*
Le last du 22, le 27 !
last cigarette / no-no-no
last alcoholic drink / un petit peu de champagne hier soir
last car ride / no-no-no
last kiss / ce matin, ce midi, tout le temps
last cry / hé, je ne sais plus ! mais c'était sûrement de fatigue
last book bought / je n'ai pas acheté de livre depuis longtemps tiens
last book read / un passage d'A l'ombre des jeunes filles en fleurs -quand toute la petite bande est à Balbec- pendant le déménagement de la bibliothèque, et ça m'a donné envie d'aller à la mer
last movie seen / Nobody Knows pour la troisième fois
last beverage drank / un verre d'eau
last food consumed / pasta !
last crush / ikéa ?
last phone call / ma mamie
last tv show watched / Desperate Housewife, toujours
last shoes worn / rien, elles sont toutes dans des cartons, on voit qu'on en est à notre premier déménagement, on n'est pas du tout au point, je sors en chaussons dans la rue
last song played / celle que je mets en dessous
last thing bought / des ampoules -héhé, j'adore ce truc du last, ça ne sert à rien-
last download / no-no-no
last soda drank / du schweppes, miam
last thing written / mes journées dans mon agenda
last words spoken / oh coucou toi ! à Anouk qui vient nous squatter parce qu'elle est sortie du collège deux heures en avance et qui vient de frapper à la fenêtre
last ice cream eaten / crème à la rose
last webpage visited / le blog de mon amie Camille qui est en Afrique depuis deux mois et que je découvre de manière différente à travers les très belles choses qu'elle écrit
***
Et puis Janou m'a demandé il y a déjà longtemps de révéler six petites choses sur moi, et je ne peux rien refuser à Janou, alors voilà :
1- Je sais qui est celle à qui je dois envoyer le colis pour l'échange autour de la littérature jeunesse, et je suis à la fois très contente et très craintive, j'ai peur de ne pas être à la hauteur !
2- J'ai décidé de ne plus prendre le métro, ou le moins possible. Je découvre plein de bus aux trajets très chouettes, et j'adore rester le nez en l'air, à regarder les façades des immeubles.
3- Je me disais que je ferais bien une rubrique cinéma sur ce blog, avec des extraits de mes films préférés, un peu comme j'avais déjà fait pour L'homme à la caméra, parce que mine de rien ça me manque le cinéma. Elle s'intitulerait Histoire(s) du cinéma, en toute modestie. Non je rigole, ce serait pour rester dans des titres godardiens. Ça vous dit ?
4- Mon ami qui s'occupait de Moriarty travaille maintenant pour la chanteuse qui chante en-dessous de cet article. Je sens que ça va percer aussi vite que Moriarty, alors je vous invite à l'écouter. Elle est sur deezer, et je viens de découvrir qu'il y a déjà un clip pour He needs me. C'est un bon décrouvreur de talents mon copain, je trouve.
5- J'ai une passion pour les boucles d'oreille, j'adore ça, j'en porte tous les jours, et quand je n'en ai pas, je me sens un peu toute nue.
6- J'habite dans une espèce de cercle vicieux. J'ai vécu n'importe comment pendant un peu plus de deux ans, j'ai beaucoup grossi et je me suis découverte sans énergie ni entrain, en un mot procrastinatrice. Pourtant je suis pleine de projets, et d'envies mais je n'arrive pas à les réaliser. Je préfère rester dans mon lit. Je ne me sens pas jolie du tout, et du coup j'hésite à me lancer dans des trucs, même les plus simples, prendre un thé avec Audrey, ou un goûter avec Sofia. Je ne réponds plus aux mails et ne fais rien jusqu'au nouveau petit regain d'énergie qui me met dans un état d'euphorie et me donne l'impression que je sais faire des choses et que je suis quelqu'un d'intéressant. Malheureusement, ça ne dure pas longtemps. Heureusement, ça ne fatigue pas (encore) mes amis, qui me relancent à chaque fois jusqu'à ce que j'accepte enfin de sortir un peu de sous ma couette. J'ai peur que les gens pensent que je suis molle, parce que je ne le suis pas, je suis simplement incapable de sortir de cette spirale qui doit sûrement s'appeler dépression un petit peu. Je n'aime pas me plaindre donc j'évite d'en parler, du coup ça destabilise mon entourage. A chaque fois que ma vie prend un nouveau tournant, j'ai l'impression que ce sera un tremplin pour rebondir mais ça ne marche jamais vraiment. J'espère que cet appartement et ce stage me permettront enfin de mettre fin à ce état. Voilà, c'est sorti d'un coup, poufpouf. Je n'ai pas très bien respecté la consigne de Janou, c'était six choses sans importance, mais quand même un peu, parce que j'essaye de prendre ça avec le plus de légèreté -mouarf- possible.
***
Et pour plus de gaieté, Zoline -dont j'adore le blog mais je ne lui ai jamais dit alors voilà c'est l'occasion- m'a proposé le très rigolo tag' d'avril alors je le fais aussi :
Quelle est heure est-t-il chez toi ? 16H18
Avril rime avec ? Crocodile-tranquille-tactile-idylle-fébrile-infantile-subtil-gracile-cinéphile.
As tu embrassé ton chien ce matin ? Je n'en ai pas !
Aimes tu les algues? Si oui réponds directement à la question 9. Dans les caramels au beurre salé, j'adooOOOre !
Ou as tu nagé la dernière fois ? A Montréal ( argh, ça fait vraiment trop longtemps )
Ouvre un magazine, en partant de la page 77, le prochain article est .. ? Je n'ai plus de magazines, dans les cartons !
Écris
la dernière phrase que tu viens d'entendre ( de ton marmot ou de la télé
ou du poste à musique ou de ton mec ou de ta meuf ..) Il a encore eu quatre bleus, Dalé
Attention on remonte dans le temps, que faisais tu le 04/04/04 ? J'aurais pu aussi vous le dire très précisément, mais agendas dans les cartons.
Allume
la télé, zappe 6 fois et dis nous ce que tu vois ( si tu as pas de
télé sous la main réponds de nouveau à la question 7 ) Je n'ai pas la télé alors : Il est chez Fraicheur.
Écris
cette phrase sur le blog de la dernière personne qui t'a laissé un
commentaire. "En avril , manges ta main et gardes l'autre pour demain" J'aurais bien voulu mais elle n'a pas de blog.
Ton prochain concert ? Rien de prévu pour le moment, et c'est bien dommage. J'ai vu Cocorosie il n'y a pas longtemps cela dit.
Compte fleurette jusqu'à 3 : One, two, flirt !! ( Et je vous invite à lire ça du coup : http://fr.wikipedia.org/wiki/Flirt, pour l'étymologie, j'avais adoré découvrir ça ! )
C'est terminé ! Hihi, c'était bien rigolo.
***
*
C'est l'22, c'est last.
last cigarette / toujours la même, je n'ai rien fumé depuis le mois dernier
last alcoholic drink / un verre de blanc avec papa et maman, avec un bout de tarte au chocolat
last car ride / toujours pas non
last kiss / tout à l'heure dans la forêt, après avoir sauté au-dessus d'un ravin, so romantic
last cry / l'autre soir, de fatigue -vivement avril je vous dis-
last book bought / Les bijoux de la Castafiore, madeleine proustienne
last book read / Incendies, et encore Incendies, et toujours Incendies
last movie seen / Blue Velvet de Lynch
last beverage drank / une menthe à l'eau
last food consumed / un bout de la baguette pour le petit déjeuner de demain
last crush / mon gilet violet loose à mort
last phone call / ma coupiiine madame bleue
last tv show watched / dernier épisode de Desperate Housewife
last shoes worn / de vieilles bottes pour aller crapahuter dans les bois
last song played / J'ai besoin de la lune de Manu Chao
last thing bought / la baguette du petit dej' du lundi
last download / un logiciel que je n'ai pas pu installer -paaalpitant-
last soda drank / un coca sans doute
last thing written / un mail
last words spoken / ils mangent des linguine aux courgettes, on y va ?
last ice cream eaten / je sais pas, mais je rêve de retrouver le goût de la glaçe au thé vert de mes douze ans
last webpage visited / deezer&netvibes
C'est le même visage. Celui de la petite fille de huit ans, dans la cour de récréation. Année 1996, la frange devenue trop longue que maman retient sur le haut de la tête avec une barrette. Collants à côtes, en laine, rouges vif. Ce sont les mêmes yeux. Année 1996, des lunettes rouges, elles aussi, avec plein de petites lettres noires sur les branches en plastique, pour une petite fille qui aime tant écrire, c'est parfait. Le col du chemisier blanc bordé de petites fleurs, sans doute hérité d'une cousine plus grande, comme les robes à smocks qu'elle déteste tout autant. C'est le même visage. Celui de celle qui débarque au collège, pleine d'illusions. Septembre 1998. Dix ans, et toujours les chemisiers brodés. Plus de frange, mais un carré court avec la raie au milieu. Des lunettes à la monture en plastique transparente. Bien trop jeune, bien trop mal fagotée pour avoir des amis. Et ce professeur d'art plastique, qui demande de dessiner son visage, pour que chacun découvre ce qui lui est propre. Sur la feuille Canson 24x32, c'est le même visage qu'elle essaye de dessiner. Celui qui deviendra celui de la jeune fille lycéenne. Qui a teint ses cheveux en violet, en pensant faire du roux. Qui porte des lunettes avec une monture en fer, enfin. Année 2003. Le visage de la jeune fille qui découvre avec stupeur qu'elle peut plaire. Malgré, ou plutôt, elle s'en rendra compte, grâce à ses particularités. Toutes ces taches de rousseur, de plus en plus nombreuses au fur et à mesure qu'elle grandit. Et puis ces trois grains de beauté, qui forment un triangle isocèle presque parfait. Un planté sur chaque joue, et un sur le front, pas tout à fait au milieu. Un bindi naturel. Et enfin ce défaut sur la lèvre supérieure. Cette partie gauche toujours plus rose et plus gonflée que l'autre. Que je retrouve sur le visage de la petite fille de 96, sur le crayonné de celle de 98. Qui ne me quitte jamais, qui s'accentue quand je suis fatiguée. Qui provoque les questions est-ce que c'est un bouton de fièvre ? est ce que tu t'es cognée ? et même des propositions parce que ça peut sûrement s'opérer. C'est le petit défaut que V. aime par-dessus tout, même encore plus que mon triangle de grains de beauté. C'est le même visage. Ce sera le même visage, dans dix ans, dans vingt ans. Avec des rides, de petits accrochages avec le temps. Il y aura toujours les taches de rousseur, le triangle, le défaut. Et mes yeux, derrière des lunettes à la monture en fer, qui feront un clin d'œil à la petite de 1992 avec ses toutes nouvelles montures écailles de tortue en plastique, ses verres à double-foyer, et ses dents du bonheur qui se regarde avec inquiétude dans le miroir par-dessous sa frange épaisse.
*
On est le 22, et le 22 j'ai décidé que ce serait le jour du last.
last cigarette / une
roulée avec Camille, nichées à l'arrière de la twingo, vers trois
heures du matin dans Paris désert, la pluie qui faisait un joli bruit
sur le toit - mais en fait je ne fume pas
last alcoholic drink / un peu de vin ce midi
last car ride / je n'ai toujours pas le permis
last kiss / il y a quelques instants, baiser volé
last cry /
la nuit dernière, les mots qui s'étranglent au fond de ma gorge, puis
tout mon corps secoué de longs sanglots et enfin les larmes qui coulent
coulent coulent, la taie d'oreiller mouillée sous ma joue brûlante
last book bought / Le piéton de Paris de Fargue
last book read / Le piéton de Paris
last movie seen / Les noces rebelles, un chef-d'œuvre qui fait trembler les jambes
last beverage drank / un mug de Marco Polo
last food consumed / un muffin aux pépites de chocolat by Nathan
last crush / mon foulard rose à pois blancs, léger léger léger, qui appelle le printemps
last phone call / allo Papou ?
last tv show watched / dernier épisode de Desperate Housewife
last shoes worn /
mes bottines en cuir marron, petits talons, trois boutons de chaque
côté, oubliées pendant un an au fond du meuble à chaussures, elles font
leur come-back et en plus elles vont avec tout
last song played /
celle qui est en dessous, le plus fort possible, retour quatre ans en
arrière, il y a des choses que je porte en moi et que je n'oublierais
jamais, avoir seize ans, et même ça fait peur, ainsi aiment les hommes
que j'aime chantée sur tous les tons avec elles
last thing bought / un cadeau d'anniversaire
last download / un pdf d'inscription aux écoles de journalisme pour mister V.
last soda drank / je ne sais pas, peut-être un peu de coca
last thing written / la liste des choses prévues pour notre journée de filles avec Anouk -Beaubourg, salon de thé, et un film toutes les deux, wouhou-
last words spoken / j'ai sommeil
last ice cream eaten / vanille maison by maman
last webpage visited / facebook - non mais débranchez moi ! -
En cas de tempête, ce jardin sera fermé. Elle a tellement changé, on n'a plus rien à se dire. Comment ça va, mon chat ? Ça va papou, ça va. Il va faire froid pour les trois jours à venir. Ils ont mangé le poulet aux agrumes à quatre. Tu me fais un thé des amants ? Un grand mug. Demain, café-debrief. Il y a du nouveau. J'ai une garde cette nuit, mon patient n'est pas mort. Tu as mis ton patch ? Je veux passer ma vie avec toi. L'art culinaire du Tamil Nadu. Je me suis endormie comme une masse. J'ai fait une compote de pommes à la cannelle et au gingembre, mon amour. Carambar citron. Il m'a touché l'épaule. Et alors là tu fais un toncar. Il est parti à seize heures vingt cinq. Rendez-vous au métro. J'ai plus de forfait. Trop belles tes chaussures. Ça te va bien la raie comme ça. J'ai racheté du forfait pour toi mon chou. J'ai plus de fric. Je paye ma tournée. S'il vous plaît monsieur. Tu viens de manger six cent calories. Je te trouve belle. Direct from Puduchery. T'as reçu mon message ? C'est de la folie ce qu'il se passe en ce moment. Vous les copains, je ne vous oublierai jamais. Je t'appelle, j'ai pas pu attendre. Où tu-vas, mon trésor ? Tu finis à quelle heure le mercredi ? Tu passes me prendre ? On va chez Séphora. C'est The Police. Lundi, on se prend un café ? Ça vient d'une friperie de Montréal. Tu m'envoies un texto ? On se tient au courant. Café de la mairie. Le bus suivant, c'est dans une heure. J'ai mon vélo à Opéra. J'ai parlé à l'accordéoniste. Tu veux le plaid ? Comment tu vas toi ? Place de la République. Un des deux n'est pas honnête. Tu t'arrêteras quand ? Il est trois heures du matin. Je grelotte. Allo mamou. Je t'aime. Si on allait à Bdx ? Putain t'es chiante. C'est émouvant un accouchement. Je bosse à la BU. Tu me rejoins ? Vous sortez ce week-end ? Elle a un amoureux. Je vais me faire tuer. Run run run. Tu as trois vœux. Tu m'épouses ? Je peux mourir demain. Dors bien ma coupine. Je mets le réveil à quelle heure ? On ne sera pas riches, mais nos enfants auront de beaux prénoms. J'ai fait un cauchemar. Tu me manques déjà. La peinture s'écaille. Je veux juste parler. Elle était chez le mec dont elle est amoureuse. Take it easy. Bichette. Je vais lui casser la gueule. Je lance une machine et j'arrive. Hé Zélie ! Un baiser pour chacune de tes taches de rousseur. Des amandes effilées. On se voit quand ? Chut mignonne. Je viens de rentrer. T'as trop bu ? On a grandi. On ira prendre un café. J'aime ton parfum. Elle est bisexuelle. Les amphis de latin, mythiques. Il s'appelle comment ? Tu vas à la manif ? Oui mon chou. Thanks. C'est quand le printemps ? Tu ris toujours dans ma tête. T'es où là ? Elle a couché avec un type à Bueno Aires. Je suis en week-end le mercredi. Gallimard ou Grasset ? Reste encore un peu. Mon petit chat. Une heure de décalage horaire. Ma copine qui bosse sur Beckett. Tu ne le regretteras pas. Je voudrais donner mes plaquettes. Tu manques ici. C'était bien. J'ai peur. Elles viennent d'où tes robes ? Non mademoiselle. Tiens toi droite. Mourir pour la Nouvelle Vague. Je fais mes exercices. A demain. T'es dans le train ou quoi. Les pasta de ton amour. Qu'est-ce qu'il y a ? Je ne sais pas ce que je veux. Rendez-vous à cinq heures. T'en es où dans les desperate ? On prend un café dans la semaine. Elle s'en fout. Sans toi je suis perdue. Il a eu un accident, mais il va bien. J'écris un roman. Bonjour maman. Le bureau 406A. Un mec à Châtelet. J'ai décidé de ne plus prendre le métro. L'Italie mon amour. Tu sais ce que je pense. Ma plus belle histoire d'amour c'est vous. On n'oublie rien, jamais.
last cigarette / une roulée maison avec du trop vieux tabac début décembre
last alcoholic drink / du champagne rosé, mardi soir
last car ride / j'ai pas le permis
last kiss / cette nuit
last cry / tout à l'heure, de rire
last book bought / le dernier Jamie Oliver, pour papa
last book read / La maison étrangère d'Elise Turcotte, un roman québécois
last movie seen / Le dernier jour du reste de ta vie, dans l'avion
last beverage drank / un thé noir fumé
last food consumed / des amandes et une clémentine
last crush / mon réflex lovelovelove
last phone call / une agence immobilière du treizième
last tv show watched / dernier épisode de Desperate Housewife
last shoes worn / mes bottes gris souris que j'aime d'amour
last song played / Bear Hides and Buffalo de Cocorosie, avec les petits miaulements
last thing bought / des médocs, beaucoup ( balade !!! )
last download / cette photo d'Obama jeune sur le site du Times ( sexy non ? j'aime les zomachapo )
last soda drank / un coca dans la bouteille designée par Nathalie Rykiel, reconvertie illico en soliflore
last thing written / mille trucs dans mon nouveal agenda trop beau, des mails
last words spoken / à tout à l'heure Zélie !
last ice cream eaten / une glaçe à la vanille à Montréal
last webpage visited / facebook
J'ai un plaisir immense à marcher dans ces rues de rien du tout, des rues de banlieue comme il en existe tellement d'autres. Je connais de celles-ci chaque recoin, presque chaque aspérité du macadam. Je connais toutes les maisons, et aussi les jardins. Je connais les raccourcis, la ruelle de nos vendredi amoureux, le chemin bordé d'orties. Je connais les chats du quartier, les gens qui y habitent. Je connais le passage qui mène à la barrière que l'on saute chaque jour, je connais le pont, la vue qu'il offre sur Paris, le banc du pont, là où j'ai été allaitée il y a bien longtemps, ce même banc qui a vu autant de couples se former que de ruptures, autant de larmes que de passages de came. Je connais les arrêts de bus, je connais le garage louche, le terrain de sport, le refuge de femmes battues qui est pourtant bien caché. Je connais les entrées secrètes dans certains jardins, celles qu'on utilisait quand on avait treize ans, avec madame bleue, pour chaparder des framboises et des groseilles. Je connais la vigne, un peu plus bas sur la colline, la vigne de quelques pieds qui produit deux ou trois bouteilles de vin à l'automne. Je connais les couleurs du ciel, les nuages de pollution au-dessus de Paris, la robe de soirée que la Tour Eiffel enfile chaque soir, à l'heure pile. Je connais la vieille qui kidnappe les chats pendant quelques jours, le temps de les stériliser elle-même, les grenouilles de l'étang du voisin. Je connais l'odeur du lilas, celle de l'herbe coupée, l'odeur âcre des feux de mauvaises herbes, celle enivrante du bitume après l'orage. Je connais le centre bus, la petite pharmacie qui est le seul commerce en haut de la colline, le lycée. Je connais des secrets, comme celui de l'énorme sac rempli de médicaments déterré avec deux copains dans le jardin de la maison voisine, dont la vieille propriétaire était morte brusquement. Découverte qui nous avait poussé, du haut de nos dix ans, à imaginer que la vieille dame avait été assassinée par son terrible petit-fils -un "voyou" avait dit l'agent immobilier qui cherchait à faire vendre la maison- et à recopier scrupuleusement la liste des médicaments, en trois exemplaires, un chacun, pour chercher à la pharmacie ce que ça pouvait bien être. Papier que j'ai encore, tout noirci, avec mon écriture tremblotante. Je connais des histoires, celle du voisin emmené menottes aux poignets un beau matin, celle du vieux qui a tiré à la carabine sur Mistigris, un matou bien connu, celle des amoureux de la ruelle, un certain V. et une certaine P., celle du squat derrière chez madame bleue, celle des voisins anglais, celle du moustachu du pont, celle de la maison abandonnée, celle du manoir. Je connais les culottes dans les branches de l'arbre au coin de la rue, celles qui tombent des étages de la haute maison, et qui se balançent, saison après saison, au gré du vent. Je me souviens de beaucoup de choses, il n'y a pas un seul endroit qui ne soit associé à un souvenir. Les premiers baisers, les discussions sans fin, les disputes, les tours à vélo avec les petits, les retours du collège le mercredi midi, les fois où je faisais le mur, les roses qui reviennent chaque printemps, les cerises, et les abricots dans les jardins, les premières sorties parisiennes en cachette, la chatte qui m'accompagnait presque jusqu'au lycée avant de s'en retourner à la maison, les siestes dans l'herbe au lieu d'aller en cours. Je connais les voleurs qu'on rencontre au milieu du salon en pleine nuit, les vitres brisées, les herbes folles au retour des grandes vacances. Je connais la petite rue pavée, la porte en bois, les yeux bleus du vieux qui est mort l'année dernière. Je connais les immeubles, et la façon dont ils communiquent par leurs toits, la maison où se cloître un chanteur populaire connu dans les années quatre-vingt, je connais les dîners des soirs d'été dans le jardin, pieds nus, à la lueur des bougies, la rumeur de la ville loin derrière nous. Je connais les promeneurs du dimanche qui montent jusqu'ici après le déjeuner. Un pâté de maison, c'est comme ça que ça s'appelle. Je suis si heureuse de retrouver le mien, celui qui m'a vu grandir, celui que j'ai exploré entièrement, celui qui sait tant de moi. Ce ne sont que quelques rues, oh, si banales, mais ce sont les miennes.
lumières
Quand, la semaine dernière, on a regardé un petit film en cours de dramaturgie québécoise, je me suis rendu compte que ça faisait bien trop longtemps que je n'étais pas allée au cinéma. Et pourtant, j'aime tellement les salles obscures... J'ai vraiment découvert le cinéma quand mes parents ont accepté que j'y aille seule, je devais avoir douze ou treize ans. Des petites heures volées au quotidien un peu dur de ces années-là, des petites heures pour moi, sans frère ni soeur, sans parents, juste moi avec moi. Et, au beau milieu d'inconnus, je me mettais à pleurer, à rire, j'avais la drôle d'impression d'avoir un pouvoir immense. J'aimais bien la séance du dimanche après-midi au milieu des vieilles dames, mais j'y allais quelque fois aussi le mercredi, avant les cours de danse. Je devais prendre l'air sérieux pour demander ma place, présenter ma carte de famille nombreuse, et puis tendre le billet que je tenais serré dans mon poing, et m'entendre dire que ce n'était pas un film pour une jeune fille comme moi. J'allais tout voir, au début. Tout me faisait envie, parce que tout me racontait quelque chose de la vie et semblait me promettre l'ailleurs pour cent-vingt minutes. Après tout, à la maison, on n'avait pas la télévision, et je crois que j'avais déjà lu tous les livres du rayon jeunesse de la bibliothèque, et que j'avais encore un peu peur de me lancer dans celui pour adultes. Et puis j'ai appris, un petit peu. Ce que c'était un bon film, et aussi quelques mots techniques. Je suis devenue plus exigeante. Mademoiselle-quatorze-ans avait ses réalisateurs préférés. Et lisait d'un air docte les deux revues de cinéma que la bibliothèque recevait. Mes parents m'ont emmené quelques fois dans des cinémas parisiens, La Pagode, L'action Ecole, Le Grand Action, ceux que je fréquenterai assidûment quelques années plus tard. Les années ont passé, j'ai appris tout doucement à partager un peu de tout ça avec V. à l'accepter dans mes salles sombres. J'ai étudié le cinéma en hypokhâgne et en khâgne, deux années à raison de six ou huit heures par semaine où j'ai appris à décortiquer la magie, à lui ouvrir le ventre et à déplier son mécanisme. Où j'ai aussi appris à tourner un court-métrage, à manipuler les éclairages sans me brûler les doigts, à faire silence sur le plateau. Et encore une autre année à l'université pour être licenciée de cinéma, avec un professeur génial qui nous parlait du jeu de l'acteur, et qui me ferait presque regretter. Mais j'ai pris ma décision. Je laisse derrière moi le cinéma au ventre ouvert et aux entrailles dehors, et je garde la magie, les yeux fiévreux de la petite fille de la séance du dimanche après-midi. La petite fille seule dans l'ombre. Celle qui enlève son manteau avec précaution, avant de le plier comme le lui a appris sa maman et de s'enfoncer avec délice dans le siège de velours rouge. Celle qui observe avec curiosité les gens qui viennent à la même heure qu'elle, qui cherche des yeux les habitués. Celle qui ressent une douce chaleur l'envahir quand les lumières s'éteignent doucement et que le ronronnement sourd du projecteur qui se déclenche lui emplit la tête.
Un extrait de L'homme à la caméra de Vertov..
Un chef d'oeuvre que je me lasse pas de voir et revoir
Une city symphony magnifique
Le montage, la mise en abyme, les années 30,
le ciné-oeil, le monde qui découvre la vitesse...






