Décembre depuis l'antichambre du ciel, les lumières dans les arbres nus tout en bas sur le boulevard comme des confettis, et le panneau lumineux publicitaire qui change toutes les sept secondes exactement, et, toutes les quatre affiches, il y a Bertrand Delanoë qui présente ses voeux aux parisiens. Décembre depuis l'antichambre du ciel, le vent qui souffle tout contre mon oreiller, et l'odeur de la belle bougie dans la toute petite chambre minuscule dont je vais garder la clé, c'est sûr. Décembre depuis l'antichambre du ciel, et revenir finalement écrire par ici en dégustant le chocolat orange-girofle offert par papa à Noël. 

Décembre cognac. Le bus jusqu'à la gare d'Austerlitz, avec my girl, seulement elle et moi, et le chauffeur. Et personne, personne, personne d'autre. Le train de nuit qui file dans l'obscurité, Bertigre contre moi, toutes les deux blotties sur la couchette du milieu, le roulis des wagons sur les rails et nos coeurs qui tanguent, le sommeil sans sommeil. Et puis nous sommes arrivées à la petite gare vers six heures du matin, elle et moi, et personne, personne, personne d'autre. Une voiture est venue nous chercher, et le long du chemin, on a contemplé, toutes les deux, les ombres des maisons dans l'ombre ; c'est début décembre, ici comme ailleurs. À la maisontanière, il y a Anaïs qui nous attend, et dès que je la vois, je respire à nouveau ; c'est que là-bas, je me sens à l'abri, et le café dans la cuisine, alors que le jour n'est pas levé, à bavarder comme si nous nous étions quittées hier, c'est doux. Mèrechatte, je me rendors enlacée avec le petit corps de Bertille pendant que la maison s'éveille. Il y a un enfant de plus cette année, je l'entends babiller, et c'est bon. Plus tard, je regarde le mien, d'enfant, dessiner sur le parquet du bel atelier d'Anaïs pendant qu'elle peint des oiseaux. Nous décorons le sapin, dans l'après-midi, avec les gasssssons rentrés de l'école ; et plus tard, une fois les enfants couchés, M. met un vinyle que nous écoutons en buvant un cognac fameux. Comme l'année dernière. Comme l'année dernière, les oiseaux d'Anaïs s'envolent chaque jour par la Poste, les déjeuners sont délicieux et les siestes merveilleuses, les tartines de miel accompagnent la fabrication de flocons de papier, les tranches de pain d'épice celle de couronnes de Noël. Comme l'année dernière, on parle de nos travaux, de ce qui nous occupe les mains et l'esprit, M. me montre ses photographies, on évoque la psychanalyse, les tocades des uns et des autres. Repartir est vraiment difficile, comme l'année dernière, et comme l'année prochaine. 

Décembre chocolat chaud. Le café qui abrite nos rendez-vous, avec Anne. J'arrive quelques fois en avance, je bavarde avec le serveur qui commence à si bien nous connaître qu'il me demande, en souriant, comme d'habitude ? [ah, la classe], et il y a le vieux fou qui me demande pour la troisième fois si je suis actrice, parce que mon visage, vraiment, est si particulier. Et puis, par la vitre, le visage d'Anne, avec ou sans bonnet, mais les joues rouges, toujours, de s'être dépêchée. Nous parlons de choses et d'autres, de la vie, de nos cher(s), de l'attachement, du détachement, et puis de la folie, ordinaire et extra-ordinaire. Nous terminons toujours par marcher le long du même trajet, et, encore dix minutes, nous bavardons devant ma porte. On se lance joyeusement un mot d'encouragement et elle s'en va, avec ou sans bonnet.

Décembre Marcillac. Madame bleue m'a appelée de la gare de Lille, j'arrive, elle a dit. 22 décembre, son amitié est le cadeau le plus précieux du monde entier. Les nuggets et les makis dans le même repas, au septième étage avec ascenceur, dans ma toute minuscule chambre de bonne, et, dans mon canapé déplié en lit, nos bavardages dans le noir, comme tant d'autres fois, mais cette fois-ci, il y a une vraie déclaration d'amitié au milieu. Le lendemain, nos douches, l'une après l'autre, nos brossages de dents, l'une après l'autre, et puis notre déjeuner de Noël, installées comme des princesses dans une brasserie parfaite. La regarder commander des rognons, l'aimer encore plus si c'est possible, nous décider pour un pichet de Marcillac, et nous régaler du vin qui coule dans nos gorges ; adorer être là, avec elle. Et puis courir faire les dernières courses de Noël, son bras sous le mien. Dans l'appartement de mon ancienne coloc', où on débarque vers 17h, une scène extraordinaire. C'est le goûter de Noël des copines, et, dans l'appartement entièrement vide, on mange une bûche glacée à la verveine assises autour de la cheminée dans laquelle on balançe régulièrement des tas de trucs qui flambent flambent flambent sous nos yeux. On a parlé d'amour, les unes après les autres, et quand ça a été mon tour, j'ai dit joker, et on m'a répondu il s'appelle comment ? Plus tard, dans la nuit, on a rejoint les copains de toujours au cinéma, avec madame bleue, et pendant que la séance de Télé Gaucho commençait, on s'est échangé nos cadeaux de Noël. J'ai rangé précieusement celui destiné à Bertille dans mon sac en cuir. 

Décembre champagne. Le réveillon du 24, juste nous cinq, papa, maman, Nathan & Anouk & moi, pendant que dans ma chambre de jeune fille, Bertillon dormait dans mon lit de jeune fille. Les fous rires pendant tout le repas, jusqu'aux larmes, le foie gras de papa, et l'effervescence d'après le dessert, chacun dans une pièce à emballer les derniers cadeaux. Nous avons regardé le sapin, assez fiers de nous, avant d'aller nous coucher, en imaginant la tête de Bertille à son réveil. Folie de l'ouverture des cadeaux, tous en pyjama, et puis le brunch, tous en pyjama, et puis la sieste d'après. Et puis l'après-midi qui s'étire, les potes des uns et des autres qui passent, et les jeux de société tous ensemble. Au fond de mon sac de cuir, j'emporte mes cadeaux de Noël, des petites bricoles parce que cette année, bon. Le dictionnaire offert par Nathan et le disque offert par Anouk, tout de suite mis en évidence sur mon bureau de la toute petite chambre du septième avec ascenceur, dès que j'y arrive, le 25 au soir, dans le blues de l'après-fête. 

Décembre Darjeeling. La journée passée tous les trois, V., moi et Bertille, pour son anniversaire. Le banc du parc au bout de la rue, sur lequel on est assis, tous les deux, à regarder notre fille jouer. Ses regards vers nous, parfois, et nos regards qui s'évitent puis finissent par se rencontrer. Plus tard, nous prenons le bus puis le métro, et nous arrivons au cirque, et le régal que ça a été, ses grands yeux, son sourire, ses applaudissements. Bertigre a vu de vrais tigres, mais est restée éblouie par les fffffffffilles qui dansaient entre chaque numéro dans des tenues légères à paillettes. En sortant, nous sommes allés, alors que la nuit tombait, goûter chez Merci. On a regardé notre fille faire craquer tout le monde avec son petit béguin en lin et ses baskets de skateuse en herbe, elle a soufflé une bougie chauffe-plat sur une part de fondant au chocolat. J'ai bu du thé qui m'a fait chaud partout, et j'en avais bien besoin. Je sais qu'au fond, je continuerai à chialer à chaque fois que j'entendrais les mots cabo verde en pensant aux feux rouges. Dans le métro du retour, elle s'est endormie dans les bras de V., et j'ai pensé que c'était vraiment un jour heureux.

Décembre café au comptoir. Je marche dans la rue Broca, comme tous les jours. Je pousse la porte de mon café, et comme tous les jours, ou presque, je pose un euro sur le zinc et je lis Libé tranquille, dans le soleil timide des samedi matinaux familiaux ; sans famille, pour moi. Un tour à la librairie, un signe de tête au libraire que j'aime bien, et je prends le chemin qui fait la boucle pour rentrer. 

Décembre eau pétillante fabriquée à tour de bras avec la machine qu'a apporté le père Noël à la Grande Maison. Décembre sirop de cassis qui accompagne parfois les déjeuners coquillettes-jambon avec Bertille, le souvenir des presque mêmes déjeuners coquillettes-jambon, cet été, quand je la laissais parfois manger seule pour aller m'effondrer en larmes dans une autre pièce, et le sentiment que j'ai que ça n'arrivera plus, jamais plus. Décembre carafe d'eau dans mon ancien appartement que je vais bientôt réintégrer, lors d'un déjeuner avec Sofia, comme au bon vieux temps ; parler de son mariage, d'amour, des enfants qui grandissent, et de 2013 qui n'a pas interêt à déconner. Décembre limonade promenade avec my girl, la regarder courir dans les petites rues du Quartier Latin, et marcher le long du boulevard Saint-Germain le nez en l'air, les pieds dans le caniveau, petite parigote rigolote, petite souris dans les rayons de L'écume des Pages où on échoue, comme par hasard, au milieu des bateaux (l)ivres. Décembre tisane, passé minuit, avec ma grande soeur et mon grand frère, leurs amours, et les rires des petites filles cousines qui chahutent dans la Grande Maison malgré l'heure avancée, ma mère qui joue des heures assise par terre avec elles, ma mère

Janvier champagne de fou avec les invités de mes parents chez qui je fête le réveillon. Rire du mot inventé ce soir-là, 2013, l'année de la pétrouchka, on a décidé, hé ouais, et je ne veux pas oublier ce que ça veut dire, ni la purée de kaki à la noix de coco, ni le rire de mon père, mon père. Il est question d'aveux et de voeux, c'est une belle soirée pour commencer, et à minuit quatre, il y a écrit, sur l'écran de mon téléphone bonne année déjà. Janvier chaï citrouillé et penser à Victoire qui fête son anniversaire. À 25 ans, ma douce, on. Janvier coca quand je passe quelques instants sur Photoshop à fabriquer le flyer du groupe dans lequel joue l'amoureux d'Anouk, pour leur concert à la Cigale. Janvier lait chaud à la vanille et la voix des amies douces au bout du fil, Mathilde, ClémenceLobster, je vous aime, je vous aime. Janvier rhum arrangé rapporté de voyage par les amis qui m'invitent à goûter, et le baiser de mon ami d'enfance qui s'attarde sur mon front alors qu'il me murmure en même temps bonne année, bonne année, tu vas voir, tu vas voir. 

Janvier on va boire un thé, il dit, en bas de chez moi, un casque à la main. Je grimpe derrière lui sur sa moto, il roule comme un fou, et, au feu, il remonte la visière de son casque pour demander mais qu'est-ce qu'on va faire de nous ? On gare la moto sur la montagne Sainte-Geneviève, on troque le thé pour un café et puis on se promène pendant des heures en parlantparlantparlant et on arrive devant le cinéma, oh, pile au moment où passe un film terrible en noir et blanc, on s'engouffre dans la salle et on en ressort hilares une heure et demi plus tard, un tour à la boutique de thé, on remonte sur la moto, on passe la Seine quand l'eau fait des confettis de lumière, janvier cidre du mois dans la crêperie exquise où il m'emmène, on partage une crêpe pour le dessert et on marche sous la pluie en parlant de Schubert, il me raconte ce mouvement sublime, andante con moto, et mon casque de moto sous le bras, je tape le code de sa porte d'immeuble en me moquant de la manière qu'il a de bouger les sourcils quand il chante. Janvier café du matin, le bruit de son percolateur pendant que, dans la salle de bain, je mets du mascara et un peu de rose aux joues. Deux mille treize, ça ira, ça ira. 

 

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[Mon petit film a été vu presque 1700 fois, pfiou.
Merci à ceux qui ont pris la peine de m'écrire un petit mot à ce sujet.
Et non, je ne parle pas vraiment comme ça dans la vraie vie !]

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