autoportrait à la salopette

Paris, le 28 août 2011
Mon amour,
Je t'écris depuis notre appartement parisien. Tu te rends compte ? Déjà deux ans qu'on habite ici, dans cet endroit qui nous ressemble, je crois. Deux ans depuis la liberté qui nous grisait enfin, deux ans depuis la fois où on a fait l'amour sur le parquet. Il n'y avait aucun meuble encore, un petit peu d'écho entre les murs tout blancs, et pas un seul rideau aux fenêtres. On avait dormi une grande partie de la nuit par terre, entre les premiers cartons qu'on avait apporté et les plans qu'on s'était amusé à dessiner, hyperbien, sur du papier millimétré, à l'échelle et tout. On avait mille projets, tu avais trouvé des idées géniales pour aménager ce petit espace. C'était le début du printemps, je venais de fêter mes 21 ans. J'allais tous les jours chez Gallimard, j'enfilais mes chaussures à talons et je prenais le bus en bas de chez nous, celui qui a un si joli trajet. Tactac mes chaussures sur les trottoirs, tactactac. C'est à cette époque-là qu'un jour, Camille était venue m'attendre devant "mes" fenêtres ; elle revenait d'Afrique. Est-ce que c'est lors de ce voyage qu'elle est tombée amoureuse ? Je ne sais plus... En tous cas, il vient d'arriver, son rasta, elle a enfin réussi à lui obtenir un visa, et sa voix, au téléphone, qui me l'annonçait, ça m'a chauffé le cœur. C'est doux de voir nos amis heureux, hein, my love ?
L'année d'avant, au début du printemps, je fêtais mes 20 ans. J'étais allée me faire maquiller par une pro, pour être belle pour la fiesta. Tu parles, quand je vois les photos aujourd'hui, je me rends compte que j'étais toute orangée, sauf mon cou, qui était resté blanc. Ça doit être la seule fois de ma vie où j'ai mis du fond de teint. On avait préparé deux sangrias, les copains étaient arrivés, on avait dansé, ri, chanté, et pas mal bu aussi. Après les croissants partagés le lendemain matin, ils étaient tous partis, et là tu m'avais offert ton cadeau. Un guide de Bruxelles avec une jolie lettre qui me disait que tu m'invitais à passer un week-end là-bas en amoureux. Je crois que je ne t'ai jamais dit combien je t'avais trouvé attirant au volant de ta petite voiture noire, pendant le trajet de l'aller. Tu m'emmenais à Bruxelles mais en vrai, tu m'emmenais sur la lune.
Je ne me souviens pas bien, de ce que nous avions fait pendant ces deux jours. Je me souviens du jazz sur la Grand-Place, de longues promenades à pieds, du meuble acheté sans savoir s'il rentrerait dans ta voiture et du soleil qui faisait briller l'Atomium. Et aussi, de ce moment. Dans une boutique de vêtements, nous étions passés par le rayon pour bébés. Comme ça, voilà, pour voir. On riait des si petites choses, je crois qu'on se disait que c'était impossible que ça existe, des si petits humains. On riait, on riait, tu repliais bien tout pour ne pas qu'on dérange trop et tu disais que ça ne devait pas être facile à repasser, ces habits lilliputiens. Et puis j'ai vu cette combinaison, à carreaux de couleurs vives. Je ne pouvais pas la lâcher, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais elle me plaisait tellement, tellement. Tu m'as regardé dans les yeux, tu as souri, et puis tu m'as demandé dans quelle taille on allait l'acheter. Je viens de regarder l'étiquette, il y a écrit 9 mois et en la lisant, je me souviens qu'on s'était dit que c'était un joli symbole. En ressortant de la boutique, tu m'avais attrapé par la taille, et tu m'avais murmuré quelque chose à l'oreille qui commençait par ma vingt ans... Oui, vingt ans, un meuble acheté dans une brocante au débotté, des bières, des frites, et un minuscule bout de tissu dans mon sac de voyage. Évidemment, je n'en ai parlé à personne, évidemment, c'était notre secret. De rangements en déménagements, on est retombé quelques fois dessus ; tu la dépliais, cette petite salopette, tu la lissais de la main et puis on la remettait dans une boîte pour un jour.
Au printemps de cette année, j'ai fêté mes 23 ans. Tu n'étais pas là ce jour-là, tu étais à plusieurs centaines de kilomètres de moi. Mes parents avaient acheté une tarte au citron dans une des meilleures pâtisseries de Bordeaux. Je n'étais pas vraiment contente d'avoir 23 ans, j'aimais tellement l'idée des deux 2 de l'année précédente. À chaque anniversaire, je pense à ceux passés, c'est comme ça depuis toujours. Là, dans le salon de ma mamy, j'ai pensé à mes 22 ans sans toi, dans les larmes ; à mes 21 ans à Gallimard, avec mes claclac sur le bitume ; à mes 20 ans à Bruxelles, ou presque, et à cette petite salopette. Je me suis dit qu'il serait bientôt temps de la sortir de sa boîte, de la laver et de la repasser et de la mettre au bébé près de moi, celui qui jouait avec les papiers de mes cadeaux. Quand je suis rentrée de Bordeaux, on a fait une lessive des habits six mois-neuf mois. Et cet été, quand je vous ai emmené à Belle-Ile, tu lui as enfilé. C'est dingue, la vie. Un jour il y a deux amoureux enlacés dans les rues d'une ville, et trois ans plus tard, les deux mêmes amoureux avec leur bébé, assis sur une plage, à regarder l'océan vivre. Un bout de tissu en trait d'union. C'était fou de la voir porter cette salopette, hein ? Presque aussi fou que de l'entendre, elle, dire son premier mot, quelques jours plus tard. Tu sais, ce premier mot si beau, qui accélère les battements de mon coeur à chaque fois que je l'entends sortir de sa petite bouche. Bravo. Vavo !
Je t'écris depuis notre appartement parisien. Près de moi, dans un tout petit lit tout blanc, il y a notre bébé qui dort. Tu te souviens, cet été, quand elle jouait sur la plage avec mon téléphone ? Elle a appuyé seule sur le bouton, elle a pris cette photo sans faire exprès. C'est elle. Son petit nez rond, son oreille qui penche, sa bouche si joliment ourlée. Au premier plan, les carreaux de la salopette. La mer à marée haute. Et puis, tout au fond, la lumière.
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autoportrait aux nuages

Paris, le 26 juillet 2011
Ma chère Clara,
Je t'écris depuis mon appartement parisien, celui que je loue avec V. depuis déjà deux ans. Où es-tu, comment vas-tu, que fais-tu mon amie ? Je me souviens t'avoir vue rapidement à la fin d'une représentation de la pièce de papa, tu étais venue à ce petit théâtre du dix-huitième arrondissement et ce soir-là, j'étais là aussi. Comment étais-tu venue ? Sûrement à pieds, depuis chez tes parents ce n'est vraiment pas loin. Mais peut-être n'habites-tu plus à cette adresse depuis longtemps, je ne te l'avais même pas demandé. Est-ce que papa avait envoyé l'invitation à tes parents, qui t'en avaient parlé à leur tour ? Oui, sûrement, ça doit être ça. En tous cas, ce n'était pas moi qui t'avait invité, déjà on s'éloignait. Oh, sans tristesse. Juste les liens qui se détendent un peu, là, doucement. J'ai cru comprendre que ça fait partie de la vie. On avait parlé trois minutes, tu terminais ta khâgne et tu attendais les résultats du concours. Je ne sais plus bien où j'en étais moi, je n'ai pas envie de chercher, de regarder les dates, ça me fait peur, et c'était sûrement déjà le bordel de mon côté. La pièce de papa, c'était après Montréal, oui, et après Montréal, c'est devenu un peu n'importe quoi. J'ai su que tu avais réussi le concours quelques semaines après. Un message sur le répondeur de la Grande Maison, destiné aux parents mais que j'avais écouté moi, peut-être qu'ils étaient partis en vacances. C'était un été très chaud, on était là avec V. pour garder le chat et on avait décidé de peindre tous ces murs de couleur kraft, pour leur faire la surprise. J'étais nue, recouverte de taches blanches, encore plus blanches que moi et, you know, c'est difficile. Constellée. La peinture et la sueur collaient mes cheveux, et je crois que j'aimais ça. J'avais descendu le grand escalier industriel en courant mais j'avais loupé l'appel alors je m'étais servi un verre d'eau et j'étais sortie sur le balcon brûlant. Après, j'ai écouté le message qu'on avait laissé et voilà, c'était ta mère, folle de joie et de fierté d'annoncer à mes parents que tu étais reçue à normal sup' et puis aussi à une autre école prestigieuse et que du coup tu hésitais et puis elle se demandait ce qu'ils faisaient pour les vacances, elle disait que ce serait bien de se voir dans le Paris d'été. Mon ventre s'était noué d'un coup. J'étais contente pour toi, évidemment.
Mais la voix de ta mère, ça m'a fait mal au ventre. La voix de ta mère et puis d'imaginer mes parents écoutant ce message en rentrant de vacances. J'avais échoué à ce concours l'année précédente, pleine d'indifférence. Je n'étais même pas souza, non, rien du tout. Les parents s'en fichaient, ils avaient bien compris que ce n'était pas mon truc. Mamy me l'avait dit cet été-là, j'ai trois petites-filles de la deuxième génération, il y a ta cousine qui est une vraie tête, ta sœur qui est très belle et toi tu es l'artiste. Voilà, tout le monde le savait parfaitement, les études m'emmerdaient déjà et je ne ferais jamais un cursus universitaire dont je pourrais être fière. Alors pourquoi j'ai eu mal au ventre en entendant que tu avais si bien réussi ? Ma Clara, je ne sais même pas à l'heure actuelle quel a été ton choix. Peut-être es-tu normalienne aujourd'hui. Ça veut dire que tu habiterais Lyon. Dis, tu habites Lyon ? Je n'y suis jamais allée, tu m'inviterais ? Comme quand tu m'invitais à tes anniversaires, avec ton écriture ronde et appliquée. Tu sais, j'avais envie de t'écrire depuis ce message sur le répondeur, la dernière trace que j'ai de toi. Mais, la vie, enfin, tu sais. Et puis, cet été, j'ai enfin décidé de faire découvrir Belle-Ile à V., alors on a trouvé une chambre chez l'habitant et on a réservé la traversée. À peine étions-nous arrivés de l'autre côté, au si joli port de Palais, que je lui ai indiqué le chemin de notre plage. Putain Clara, toi seule pourrait comprendre que j'avais envie de chialer en arrivant au bout du chemin de terre qui domine la prairie. Il faisait si beau, j'étais avec l'homme que j'aime, dans cet endroit qui est peut-être celui que je préfère au monde. J'avais envie de pleurer.
Sous la peau, voilà, c'est gravé là, sous ma peau. La carte de cette île, les quelques rues de ce hameau. Notre hameau. On avait quel âge, tu t'en souviens, toi ; on avait quel âge la première fois qu'on s'est rencontré ? Nos parents avaient loué des maisons mitoyennes, séparées par un muret de pierres sèches. Et puis, tu penses, entre tes parents et mes parents, ça a vite collé. Deux journalistes, deux profs, la gauche de salon sans être trop caviar, deux fratries de deux enfants du même âge. Toi et moi donc, les aînées. Et puis J. et N., les puînés. Et puis, quelques années plus tard, R. et A., nés à quelques mois d'écart. On avait quoi, cinq ans, la première fois ? Tu jouais dans le jardin avec ta sœur, je m'en souviens encore. Je ris, en écrivant ça, on dirait Marcel et Gilberte du côté de chez Swann. Mais c'est vrai ma Clara. Dans mon souvenir d'enfant, tu es déjà fine et grande. Moi, non. Tu es dorée et élégante. Je suis débraillée et très blanche. Tu portes ce genre de vêtements qu'on achète chez Cyrillus ou Jacadi. J'ai sur le dos du vieux Sergent Major recyclé, appartenant à ma cousine. Tu es bien mise. Moi, non. La parisienne, toi, qui vit dans un appartement cossu. La banlieusarde, moi, qui vit dans une maison bancale au milieu d'un jardin fou. Tu es polie. Je suis polissonne. Tu joues gentiment avec ta sœur, je pince mon frère et je hurle quand il riposte. Et puis, je vois tout en accéléré. Les parents qui s'entendent si bien qu'ils décident de louer à nouveau les maisons côte à côte l'année d'après. Et l'année d'après encore. Et ça a duré toute notre enfance. On a laissé tomber les petits, J. et N., tu ne jouais plus avec elle, je ne le pinçais plus, pour la bonne raison qu'on était ensemble maintenant. Tu te souviens ? De la grosse moustache blanche de ton père, de sa voix encore plus grosse qui nous faisait peur. Du feuilleton que nous inventait papa et dont l'épisode raconté après le déjeuner nous aidait chaque jour à patienter jusqu'à ce qu'il soit l'heure de partir à la plage. De nos petits vélos. Du très vieux monsieur qui habitait le hameau et qui vendait les légumes de son potager, ce monsieur chez qui les parents nous envoyaient avec quelques sous en poche. Dans son garage, ça sentait l'huile pour les voitures et le papier journal froissé ; il avait une balance à l'ancienne et nous donnait de la ciboulette gratis, on la mangeait sur le chemin du retour. Tu te souviens ? Des jardins dans lesquels on entrait sans demander la permission et dont on se faisait parfois jeter sans ménagement, de nos brûlures d'orties, de nos griffures de ronces, de nos genoux en sang. Et le toit de cette maison qu'on escaladait. Quand je suis revenue au hameau avec V., je me suis rendue compte à quel point elle était basse, cette maison bretonne sans étage. Et pourtant, comme ça nous semblait haut ! Peu à peu tu t'es débraillée, toi aussi. Ta mère soupirait et faisait des lessives de nos vêtements salis. C'était fou d'être là Clara, je nous voyais encore, la tribu aux six enfants, les six vélos et les sièges pour les bébés sur les vélos des papas, nos courses sur les chemins de terre et puis l'arrivée en haut de la prairie. On lâchait nos vélos dans le fossé et on s'élançait, sans peur, le long du tout petit chemin côtier. On se laissait rouler au bas de la dune. Notre plage. Les goûters avec les grains de sable qui crissaient sous la dent. Les rochers, les oursins, les algues. L'ombre et la lumière. Tu sais Clara, quand on marchait V. et moi dans ce minuscule hameau, j'entendais ton rire en cascade et j'avais l'impression de tenir ta main moite de chaleur dans la mienne, dans la main de mes sept ans. On courait tellement vite, tellement, tellement vite. Nos peaux avaient le goût du sel de la mer, ta peau dorée et ma peau si blanche. Je suis revenue sur les lieux de notre enfance comme on revient sur les lieux du crime.
Je t'écris depuis mon appartement parisien. Près de moi, dans un tout petit lit tout blanc, il y a un bébé qui dort. C'est notre fille, elle s'appelle Bertille. Je suis devenue sa maman au creux de l'hiver. C'est elle sur la photo. Elle a appuyé seule sur le bouton de mon téléphone, elle a pris cette photo sans faire exprès. Son petit nez rond, son oreille qui penche, sa bouche si joliment ourlée. Derrière elle, les nuages de notre île. La mer à marée haute. Et puis, tout au fond, le soleil.
*
d'autres premières fois que la mienne
Ce n'était pas encore l'hiver mais presque, je crois qu'il faisait déjà froid. On m'avait proposé de participer à un joli projet, mais je n'avais pas envie de jouer toute seule. J'ai demandé à Anaïs si elle voulait bien créer quelque chose à partir de quoi je pourrais écrire. Elle a dit oui. D'autres premières fois que la mienne, c'était le sujet qui, pour la première fois, m'a fait écrire avec quelqu'un. J'y pense chaque matin quand je contemple ce très beau dessin d'Anaïs qui a pris place dans l'appartement.


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Anaïs vient de publier Dans la maison de poupée aux éditions Autrement.
Achetez-le, offrez-le, c'est doux, c'est tendre, c'est gai.
C'est très très bien.
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Un joli jeu trouvé chez Sissi.
1/ Quelqu'un avec qui je passe beaucoup de temps

2/ Une image de moi

3/ Quelqu'un de ma famille

4/ Quelque chose qui me rend joyeuse

5/ Une vieille photo de moi

6/ Une image de ma fratrie

7/ Une image jamais bloguée auparavant

8/ Quelqu'un qui me manque

9/ Un parent

10/ Mon endroit préféré

11/ Une personne à qui je peux tout raconter
12/ Une image de ma vie quotidienne

13/ Un endroit que j'aime

14/ Une image qui me rappelle le bon vieux temps

15/ Des amis d'enfance

16/ Une photo de moi

17/ Une image inhabituelle

18/ Une photo de mon temps libre

19/ Une image dont je suis satisfaite

20/ Une image de mes plus proches

21/ Quelqu'un qui sera toujours là pour moi

22/ Une image d'une époque qui me manque

23/ Une image de l'été dernier

24/ Une image qui me rend heureuse

25/ Quelqu'un qui me rend toujours heureuse

26/ Quelqu'un avec qui on s'amuse toujours

27/ Une image qui me fait toujours rigoler

28/ Une image bête

29/ Ma dernière photo en date

30/ Quelqu'un que je ne laisserai jamais

1/ Mon roi de ❤ - 2/ Les années lycée - 3/ Mamine - 4/ Les premières fraises - 5/ Quatre mois - 6/ ♡ - 7/ Mademoiselle B. surprise par le sommeil - 8/ C. - 9/ Papa, in India - 10/ Mon lit, tout blanc de préférence - 11/ La chatte de la Grande Maison - 12/ Un matin comme un autre - 13/ À la Grande Maison - 14/ Premier Noël à deux, dans mon appart' déglingue à Montréal - 15/ Ces étés à Belle-Ile en mer - 16/ Les années lycée bis - 17/ On dirait une flaque de passé - 18/ Quelques fois - 19/ Oui - 20/ Papa, Nathan, Anouk, Maman - 21/ Un bon vieux bouquin oui, bon, je n'étais pas toujours très inspirée ! - 22/ Les nuits à arpenter notre vieille banlieue à pieds - 23/ Un dîner dans une belle lumière - 24/ L'amour des parents - 25/ Mon amie A. - 26/ Héhé, brut, le cidre, surtout - 27/ !! - 28/ C'était pour éplucher les oignons, je crois - 29/ Ma bébée de deux mois aujourd'hui - 30/ Elle.

Là,
j'ai huit mois, et la plus belle maman au monde.
Le poupon au pyjama rose et bleu est le même que celui sur cette photo.
Le tapis qui réchauffe les tomettes se trouve sous mes pieds ce soir,
dans mon appartement parisien.
Il y a certaines choses qui ne changent pas.
Je voudrais que ne changent jamais nos regards à toutes les deux.
Le souvenir de cette photo, contemplée il y a des années,
me poursuivait depuis quelques jours.
Je l'ai retrouvée ce soir.
Elle me bouleverse.
❡

Et voilà, aujourd'hui c'est mon anniversaire. C'est joli ces deux deux côte à côte, et puis ça n'arrive pas si souvent d'avoir deux fois le même chiffre, on dirait un peu un talisman. Comme premier cadeau prématuré, j'ai reçu un très gros chagrin d'amour qui me fait sangloter depuis quelques temps dans les bras de ma maman. Alors je me concentre sur ma tribu. Et j'emmène déjeuner Nathan et Anouk ce midi, dans un petit restaurant que j'aime beaucoup. Parce que je me sens si bien avec eux, quand on se chamaille quand on rit ou quand on ne fait rien, rien d'autre que d'être amalgamés comme sur ce fauteuil qui nous a accueilli maintes et maintes fois, un pour tous et tous pour un. J'aime ces deux photos retrouvées hier, et surtout leurs deux petites têtes que j'aime à mourir.
Et je saute sur l'occasion de mon anniversaire pour vous faire un petit cadeau -en tous cas, je le considère comme tel.
Voici la séquence finale d'un de mes films préférés. Aprile, de Nanni Moretti. J'aime le mois d'avril et j'aime qu'un film porte le nom du mois d'avril, j'aime Nanni Moretti et j'aime l'écouter parler italien. Et puis enfin, j'aime ce film qui ne dure même pas une heure et demi et qui est à la fois drôle, tendre, terrible, qui traite et de politique berlusconienne, et d'accouchement avec ou sans péridurale, de la naissance d'un bébé, mais aussi de l'angoisse de ne pas faire ce qu'on aime...
Ainsi, dans cette séquence, Nanni fête ses 44 ans -autrement dit le double de mon âge d'aujourd'hui, mmhum- et un ami proche lui tend un mètre. Il lui demande combien de temps il compte vivre. Nanni répond qu'il veut vivre quatre-vingt ans. L'ami place le mètre sur 80 centimètres, auxquels il soustrait 44 centimètres, ce qui correspond à l'âge de Nanni. Puis, il lui tend le mètre en lui disant que c'est ce qu'il lui reste à vivre... J'adore véritablement la fin de ce film, ce long plan séquence pendant lequel Nanni repasse en vespa devant tous les lieux de son enfance, et se libère enfin de ce qui l'oppressait -les journaux, qu'il collectionne depuis des années- avant de revêtir sa cape d'enfant et d'arriver en courant sur le plateau du film qu'il a toujours voulu tourner sans jamais oser se lancer, une comédie musicale sur un pâtissier trotskiste. Le mètre lui a permis de mesurer que le temps potentiel qui lui reste à vivre est plus restreint que ce qu'il pensait, et il se décide enfin à en profiter. C'est ce que j'aimerais faire aussi.
22 ans, motore !
*

de mes sentiments les meilleurs
Juillet 2005, j'écrivais : Faire de
la voiture pendant de longues heures, ne penser à rien, si ce n'est au
ciel qui défile. Arriver, faire les présentations, mamy, lui, lui,
mamy. Puis reprendre la voiture, lui montrer le lac, la maison, mon
enfance. Faire les lits, puis aller au bord de la mer, se baigner,
louer des vélos. Et les jours qui filent, juste remplis de joies et de
lumières. L'odeur des pins de la piste cyclable, les photos en noir et
blanc. La plage, les vagues immenses, le goût salé de la mer. Les
baignades dans le lac, entre les roseaux, lui qui me tient dans ses
bras et moi qui lui dit regarde le ciel là bas. Le fou rire tous les
trois, jusqu'aux larmes, s'amuser de les voir rire ensemble, elle
quatre vingt trois ans, et lui, mon amoureux. Apprendre à mamy à jouer
au poker. L'écouter raconter ses histoires, les potins sur les voisins,
son premier amour, son mariage, sa vie en Algérie, ses affabulations,
ses soucis de vieille dame.
Juillet 2009. Une escapade, quatre jours volés au milieu du mois. Cette fois, c'est lui qui conduit. Je n'ai plus dix-sept ans, mais je regarde toujours le ciel défiler, dans sa petite voiture noire. On fonce droit devant, on va voir Mamy. Et ce sera le même ordre, d'abord Bordeaux, puis le lac, puis l'Océan. De la maison de ville à la petite maison au bord du lac. Des rues pavés au sable noir de vase. Du Jardin Public à l'odeur des pins. Nous arrivons vers quinze heures, Mamy nous attendait pour déjeuner mais nous n'étions pas les seuls à avoir eu l'idée de descendre par les grosses routes. Les soles nous attendent, prêtes à être cuites. La maison n'a pas bougé depuis la dernière fois où nous sommes venus, il y a plus d'un an. Le lendemain, nous reprenons la route, en direction du lac. Une heure tout rond de route, et la maison de mes grands-parents, celle où j'ai passé tous mes étés de petite fille. Au-dessus de la porte arrière, une plaque rouge porte le nom de la maison, Caprice. C'est une toute petite maison, sans étage. Devant, un petit jardin, avec le bateau de mon oncle. Ensuite, un petit portail. Puis une grande étendue d'herbes hautes et enfin, le lac. À côté du portail, deux petites plaques, où l'on peut lire chien gentil, et aussi quelque chose comme maître féroce. Était-ce une facétie de mon grand-père ? Il y a bien eu un chien, il y a de cela des années, un tout petit chien. Je suis en train de m'en souvenir, quand V. me sort de ma rêverie. Il veut que nous marchions jusqu'au lac. En approchant de l'eau, l'odeur de la vase me prend au nez, je plonge avec délice mes pieds dans le sable noir qui s'enfonce aussitôt. Je vérifie, à travers les roseaux, que le bateau bleu du voisin est bien là, comme il a toujours été là, depuis que je suis née, et même sûrement avant. Je revois mon grand-père sortir de sa barque, avec ses hautes bottes de pêche, et des brochets pour le repas de midi. Le lac est sa dernière demeure, ses cendres y ont été plongées quand j'avais douze ans.
Le sac de plage à l'arrière, on remonte dans la voiture pour cinq kilomètres. Et enfin, on arrive à l'Océan. Ni la Méditerranée, ni, encore moins, la Mer du Nord, ne trouvent grâce à mes yeux. Il faut dire que j'ai grandi avec les vagues gigantesques, les dunes, les coefficients de marée. On a arraché nos habits pour nous jeter dans l'écume, et nous avons provoqué l'Océan en duel pendant presque une heure, avant de nous faire sortir par les gens chargés de la sécurité des plages. Ce n'était pourtant que drapeau orange. Nous avons passé deux jours au soleil, à ne faire que ça, être dans l'eau, partagés entre le lac et l'Océan. Puis nous sommes revenus à Bordeaux, nous avons retrouvé Mamy. En allant fermer les volets dans une pièce de l'étage, où elle ne monte plus depuis quelques années, je suis tombée sur la photo, agrandie et encadrée, des cinquante ans de mariage de mes grands-parents. Je suis dans les bras de ma grand-mère, dans une petite robe que j'adorais, peut-être achetée pour l'occasion. Derrière nous, il y a Nathan bébé, dans les bras de maman. J'ai pris mon appareil photo et je nous ai capturé, en laissant de côté tous les autres. J'ai une frange, ces yeux clairs mais un peu sombres que j'ai toujours, et le regard planté dans l'objectif.
*
*
Le last du 22, le 27 !
last cigarette / no-no-no
last alcoholic drink / un petit peu de champagne hier soir
last car ride / no-no-no
last kiss / ce matin, ce midi, tout le temps
last cry / hé, je ne sais plus ! mais c'était sûrement de fatigue
last book bought / je n'ai pas acheté de livre depuis longtemps tiens
last book read / un passage d'A l'ombre des jeunes filles en fleurs -quand toute la petite bande est à Balbec- pendant le déménagement de la bibliothèque, et ça m'a donné envie d'aller à la mer
last movie seen / Nobody Knows pour la troisième fois
last beverage drank / un verre d'eau
last food consumed / pasta !
last crush / ikéa ?
last phone call / ma mamie
last tv show watched / Desperate Housewife, toujours
last shoes worn / rien, elles sont toutes dans des cartons, on voit qu'on en est à notre premier déménagement, on n'est pas du tout au point, je sors en chaussons dans la rue
last song played / celle que je mets en dessous
last thing bought / des ampoules -héhé, j'adore ce truc du last, ça ne sert à rien-
last download / no-no-no
last soda drank / du schweppes, miam
last thing written / mes journées dans mon agenda
last words spoken / oh coucou toi ! à Anouk qui vient nous squatter parce qu'elle est sortie du collège deux heures en avance et qui vient de frapper à la fenêtre
last ice cream eaten / crème à la rose
last webpage visited / le blog de mon amie Camille qui est en Afrique depuis deux mois et que je découvre de manière différente à travers les très belles choses qu'elle écrit
***
Et puis Janou m'a demandé il y a déjà longtemps de révéler six petites choses sur moi, et je ne peux rien refuser à Janou, alors voilà :
1- Je sais qui est celle à qui je dois envoyer le colis pour l'échange autour de la littérature jeunesse, et je suis à la fois très contente et très craintive, j'ai peur de ne pas être à la hauteur !
2- J'ai décidé de ne plus prendre le métro, ou le moins possible. Je découvre plein de bus aux trajets très chouettes, et j'adore rester le nez en l'air, à regarder les façades des immeubles.
3- Je me disais que je ferais bien une rubrique cinéma sur ce blog, avec des extraits de mes films préférés, un peu comme j'avais déjà fait pour L'homme à la caméra, parce que mine de rien ça me manque le cinéma. Elle s'intitulerait Histoire(s) du cinéma, en toute modestie. Non je rigole, ce serait pour rester dans des titres godardiens. Ça vous dit ?
4- Mon ami qui s'occupait de Moriarty travaille maintenant pour la chanteuse qui chante en-dessous de cet article. Je sens que ça va percer aussi vite que Moriarty, alors je vous invite à l'écouter. Elle est sur deezer, et je viens de découvrir qu'il y a déjà un clip pour He needs me. C'est un bon décrouvreur de talents mon copain, je trouve.
5- J'ai une passion pour les boucles d'oreille, j'adore ça, j'en porte tous les jours, et quand je n'en ai pas, je me sens un peu toute nue.
6- J'habite dans une espèce de cercle vicieux. J'ai vécu n'importe comment pendant un peu plus de deux ans, j'ai beaucoup grossi et je me suis découverte sans énergie ni entrain, en un mot procrastinatrice. Pourtant je suis pleine de projets, et d'envies mais je n'arrive pas à les réaliser. Je préfère rester dans mon lit. Je ne me sens pas jolie du tout, et du coup j'hésite à me lancer dans des trucs, même les plus simples, prendre un thé avec Audrey, ou un goûter avec Sofia. Je ne réponds plus aux mails et ne fais rien jusqu'au nouveau petit regain d'énergie qui me met dans un état d'euphorie et me donne l'impression que je sais faire des choses et que je suis quelqu'un d'intéressant. Malheureusement, ça ne dure pas longtemps. Heureusement, ça ne fatigue pas (encore) mes amis, qui me relancent à chaque fois jusqu'à ce que j'accepte enfin de sortir un peu de sous ma couette. J'ai peur que les gens pensent que je suis molle, parce que je ne le suis pas, je suis simplement incapable de sortir de cette spirale qui doit sûrement s'appeler dépression un petit peu. Je n'aime pas me plaindre donc j'évite d'en parler, du coup ça destabilise mon entourage. A chaque fois que ma vie prend un nouveau tournant, j'ai l'impression que ce sera un tremplin pour rebondir mais ça ne marche jamais vraiment. J'espère que cet appartement et ce stage me permettront enfin de mettre fin à ce état. Voilà, c'est sorti d'un coup, poufpouf. Je n'ai pas très bien respecté la consigne de Janou, c'était six choses sans importance, mais quand même un peu, parce que j'essaye de prendre ça avec le plus de légèreté -mouarf- possible.
***
Et pour plus de gaieté, Zoline -dont j'adore le blog mais je ne lui ai jamais dit alors voilà c'est l'occasion- m'a proposé le très rigolo tag' d'avril alors je le fais aussi :
Quelle est heure est-t-il chez toi ? 16H18
Avril rime avec ? Crocodile-tranquille-tactile-idylle-fébrile-infantile-subtil-gracile-cinéphile.
As tu embrassé ton chien ce matin ? Je n'en ai pas !
Aimes tu les algues? Si oui réponds directement à la question 9. Dans les caramels au beurre salé, j'adooOOOre !
Ou as tu nagé la dernière fois ? A Montréal ( argh, ça fait vraiment trop longtemps )
Ouvre un magazine, en partant de la page 77, le prochain article est .. ? Je n'ai plus de magazines, dans les cartons !
Écris
la dernière phrase que tu viens d'entendre ( de ton marmot ou de la télé
ou du poste à musique ou de ton mec ou de ta meuf ..) Il a encore eu quatre bleus, Dalé
Attention on remonte dans le temps, que faisais tu le 04/04/04 ? J'aurais pu aussi vous le dire très précisément, mais agendas dans les cartons.
Allume
la télé, zappe 6 fois et dis nous ce que tu vois ( si tu as pas de
télé sous la main réponds de nouveau à la question 7 ) Je n'ai pas la télé alors : Il est chez Fraicheur.
Écris
cette phrase sur le blog de la dernière personne qui t'a laissé un
commentaire. "En avril , manges ta main et gardes l'autre pour demain" J'aurais bien voulu mais elle n'a pas de blog.
Ton prochain concert ? Rien de prévu pour le moment, et c'est bien dommage. J'ai vu Cocorosie il n'y a pas longtemps cela dit.
Compte fleurette jusqu'à 3 : One, two, flirt !! ( Et je vous invite à lire ça du coup : http://fr.wikipedia.org/wiki/Flirt, pour l'étymologie, j'avais adoré découvrir ça ! )
C'est terminé ! Hihi, c'était bien rigolo.
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