, son écriture d'enfant ; Montréal dans le coeur, Montréal sous la peau, et commencer à entrevoir que la vie sans c'est encore la vie, que l'amour sans c'est encore l'amour ; l'avion à côté du garçon aux grands yeux ; l'acte manqué à peine arrivée ; le rouge à lèvres ; le code de la crèche tapé fébrilement ; monter quatre à quatre les escaliers jusqu'à elle ; croiser son regard ; maman Pauyiiiiiiiine et son coeur qui bat ; et le mien donc, le mien ; la moto qui m'attend place de l'Odéon ; rouler vitevitevite accrochée derrière lui ; le regarder m'attraper le poignet pour essayer de prendre mon pouls ; me mordre la langue en me retenant de lui dire que le coeur qui bat, c'est toute ma vie ; les baisers sur les paupières ; le dentiste qui s'acharne à m'arracher les dents, les muscles bandés quand il tire fort sur la pince et mes yeux grands ouverts ; le goût du sang dans la gorge ; les petits pois surgelés sur la joue ; on m'a enlevé de la sagesse hier, tu sais ; l'avant-première du film de Valérie Donzelli ; la voir entrer en dansant, avec Jérémie Elkaïm, sur la musique du générique de fin, dans la petite salle du CNC où j'étais collée au fauteuil ; comprendre, avec Main dans la main, que l'amour, c'est quand on est libre. Et ce matin, chez Jaccottet, c'est sorti de nulle part [enfin...] mais j'ai formulé que pendant toutes ces années-là, l'écriture, pour moi, c'était le seul moyen d'être libre. Et que si je n'arrivais plus à écrire, depuis ce voyage incroyable à Montréal, c'était peut-être parce que j'étais devenue, vraiment, libre ? Comme si je l'avais pressenti, que je n'arriverais pas à écrire, j'ai filmé un bout de mon voyage, alors la prochaine fois, je vous présenterai quelques images tremblotantes. Et pour l'écriture, je ne sais pas ; je lui ai dit, aussi, ce matin, que j'étais à l'intersection : soit je m'arrête là, soit j'avance et je déplie tout. Sur l'autoroute, on ne dit pas intersection, on dit échangeur, il a dit. Échangeur. J'ai fait des promesses à Montréal. J'ai écrit sauve qui peut [la vie] dans un cahier où il était question de souhaits. Je crois que je n'ai plus peur de grand chose. Alors. Et puis, tous ces petits signes, partout. Les co(qui)neries de la vie.
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Commentaires sur trésor trésor quand le ciel pleure
- Deux choses : la fin de ton texte, c'est exactement ce que je ressens en ce moment et effectivement, ça fait battre le coeur (à des moments j'ai l'impression que je vais m'envoler,de tant de légèreté et de plénitude) ! j'ai compris ça aussi, que l'amour c'est quand on est libre, ça a révolutionné ma vie, vraiment je te jure. ça m'a émue de le voir écrit, là.

Le deuxième truc, c'est : as-tu retrouvé ton vélo ? - Le mystère se cache derrière chaque mot... si clair...le message l'est moins et peu importe...on avale tes mots comme un TGV fait défiler son paysage...
Dans ta vie tu en as mille et on t'envie et en même temps...un vide..le miens mais peut-être le tiens...ta fille...loin loin loin...
Les mystères se cachent dans ton coeur qui bat*** - Tu es folle, tu dis que tu ne sais plus écrire! – ça fait longtemps que je ne me suis plus accrochée à des mots comme là, maintenant. Le coeur qui bat, ce n'est plus que le tien, c'est celui de toutes les paires d'yeux qui te lisent.

Alors au contraire: c'est ça aussi, c'est ça surtout, écrire.
On peut écrire pour se libérer de ses angoisses, pour faire entendre sa voix. C'est un acte de volonté, c'est moi qui décide l'écriture. Et puis parfois la vie est si intensément belle qu'il y a trop pour une seule personne, alors c'est l'écriture qui décide d'écrire, et ça se fait tout seul, ça arrive, comme ça, simplement, naturellement.
Bises Viennoises - Quel que soit le ciel, c'est toi, toi, toi le trésor Pauline.

Et puis Toronto, alors forcément j'étais obligée de partager (mais tu dois déjà connaître?) : http://www.youtube.com/watch?v=aUUYo-Yxkm4. - Très beau texte, comme toujours. J'espère que tu prendras l'échangeur menant vers une forme littéraire plus aboutie.

Je te lis de Montréal et ça me fait drôle que tu parles ainsi de cette ville dans laquelle j'ai du mal à trouver ma place. Je me dis que j'ai du louper quelque chose. Je vais chercher mieux. - Quand l'an dernier yulen est parti 3 mois à berlin et y a fêté ses 14 ans sans nous, il y avait un peu comme une vague d'incompréhension et d'admiration autour de nous : le laisser vivre son projet, le laisser nous quitter, le laisser. Il y avait comme une évidence pour nous, parce que ce projet était le sien. Quand je vois que tu a su trouver la force de traverser l'océan pour aller te ressourcer, en laissant ta Bertille ici, c'est moi qui suis admirative. Je ne sais pas si j'aurais eu la force, je ne le crois pas. Alors tu as peut-être simplement besoin de repos pour retrouver ta vergue et ta plume. J'aime les vibrations de ton encre, les traces de tes signes, j'aime. J'aime venir retrouver le son de tes mots, la pépite de tes yeux... j'aime.















