sur la route
Rencontrer Rathna, notre chauffeur, et puis partir, tous les sept donc, vers le Sud. Sortir de Pondy, et déjà voir les paysages qui changent. Une surprise pour V et moi, aussi, même si nous avions fait à peu près le même trajet l'année dernière, en bus. Mais l'Inde est un pays en perpétuel mouvement, ce que nous avions appris quand nous étions arrivés harassés dans une ville où nous avions dormi une semaine auparavant, et que nous avions découvert que l'hotel dans lequel nous avions fait halte s'était, entre temps, écroulé ! Le même chemin, la même route, mais des paysages différents, cette année ayant été un peu plus pluvieuse que l'année dernière, on n'a pas retrouvé les paysages désertiques qui nous avaient tant impressionné, mais on a découvert tous les verts chatoyants, celui des rizières, presque fluorescent, celui des palmiers. On a retrouvé, avec angoisse, mais surtout avec délice, la conduite et la circulation indienne, les coups de klaxon constants, les appels de phares, les moments où les bus passent si près de la voiture que l'on entend encore le sifflement dix minutes après, les motos sur lesquelles s'entassent des familles entières, les hommes qui conduisent avec un enfant sur les genoux, un autre enfant dans le dos, puis les femmes assises en amazone, si droites, si belles dans leurs saris, un bébé dans les bras. Cinq ou six personnes sur chaque moto, qui se frôlent, se croisent et se recroisent, dans un balai assourdissant d'une précision rare, puisque personne ne tombe jamais, et surtout personne ne s'énerve jamais, même quand la situation semble vraiment désespérée. Finalement, se laisser bercer, au rythme des chansons tamoules que Rathna passe en boucle. On a fait quelques pauses, pour acheter The Hindu, formidable journal comme on n'en fait plus, visiter des temples, avec notre ignorance et notre timidité devant les choses que l'on voit et que l'on ne comprendra pas, même avec les explications de Rathna ou de Sumathi. Alors s'assoir, sous un pilier, et regarder la vie du temple, les brahmanes torse nu qui chantent, l'éléphant à l'entrée qui bénit les visiteurs contre une petite pièce dans sa trompe, ou bien une banane, se laisser observer par les gens, rendre les sourires. Et puis, tout doucement, farouchement, voir les enfants qui s'approchent, quelques fois poussés par leurs parents, et les plus téméraires tendre la main pour qu'on la leur serre, et les garçons hurler de joie quand V. la leur prend pour la secouer très sérieusement en disant "hello my friend". Puis, d'un coup, se sentir de trop, et sortir alors, retrouver sa paire de sandales dans la petite échoppe à l'entrée qui les garde, et attendre les parents, fascinés. On est retournés dans les villes qu'on avait aimé, une facheuse rhino m'a toutefois empêché de redécouvrir ma chère Trichy. Au fil des jours, nous avons appris que Rathna connaissait un peu de français, et dès ce moment, où il a surmonté sa timidité pour essayer de se souvenir de notre langue, il nous a raconté mille légendes tamoules. L'histoire des femmes qui tuent un écureuil à la naissance de leur bébé garçon pour leur donner une goutte de sang, afin qu'ils deviennent forts et virils. Et puis, on a changé nos plans, décidé de ne finalement pas descendre tout à la pointe de l'Inde, qui est tout de même très loin, et plutôt, filer droit vers l'ouest, vers le Kerala. La voiture qui emprunte les routes de montagne, toujours au son de musiques incroyables, et la chaleur qui tombe au fur et à mesure qu'on grimpe. Les plantes deviennent plus vertes, puis humides, puis ruisselantes de la pluie de la mousson. On découvre une cascade à chaque nouvelle épingle à cheveux de la route, et les parents n'en croient pas leurs yeux quand ils découvrent les plantations de thé et celles d'eucalyptus. Nathan et Anouk, eux, n'en reviennent pas de voir autant de singes, et de découvrir comment les mamans portent leurs bébés, accrochés sous leur ventre. Leur présenter le cottage de la ville tout là-haut, celui où l'on a dormi l'année dernière, celui où on se sent si bien. Et puis, au bout de quelques jours, redescendre un peu des montagnes, la voiture qui file à toute allure, ça va toujours plus vite quand on descend. S'arrêter au bord de la route pour boire un chai, croiser pleins de petits villages où flotte à l'entrée le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau, des échoppes de rue avec les carottes les plus belles du monde, des écoliers en uniforme qui rentrent de l'école et qui nous saluent avec moults sourires et de grands cris, des femmes qui portent sur leurs têtes des immenses bassines remplies d'eau, ou bien de farine. On a rencontré la troupe des éléphants, un soir à la tombée du jour, on les a regardé boire au lac, pendant longtemps, puis on les a compté, six éléphants, dont deux petits, que des femelles nous a dit Rathna. Le sentiment de vivre un moment inoubliable. On s'est arrêté à Mettupalayam, petite ville inconnue qui ne figure dans aucun guide, mais dont la gare est le départ d'un tout petit train à vapeur classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, qui monte encore un peu plus haut. On est allé à la gare, mais le train était complet, il fallait attendre trois jours si vraiment on voulait avoir une chance de le prendre. C'était le rêve de papa depuis qu'il l'avait découvert, et puis tout le monde était fatigué. Alors on a décidé de rester, trois jours, à Mettupalayam, ville indienne perdue tout au fond du Tamil Nadu...
les dix premiers jours à Pondichéry
On est arrivé de nuit à Madras, on a attendu longtemps, il nous manquait un sac et on a dû parlementer avec plusieurs personnes, et avant ça il avait fallu passer la douane, montrer nos six passeports, s'occuper d'Anouk qui était fatiguée. Et puis d'un coup on est sorti de l'aéroport, et là, j'ai eu le sentiment de récupérer un bout de mon coeur, et je me suis rendu compte que pendant onze mois je n'avais attendu que ce moment-là. La suite n'a été qu'une succession d'instants extraordinaires. Les trois heures de voiture jusqu'à Pondichéry, en pleine nuit, les yeux grands ouverts de Nathan et d'Anouk, et des parents aussi. L'installation dans l'appartement à Savari Rayalu Street. Et le lendemain, la présentation de la ville par V et moi, complétements fous d'être là, de tout retrouver. V. qui a tout de suite repris son inimitable accent inglish, de l'anglais parsemé de mots tamouls avec les r roulés. Les visites chez les amis de la rue Labourdonnais, et puis les retrouvailles le vendredi, au temple, avec Sumathi, l'amie tamoule. Anouk qui grimpe sur l'éléphant, et puis les regarder changer. Voir maman se mettre à porter des bindi sur le front, puis des bracelets aux chevilles, Nathan négocier avec les attos. Papa qui semble rajeuni d'au moins dix ans, dire que je craignais qu'il ait un peu de mal ! Leur montrer tous les endroits qu'on avait tant aimé, et dont on évoquait les souvenirs si souvent qu'ils semblaient déjà presque les connaitre. Se disputer, parfois, parce que, forcément, on ne voyage pas de la même manière en amoureux et à six. Etre fière quand ils nous ont fait découvrir des choses. Laisser les jours filer, un peu. Regarder les enfants jouer au coin de la rue, les vendeurs de fruits, l'homme qui passe le matin pour crier l'heure qu'il est. Et puis les petites routines qui s'installent, qui font qu'on ne se sent pas uniquement touristes, mais vraiment chez nous dans ce pays si loin du nôtre. Anouk et Nathan qui filent à la moindre occasion retrouver Priya et Kannan rue Labourdonnais, des enfants de leurs âges, franco-indiens. Les barbecues chez eux, le soir, du jasmin frais dans les tresses faites par Djeyendhi, ou Sumathi, des tresses en relief, à six ou huit brins. Fêter l'anniversaire de Sumathi, lui faire la surprise de lui offrir un album avec des photos de l'année dernière. Et puis préparer le voyage, beaucoup. Se décider à quitter cette ville enchanteresse un matin, vers sept heures.









C'est la mousson dans les montagnes ou nous sommes, mais entre deux averses, la beaute du soleil sur les plantations de the me donne le frisson... et quand le soir tombe et que l'on croise une tribue d'elephants sauvages qui se desaltere, la magie continue.
On monte un peu plus haut encore lundi matin, avec le train de 6h20, puis on redescendra vers Pondichery pour passer encore quelques jours dans cette ville, o combien chere a mon coeur, et a celui de V.
A tres vite !









Du jasmin dans les cheveux, les mains tatouees au henne et les bracelets qui tintent a mes chevilles, je suis tout simplement heureuse.
La magie indienne opere sur ceux que j'aime, il n'y a qu'a voir Anouk transformee en petite indienne apres un passage entre les mains d'une amie tamoule..
Je reviens vite vous raconter tout ca, pour l'instant, je savoure chaque seconde et les surprises a chaque coin de rue.
P.






















