13 décembre 2012

trésor trésor quand le ciel pleure

La toux de Bertille ; la nuit sous mille couvertures -blanches- toutes les deux dans ma minuscule chambre de bonne ; les au revoir mon chat, au revoir mon lapin d'amour ; la nuit -blanche- sans Bertille dans ma chambre de bonne ; le taxi de cinq heures du matin ; le hublot d'un côté, l'osthéopathe fou de l'autre ; les nuages comme de la barbapapa ; le Saint-Laurent comme un serpent ; la douane ; Léo et le minivan gris ; l'autoroute de l'autre côté de l'Océan ; les publicités américaines ; les rues de Montréal ; les maisons en briques rouges ; le soleil, oh, le soleil ; le sourire de Julie et la petite voix de J. ; le BLT dans la cuisine ; les jeux pour les enfants dans le premier café venu ; le Mont-Royal ; les bagels ; le parfum de l'air de Montréal ; le dîner au restaurant entre filles ; le petit-déjeuner avec Alice ; le plaisir des retrouvailles ; la lumière de l'appartement qu'elle partage avec son amoureux ; le vélo pour rentrer, et pédaler pédaler pédaler dans cette ville que j'aime tant ; les soupes chinoises de l'endroit crasseux ; un enfant à venir et le coeur qui bat, bordel, le-coeur-qui-bat ; la douche bouchée ; mes explications dans un anglais pourri ; le film de Léo et les pancakes de Julie ; les petits cafés de Montréal, un/deux/trois/quatre/dix, et ne pas arriver à déterminer mon préféré ; les promenades du Lonely Planet ; le brunch ; le dîner chez les amis de la rue Chabot ; Marie-Charlotte, son sourire, sa douceur ; la soirée poésie dans une colloc inconnue ; les blagues sur mon autofiction ; le tatoueur le plus chouette du Mile End ; la proposition d'un road trip, départ pour le soir même ; dire oui ; les motels du bord de la route, comme dans les films ; les kilomètres avalés ; les chansons pour enfants, qui font tralalalala ; Toronto ; le petit café mignon et le déjeuner composé de houmous, de soupe, de frites ; le lac de nuit, les avions qui se posent sur l'eau, on dirait presque ; le froid qui pique ; la route dans le noir jusqu'aux chutes du Niagara ; l'hôtel de fou ; le jacuzzi dans la chambre ; le banana split de mes rêves ; Ottawa ; Obama partout ; la meilleure citronnade du monde avec Victoire & Lucile ; l'évidence ; aller de soie ; le tatoueur le plus chouette du Mile End ; le Jardin botanique ; la cérémonie indienne sous la neige, autour d'un feu ; fumer le calumet de la paix ; se remplir les poumons de l'odeur de la sauge brûlée ; les photographies de Mimmo Jodice ; ville sublime ; l'Université de mes vingt ans ; la bibliothèque de nuit, en attendant Alice ; le tatoueur le plus chouette du Mile End, pour moi, cette fois ; les jours qui disent ohlala ; la chopine de cidre chaud pour fêter ça, dans le café qui est sans doute mon préféré, tout compte fait ; Longueuil, dans la nuit ; le sourire de Janou ; rencontrer son amoureux et, le lendemain matin, son petit garçon mignon ; les kilomètres en voiture au milieu de la neige ; le chalet ; la luge, le feu de cheminée, le saumon fumé à l'érable ; les yeux de Christine et, à vouloir dire trop de choses, ne finalement en dire aucune ; les lanternes magiques qu'on lance dans le ciel noir, nos pieds ancrés dans la neige blanche ; le marché de Noël ; le chaï citrouillé ; la communication non verbale ; le bus 18, une fois/deux fois/mille fois ; le gratin de pâtes ; le rendez-vous chez le coiffeur ; Victoire ; la colloc de la rue Alma ; les serments ; l'exposition au Centre Canadien d'Architecture, et les photos aux mêmes moments ; le parfum au prénom mi-figue mi-raisin ; la figuration dans le prochain film de Stéphane Foenkinos ; les nuits à parler jusqu'à beaucoup trop tard ; les polaroïds ; le marché Jean Talon ; le dîner avec Janou, et parler de qui nous meut ; la patinoire sur le Vieux Port, et les patins blancs à ma taille ; le photomaton ; la lettre à notre amie de dix ans ; parler, avec tous, parler d'amour ; les dernières fois ; le parfum de Victoire sur les photos que j'emporte avec moi, et toujours, son écriture d'enfant ; Montréal dans le coeur, Montréal sous la peau, et commencer à entrevoir que la vie sans c'est encore la vie, que l'amour sans c'est encore l'amour ; l'avion à côté du garçon aux grands yeux ; l'acte manqué à peine arrivée ; le rouge à lèvres ; le code de la crèche tapé fébrilement ; monter quatre à quatre les escaliers jusqu'à elle ; croiser son regard ; maman Pauyiiiiiiiine et son coeur qui bat ; et le mien donc, le mien ; la moto qui m'attend place de l'Odéon ; rouler vitevitevite accrochée derrière lui ; le regarder m'attraper le poignet pour essayer de prendre mon pouls ; me mordre la langue en me retenant de lui dire que le coeur qui bat, c'est toute ma vie ; les baisers sur les paupières ; le dentiste qui s'acharne à m'arracher les dents, les muscles bandés quand il tire fort sur la pince et mes yeux grands ouverts ; le goût du sang dans la gorge ; les petits pois surgelés sur la joue ; on m'a enlevé de la sagesse hier, tu sais ; l'avant-première du film de Valérie Donzelli ; la voir entrer en dansant, avec Jérémie Elkaïm, sur la musique du générique de fin, dans la petite salle du CNC où j'étais collée au fauteuil ; comprendre, avec Main dans la main, que l'amour, c'est quand on est libre. Et ce matin, chez Jaccottet, c'est sorti de nulle part [enfin...] mais j'ai formulé que pendant toutes ces années-là, l'écriture, pour moi, c'était le seul moyen d'être libre. Et que si je n'arrivais plus à écrire, depuis ce voyage incroyable à Montréal, c'était peut-être parce que j'étais devenue, vraiment, libre ? Comme si je l'avais pressenti, que je n'arriverais pas à écrire, j'ai filmé un bout de mon voyage, alors la prochaine fois, je vous présenterai quelques images tremblotantes. Et pour l'écriture, je ne sais pas ; je lui ai dit, aussi, ce matin, que j'étais à l'intersection : soit je m'arrête là, soit j'avance et je déplie tout. Sur l'autoroute, on ne dit pas intersection, on dit échangeur, il a dit. Échangeur. J'ai fait des promesses à Montréal. J'ai écrit sauve qui peut [la vie] dans un cahier où il était question de souhaits. Je crois que je n'ai plus peur de grand chose. Alors. Et puis, tous ces petits signes, partout. Les co(qui)neries de la vie. 

 

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Posté par polaroidgirl à 14:28 - - Commentaires [38] - Permalien [#]

Commentaires sur trésor trésor quand le ciel pleure

    et pas un "commentaire" sur cette pépite de toi... !!!!! be free, avec une plume d'aigle

    Posté par A., 13 décembre 2012 à 15:07 | | Répondre
  • drôlement contente de te revoir ici...d'écouter ton récit...résonances qui fait battre mon cœur aussi...et puis cette chose que j'ai vécu aussi, sans la comprendre : ne plus arriver à écrire. que ça ait quelque chose à voir avec la liberté me plait, donc. je t'embrasse.

    Posté par clara, 13 décembre 2012 à 15:09 | | Répondre
  • Fiou!! que c'est beau!!!!!
    merci pour l'énergie!!!! merci

    Posté par Claire *, 13 décembre 2012 à 15:58 | | Répondre
  • le tatoueur une fois, deux fois, trois fois... alors ça y est ?!

    Posté par Camille, 13 décembre 2012 à 15:59 | | Répondre
  • Deux choses : la fin de ton texte, c'est exactement ce que je ressens en ce moment et effectivement, ça fait battre le coeur (à des moments j'ai l'impression que je vais m'envoler,de tant de légèreté et de plénitude) ! j'ai compris ça aussi, que l'amour c'est quand on est libre, ça a révolutionné ma vie, vraiment je te jure. ça m'a émue de le voir écrit, là.
    Le deuxième truc, c'est : as-tu retrouvé ton vélo ?

    Posté par couac, 13 décembre 2012 à 16:07 | | Répondre
  • Oh, la vie, la vraie, la forte, la folle, la douce et la fragile. Tu nous manques déjà, Pauline. 16 septembre au 16 ? Pour mieux se retrouver. Mon dieu, on sera comment, on sera qui ? Je ne sais pas pourquoi mais je sens qu'il va s'en passer d'ici là !

    Posté par machatted, 13 décembre 2012 à 16:27 | | Répondre
  • oh, c'est beau, c'est beau. Magnifique récit de voyage. Heureuse d'y lire cette lumière en partie retrouvée. Je t'embrasse. Tu seras toujours la bienvenue chez nous.

    Posté par Janou, 13 décembre 2012 à 17:23 | | Répondre
  • the secret of writing is to write

    Posté par petiteC, 13 décembre 2012 à 17:34 | | Répondre
  • rouler vitevitevite et puis... et puis la vie, la vie L.I.B.R.E et ça haaaa ça !...

    Posté par marieandco, 13 décembre 2012 à 18:38 | | Répondre
  • oh la la
    c'est beau, mais c'est beau ce récit de voyage - j'ai passé quelques jours à Toronto cet été, et j'y ai entendu beaucoup de bien de Montréal. Tu me donnes envie de retourner au Canada.
    je suis égoïste, j'espère que tu continueras d'écrire ici!

    Posté par sophie-marine, 13 décembre 2012 à 19:12 | | Répondre
  • Le mystère se cache derrière chaque mot... si clair...le message l'est moins et peu importe...on avale tes mots comme un TGV fait défiler son paysage...
    Dans ta vie tu en as mille et on t'envie et en même temps...un vide..le miens mais peut-être le tiens...ta fille...loin loin loin...
    Les mystères se cachent dans ton coeur qui bat***

    Posté par icelollies, 13 décembre 2012 à 20:23 | | Répondre
  • Un texte qui se déroule comme la vie à la vitesse du TGV ,qu'on lit en retenant son souffle ,quelle belle écriture !Quelle énergie ! Continue de nous faire rêver .

    Nicole

    Posté par Nicole, 13 décembre 2012 à 20:37 | | Répondre
  • bonne route alors, libre oui sois libre
    et ce tatouage alors? on en saura plus..?

    Posté par rafo, 13 décembre 2012 à 22:25 | | Répondre
  • Merci Pauline, tu m'as fait pleurer...

    Posté par Paola, 14 décembre 2012 à 00:47 | | Répondre
  • tes mots et tes photos aussi. Elles sont belles.

    Posté par mirabellef, 14 décembre 2012 à 01:55 | | Répondre
  • C'est ce que je crois que c'est ce que je crois ?

    Posté par Lisa, 14 décembre 2012 à 07:55 | | Répondre
  • "l'amour, c'est quand on est libre", c'est une évidence, mais tellement vraie, une fois qu'on a compris ça, encore faut-il savoir où est notre liberté… J'espère que tu l'as trouvé Pauline… Et tu me meus et tu m'épates aussi, je crois même que souvent, tu me donnes des ailes…

    Posté par Marie, 14 décembre 2012 à 09:21 | | Répondre
  • OH LA LA
    Comme ça avait l'air bien ce voyage, comme ça me donne envie d'y retourner, mais en hiver la prochaine fois...

    Continue à ne plus pouvoir écrire, si c'est pour écrire comme ça, et si c'est pour être libre

    Posté par Docmam, 14 décembre 2012 à 10:47 | | Répondre
  • Tu es folle, tu dis que tu ne sais plus écrire! – ça fait longtemps que je ne me suis plus accrochée à des mots comme là, maintenant. Le coeur qui bat, ce n'est plus que le tien, c'est celui de toutes les paires d'yeux qui te lisent.
    Alors au contraire: c'est ça aussi, c'est ça surtout, écrire.
    On peut écrire pour se libérer de ses angoisses, pour faire entendre sa voix. C'est un acte de volonté, c'est moi qui décide l'écriture. Et puis parfois la vie est si intensément belle qu'il y a trop pour une seule personne, alors c'est l'écriture qui décide d'écrire, et ça se fait tout seul, ça arrive, comme ça, simplement, naturellement.
    Bises Viennoises

    Posté par La., 14 décembre 2012 à 11:05 | | Répondre
  • souffle coupé pout tout lire, et hop respirer à nouveau, à la fin.
    hanlala.
    han le tatoueur, ohlala
    Quoi plus écrire? c'est pas possible ça,
    c'est pas permis surtout après un texte comme celui-ci, nous on sait.

    Posté par Aude, 14 décembre 2012 à 11:31 | | Répondre
  • Que tu me donnes envie d'aller là bas!
    Et ton tatouage alors, douloureux?

    Posté par Marie-mei, 14 décembre 2012 à 12:02 | | Répondre
  • Et-le-coeur-qui-bat c'est à chaque fois que je découvre un nouveau message ici, c'est à CHAQUE fois que je lis tes mots. Ce blog est un échangeur d'émotions, d'une personne si étrangère qui sait me toucher au plus profond, au plus proche de moi. Dis, comment c'est possible?

    Que VIVA la libertad!

    Posté par Sev, 14 décembre 2012 à 12:29 | | Répondre
  • Hâte de prendre l'échangeur pour lire les mots qui défilent derrière toi...

    Posté par La Loupiote, 14 décembre 2012 à 17:30 | | Répondre
  • Oh petite Pauline, heureuse de te lire, heureuse de lire de si bonnes nouvelles.
    Et puis écris, écris, écris....

    Posté par Françoise, 14 décembre 2012 à 18:27 | | Répondre
  • je veux écrire mais tu me laisses sans voix...ou sans mots plutôt...?! un seul regret , celui de ne pas t'avoir croisée, mais je vois que Mtl t'as requinquée non?!

    Posté par fée, 14 décembre 2012 à 19:05 | | Répondre
  • on vous attend!

    Posté par smack, 14 décembre 2012 à 22:32 | | Répondre
  • Quel que soit le ciel, c'est toi, toi, toi le trésor Pauline.
    Et puis Toronto, alors forcément j'étais obligée de partager (mais tu dois déjà connaître?) : http://www.youtube.com/watch?v=aUUYo-Yxkm4.

    Posté par Cléa, 15 décembre 2012 à 00:00 | | Répondre
  • Très beau texte, comme toujours. J'espère que tu prendras l'échangeur menant vers une forme littéraire plus aboutie.
    Je te lis de Montréal et ça me fait drôle que tu parles ainsi de cette ville dans laquelle j'ai du mal à trouver ma place. Je me dis que j'ai du louper quelque chose. Je vais chercher mieux.

    Posté par chloé, 15 décembre 2012 à 01:11 | | Répondre
  • Pauline, j'ai envie de te dire en vrai comme tes mots "l'amour c'est quand on est libre" résonne dans mon "cœur qui bat".
    Love, tellement.

    Posté par Mélie, 15 décembre 2012 à 13:44 | | Répondre
  • Quel tourbillon!... Vas-y, avance, fais-toi confiance... L'écriture est un vrai travail qui ne tolère aucune concession, alors vas-y...

    Posté par cookloubabette, 16 décembre 2012 à 11:17 | | Répondre
  • Toujours ces mots... trop beaux!

    Posté par Tangerine, 16 décembre 2012 à 16:02 | | Répondre
  • écris encore un petit peu
    s'il te plaît
    que je te lise

    Posté par 79, 17 décembre 2012 à 11:36 | | Répondre
  • C'est toujours doux et parfois douloureux de te lire... on ne comprend pas tout, il y a du mystère caché un peu partout entre les mots. C'est aussi ce qui me fait revenir encore et encore pour voir s'il y a un nouveau texte de toi.

    Posté par peggy, 17 décembre 2012 à 16:31 | | Répondre
  • moi j'ai vu des signes dans Main dans la main… ce panneau en plein paris "place du canada" vers la fin du film…

    Posté par pivoinerose, 17 décembre 2012 à 21:32 | | Répondre
  • Quand l'an dernier yulen est parti 3 mois à berlin et y a fêté ses 14 ans sans nous, il y avait un peu comme une vague d'incompréhension et d'admiration autour de nous : le laisser vivre son projet, le laisser nous quitter, le laisser. Il y avait comme une évidence pour nous, parce que ce projet était le sien. Quand je vois que tu a su trouver la force de traverser l'océan pour aller te ressourcer, en laissant ta Bertille ici, c'est moi qui suis admirative. Je ne sais pas si j'aurais eu la force, je ne le crois pas. Alors tu as peut-être simplement besoin de repos pour retrouver ta vergue et ta plume. J'aime les vibrations de ton encre, les traces de tes signes, j'aime. J'aime venir retrouver le son de tes mots, la pépite de tes yeux... j'aime.

    Posté par nata, 17 décembre 2012 à 22:39 | | Répondre
  • Et le profil de Maria Chapdelaine face à l'horizon qui se découvre …

    Posté par Camomille, 17 décembre 2012 à 23:13 | | Répondre
  • J'avais hâte de lire ton billet de retour ! Et maintenant j'ai hâte de te voir Ohlala ! En espérant que tu choisiras d'écrire, toujours, parce qu’égoïstement ça me manquerait beaucoup de ne plus lire tous ces mots de toi que tu ne dis qu'ici... A très vite ma belle, avec plein de bisous

    Posté par Caro, 18 décembre 2012 à 14:22 | | Répondre
  • la vie me conviendrait presque
    quand l'eau de pluie fait des fresques
    <3 <3 <3

    Posté par Héloïse, 21 décembre 2012 à 18:42 | | Répondre
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