sombre clarté bigarrée
Sombre.
Sombres les journées pleines de tracas. La coupure d'électricité qui survient un soir où je dois absolument réviser. Je frappe chez les voisins qui avaient déjà sorti les chandelles et m'en proposent très gentiment mais ce n'est pas à la lueur des bougies que je vais pouvoir travailler. Je descends voir au café sous l'appart' et je m'aperçois que les feux de signalisation sont aussi éteints. Tout le quartier est plongé dans le noir. Le propriétaire me dit que c'est le froid qui a fait sauter le générateur. Je m'installe à une table du café dans lequel une seule ampoule de secours fait un mince filet de lumière. Je suis en pyjama, avec mes grosses bottes de neige et ma veste avec la capuche en moumoute. Le monsieur emmène la femme qui était avec lui au fond du café et j'entends des petits rires, manifestement c'est un rendez-vous amoureux que je suis venue perturber. Alors je me fais petite souris et j'essaye de travailler tant bien que mal. Deux voitures de police surgissent, se placent devant la vitre du café. Des hommes mettent des bougies de secours au milieu du carrefour pour que les voitures ne se percutent pas. Les gyrophares des voitures tournent avec une régularité déconcertante. Bleu. Rouge. Bleu. Rouge. Bleu. Je vais leur demander combien de temps ça va durer, ils disent qu'ils n'en savent rien, mais au moins une heure, je suis française non ? Pas envie de discuter, et puis je suis en pyjama, et il fait -20° alors je retourne dans le café. Les amoureux s'embrassent toujours mais je ne les vois pas. Bleu. Rouge. Bleu. Rouge. Bleu. Rouge. Quelques heures plus tard, je rentre à l'appartement. Le lendemain, c'est une énorme fuite d'eau qui vient déranger mon programme de travail. Sombres les nuits passées à travailler, trois heures du matin, dix heures en France et papa m'envoie un mail ; quatre heures du matin, onze heures en France, et ma maman entre à l'hôpital. Sombres les jours où on ne sait plus si on est le jour ou la nuit tellement on est fatigué. Sombres les jours où on a vraiment vraiment besoin de ces petits comprimés. Rouges. Blancs.
Clair.
Clairs les matins où l'on se réveille sous la neige. Tout est immaculé. Tout va renaître. Les bruits sont étouffés, les voitures glissent sans un bruit. On est seul au monde. Les flocons parsèment les cheveux, les manteaux, les sacs. Clairs les jours où le soleil s'invite par ma fenêtre, avec cette lumière que j'aime tellement. Clairs les jours où j'ai enfin terminé un devoir à rendre, et où je peux enfin faire un vrai repas, et faire quelques courses, un thé au joli nom de Noël sous la neige, et puis de l'écume dans la casserole. Clair le rire d'Anouk qui arrive toujours avec un peu de retard à cause du décalage des conversations par ordinateurs interposés. Blanches les nuits, et blancs les jours. Les jours que je compte avant l'arrivée de V. Blanche la nouvelle année qui se profile, une année entière, toute neuve. Blanc mon manteau en fausse fourrure. Blancs mes orteils qui n'arrivent pas à se réchauffer, même avec le vernis rouge que je leur ai mis.
Coloré.
Colorés les orteils sur le tapis indien. Coloré mon calendrier de l'Avent acheté deux dollars, plein de chocolat pas bon, mais source de petit bonheur quand il s'agit d'ouvrir la fenêtre en carton. Et puis c'est un calendrier qui compte les jours jusqu'à Noël, mais aussi jusqu'au 31. New year countdown. Colorées les boules de ma guirlande avec laquelle je fais un cœur pour accueillir V. Colorées les minuscules billes rapportées d'Inde qui grossissent quand on les met dans l'eau. Roses mes joues dès que je sors le bout du nez. Violettes mes compotes pomme-pruneau. Bleues les décorations de Noël dans la ville. Rouge ma bouillotte en forme de renne. Parme les étoiles sur ma housse de couette. Jaune le pingouin en origami que Nathan m'avait offert à mon départ, accompagné de ces mots : à utiliser au creux de l'hiver, pour se rappeler qu'il fait toujours plus froid autre-part signés ton frérot. Grises les écharpes dans lesquelles je vais m'enrouler et marron à tout petits pois orangés les collants que je vais mettre demain pour aller chercher V.
Voilà une de mes chansons préférées de l'hiver, composée par Brel pour le film Un roi sans divertissement adapté du roman de Giono. Elle dit pourquoi il ne faut pas que l'hiver dure trop. Je la trouve très belle. Je vous conseille de l'écouter attentivement si vous ne la connaissez pas.
[Et pour Claire du message précédent : je ne voulais absolument pas polémiquer sur "le blog : espace privé ou public ?" ça a déjà assez été fait comme ça, on peut même consulter des thèses sur le sujet. Ce n'était donc pas mon intention de parler de gens qui me lisent et qui ne laissent pas de messages, je le fais moi-même bien souvent. Je voulais parler, en employant ce mot très vilain de fouineur de personnes de mon entourage ici à Montréal, que je croyais proches et dignes de confiance, mais qui, par un malheureux hasard, ont eu accès à ma boîte mail, ont lu ma correspondance avec V, avec mes amis, et avec des blogeuses, ce qui les a amené... à mon blog ! Je dois dire que j'étais très en colère, et le suis toujours. Voilà.]
MARIE-JEANNE. (...) Est-ce que ça a
été dur de partir ? Avez-vous beaucoup hésité ? Êtes-vous partie le
matin, le soir, la nuit ? Comment c'était de sentir votre maison
disparaître derrière vous ? Et comment c'est de marcher toute seule, de
manger toute seule, de dormir toute seule ? Est-ce que ça fait peur ?
Est-ce que ça rend triste ? Est-ce que vous regrettez, des fois ?
Qu'est ce qui vous manque le plus ? L'odeur de votre cuisine, les
petites manies de votre mari, ses chemises qui traînent, le bruit de
ses pas dans le couloir, ses colères, ses silences ? (Silence.)
Qu'est-ce que vous avez dit en partant ? Avez-vous trouvé une phrase
pour expliquer ? Vous avez sûrement trouvé une phrase. Au moins une.
Dîtes-la moi, s'il vous plaît. (Silence.) S'il vous plaît.
Violette sur la terre
Carole Fréchette
Oui, maintenant, je peux le dire. Oui ça a été dur de partir. Non, je n'ai pas beaucoup hésité, c'était une décision très simple. Je suis partie un matin, si tôt que la ville dormait encore et qu'il n'y avait personne sur le périphérique. Nathan et Anouk étaient restés à la maison parce qu'il n'y avait pas assez de place dans la voiture, ils avaient remonté les escaliers les pieds nus après m'avoir embrassé dans l'entrée. Sentir sa maison disparaître derrière soi, quand on sait que ce n'est pas pour des vacances, ça fait un tout petit plus mal au fur et à mesure qu'on avance. Oh ce n'est rien au début, et puis, quand on arrive, après avoir parcouru plus de six mille kilomètres, et qu'on regarde par-dessus son épaule, on se rend compte que finalement, c'est terrible. Marcher toute seule, manger toute seule, dormir toute seule, et puis aussi, un peu, parler toute seule, j'ai d'abord trouvé ça très désagréable, mais je me suis construit des petits rituels, fabriqués avec les minuscules choses du quotidien que j'aime tant, et maintenant, je trouve même quelque fois une certaine volupté à habiter ce lieu seule, à habiter cette ville seule, à m'habiter seule. Oui ça fait peur, oui ça rend triste, et bien plus que triste. Mais non, je n'ai jamais regretté. Ce qui me manque le plus, ce sont les gens que j'aime. J'ai toujours ricané quand on parlait de la famille -souvent avec ce grand F accablant- parce que je ne croyais pas aux liens du sang. Je croyais aux rencontres qui bouleversent, à l'amitié ou à l'amour comme une évidence foudroyante, à la famille composée avec son coeur, avec sa peau, à la famille que l'on construit soi-même en grandissant, en se frottant au monde. Je crois toujours à tout ça, mes amis les plus proches font partie de ma tribu. Mais je ne pensais pas qu'ils me manqueraient autant, les habitants de la grande maison. Papa, maman, A&N et puis la chatte. Le bruit qu'ils font, la vie qu'on trouve dans cette maison dès qu'on ouvre la porte, les petits papiers partout, les livres jusqu'au plafond, dans chaque pièce, les choses qui traînent, sur les marches de l'escalier, sur la console, sur le bar danois, les portes qui claquent, les pas sur la passerelle qu'on entend de la maison, et au son desquels on peut deviner quelle est la personne qui arrive ou qui part, la radio, la guitare de Nathan, le cor d'Anouk, la vaisselle que l'on pose dans l'égouttoir dans des constructions improbables. Voilà, c'était ça pour moi, partir, c'était laisser loin toutes ces choses qui m'énervent souvent, mais que j'aime savoir tout près, que j'aime pouvoir retrouver en sautant la barrière. Et puis c'était laisser V. après deux ans de vie passés côte à côte dans ce tout petit endroit qu'on a su faire nôtre, mais qui ne parvenait plus tellement à contenir nos projets, nos folies, notre fureur de vivre. La phrase que j'ai trouvé pour expliquer mon départ était : je dois partir. Je le sentais au fond de moi que je devais m'en aller, que je devais laisser tout cela, pour me prouver que je pouvais y arriver, que je pouvais m'en sortir seule. Je dois partir. Il le fallait. Je l'ai fait. Quatre mois plus tard, j'ai trouvé des débuts de réponse aux questions que je me posais, et j'ai trouvé d'autres questions encore. Je suis assez fière de moi. Je peux débuter 2009 sereinement, et vivre les derniers mois de mes vingt ans tranquillement. Je dois rentrer maintenant. Il faut que j'aille leur dire que je les aime. Et à quel point j'ai besoin d'eux. Alors, le colis arrivé hier, envoyé par Audrey, m'a rendu de plus en plus heureuse et émue au fur et à mesure que je découvrais les petits trésors qu'il contenait. Il y avait, parmi d'autres choses délicieuses, adorables et secrètes, cette petite maison et nos deux initiales en porcelaine. Je vois, dans ce symbole qui me va droit au coeur, et que je ne me lasse pas de regarder, comme un tout petit signe. Quelque chose qui me dit doucement que oui, il est temps de rentrer.
Et puis merci aussi et surtout à vous tous qui me lisez. Ceux qui ont laissé un commentaire, et ceux qui préfèrent rester fantômes, mes petits passagers clandestins. Je suis terriblement désolée de ne pas pouvoir vous répondre à tous, je voulais vous envoyer des mails à chacun mais j'ai des examens pendant encore dix jours, et après je retrouve mon amoureux. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. J'ai été vraiment ravie de découvrir tous vos blogs, et vos petits mots sur le mien qui me font un grand plaisir et que je relis souvent, en les dégustant comme des bonbons. J'espère vous revoir bientôt dans ma maison virtuelle, vous êtes les bienvenus ! [Contrairement à quelques personnes qui se reconnaitront, que je n'ai pas invité et qui me lisent sans avoir la sincérité de me le dire. Je changerais sans doute de maison, ou bien je serais obligée de mettre une clé sur ma porte quand j'aurais un peu plus de temps, parce que je n'aime pas tellement que l'on s'incruste chez moi uniquement pour fouiner. ] Je reviens bien vite, dès que j'ai fini d'en découdre avec la
dramaturgie et la littérature québécoise, et aussi la sociocritique des
textes. En tous cas, je souhaite solennellement la bienvenue à Bristol, Plümo, Cachou, Tigrou, Toupie, Gaufre, Kiran, Raminagrobis, Eugène, Shabada, Luciole, Ciboulette, Owen, Garp, Bouboule, Praline, Pistache, Molly, Vermine, Garfield, Zorro, Pomme et Lilith sans oublier bien sûr Gribouille, Bikini et Duvet. Tous ces chats, vivants ou non, fantasmés, aimés qui me tiendront désormais compagnie. Il y a aussi les deux poules Cocotte et Princesse et le chien Mao. Un vrai bestiaire. J'aime ça.
Et puis je mets ici Der Leiermann, vingt-quatrième et dernière pièce du Winterreise (Le Voyage d'hiver) de Schubert qui ferme aussi mon voyage d'hiver.
à la bordure
- Oh ! tu sais, on ne se sent jamais vraiment d'ici. C'est un pays bien compliqué. On n'en fait pas vraiment partie, non. Mais on s'y sent bien. C'est comme si on était dedans et dehors, à la bordure, jamais totalement impliqué, mais jamais totalement indifférent. Ce n'est pas le sentiment de l'exil, non. C'est un ailleurs. On n'est pas chez soi, voilà tout.
- Chez soi, chez soi ! lui dit-il tendrement. Y a-t-il jamais un chez-soi ? (...) Quand j'ai compris que ma mère ne reviendrait pas, en 45, encore en 46 à seize ans, j'ai compris qu'il n'y aurait plus jamais de chez-moi. Alors cette ville ou une autre. Pour moi, il n'y a que Paris. (...) Non je ne sais rien des gens d'ici.
Pourtant, sans qu'il y pense, la ville commençait à faire son chemin en lui. Il avait aimé durant l'été les enfants s'amusant dans les ruelles, les maisons de N.D.G. ployant sous les lilas au moment de son arrivée, les différents accents dans les rues, les maisons peintes tout de guingois, les balconnets fleuris, les escaliers extérieurs remplis de gens en manche de chemise, les odeurs de miel, de sésame, de pavots, les petits dépanneurs des coins de rue qui ne fermaient jamais, les murals sur les façades au centre-ville, une ville où il faisait bon vivre et où l'on prenait la vie du bon côté, le charme des choses défaites, déglinguées, inachevées avant d'être commencées. Il avait participé de toutes ses fibres au Festival de jazz dans les rues et à cette joie qui envahissait la cohue de la foule. Il avait bu goulûment l'automne, passant de longues heures sur la montagne ou le long de la Main, ou sur le plateau Mont-Royal, à la recherche d'improbables rencontres.
L'immense fatigue des pierres
Régine Robin
J'ai passé hier une très jolie après-midi puis soirée avec Janou. Elle m'a amené dans une chouette friperie, d'où je suis ressortie avec un manteau en fourrure blanche toute douce dans lequel il parait que j'ai l'air d'un ange-peluche, et trois paires de chaussures ( et encore, j'en ai laissé quelques unes, à regret ). Janou et moi faisons la même pointure, d'où ces photos rigolotes où l'on porte chacune une chaussure différente. Et puis nous avons fait quelques courses, on a acheté de quoi préparer notre dîner, ainsi qu'une bouteille de vin, après avoir montré nos cartes d'identité, ouioui, même Janou, qui était fière de paraitre toute jeune, étudiante. Puis nous sommes allées chez Janou, où c'est subtilement beau, et très chaleureux, au mur sont accrochées des sérigraphies magnifiques, et j'ai aimé voir son bureau-atelier où elle travaille toute la journée avec son amoureux. On a fait la cuisine toutes les deux, une recette québécoise d'abord, un pâté chinois délicieux et réconfortant, puis les caprices aux noix de Sissi, qui, après quelques cafouillages dus sûrement au beaujolais, se sont révélés tout simplement divins. On les a goûté dès qu'ils sont sortis du four, avec un thé au réglisse bien chaud, en écoutant de la nouvelle chanson québécoise. Quel plaisir ! Et puis des jolies choses, beaucoup de rires, et des confidences, after record, deux balades en voiture, des photos.
Et puis la joie que j'ai d'être avec Janou, de l'écouter parler, charmée par sa manière de dire les choses, bien sûr, mais aussi par son accent, par les mots propres à sa langue, par les anglicismes qui poétisent encore, à mon sens, son langage, et puis la lecture, ce matin, de cette nouvelle de Régine Robin, et aussi les chansons que j'écoute depuis la soirée d'hier, soulèvent en moi des questions. J'entends parler québécois tous les jours depuis trois mois, mais ça ne me frappe pas de la même manière chez tous mes interlocuteurs, j'ai envie d'apprendre des expressions, parce je m'intéresse de très près à cette langue, puisque la langue détermine l'identité. Et si, finalement, c'était normal que je ne me sente pas chez moi, que j'ai ce vague à l'âme constant ? Ici, je me heurte à ma propre langue, c'est dérangeant mais ça peut aussi être incroyablement drôle ou éclairant. Les mots que j'utilise fréquemment ne signifient pas forcément la même chose que pour ceux à qui je parle, ils peuvent même désigner des choses qui sont presque le contraire de ce que je voulais exprimer, il faut sans cesse réajuster, réexpliquer. Comme cet écriteau, défense de flâner. Qui prête à sourire pour un français en vacances. Mais qui, pour ma part, me fait sourire mi-figue, mi-raisin. Non pas que je sois spécialement attachée à la langue française "belle et pure", j'aime, au contraire, les inventions, les mots-valises, les jeux, les jurons. Je pouvais passer des heures, petite, le nez dans le dictionnaire du français argotique de ma mère. J'aime qu'on triture la langue, j'aime les pièges parsemés ça et là dans le français. Et j'aime le québécois pour ça, pour la poésie qui naît de ce mélange improbable de français, d'anglais, de québéquismes. Mais je voudrais cerner ce qui me fait aussi sourire mi-raisin, et je n'y arrive pas vraiment. En tous cas, je suis sûre que cela participe aussi au fait que la mélancolie n'est jamais bien loin. Peut-être parce qu'on dirait que c'est presque chez nous, mais que ça ne l'est pas ( et pour cause, c'est un pays à part entière, et pas uniquement, "la belle province" ). Et pourtant, de même que je ne suis pas spécialement attachée à la langue française, je ne suis pas attachée à la France, dans le sens où je ne ressens aucun élan patriotique quel qu'il soit. J'ai un amour infini pour certains lieux qui se trouvent en France, mais parce qu'ils sont liés à moi comme je suis liée à eux d'une manière terrible. Je fais le grand écart entre là-bas et ici, comme dit le personnage de Robin, je me sens bien ici, mais je n'en fais pas vraiment partie. Ce n'est pas le sentiment de l'exil, non. C'est un ailleurs. Mon appartement a un petit peu changé depuis le tout début, j'ai même un canapé à présent, prêté contre un sourire par mon voisin-sexy qui en avait deux. Il y a des affiches au mur, une avec Baudelaire et Flaubert, des flyers collés un peu partout, et des choses aimantées sur mon frigo. Le soleil brille toujours de manière rectiligne sur mon mur, dont je ne trouve plus la couleur si atroce que ça. J'aime cet endroit, j'aime le quartier déglingué dans lequel il se trouve. Il y a bien une part de moi ici, et un tout petit bout qui y restera. C'est très compliqué. Je tatônne, ce ne sont que des esquisses de réflexion, je suis désolée si ce n'est pas très élaboré ou si c'est barbant à lire. Mais ce soir, mon blog est un peu mon bloc-note, ou mon zap book. Du pourquoi de la mélancolie et du mal du pays au Québec. Tadam.
Et puis, Janou m'a dit que quand je mettais un lien sur mon blog vers le sien, elle avait beaucoup de visiteurs. On en a déduit qu'il y avait pas mal de gens qui me lisaient. Alors j'ai regardé un peu les statistiques, et je n'ai rien compris du tout, mais j'ai cru voir que oui, en effet, vous êtes nombreux à passer dans ma maison virtuelle. Quand je m'en suis rendu compte, j'ai eu un peu peur. Un tout petit peu. Parce que ce n'est pas une blague, cette histoire de maison virtuelle, ici c'est vraiment chez moi, il y a mon amoureux, ma famille, mes ami(e)s, mes larmes, mes joies, mes sourires, mes nuits blanches, la musique et les textes que j'aime, ce qui m'émeut, mes copines virtuelles, ma maison sur pilotis, mon anniversaire de mes vingt ans, même madame le chat de la grande maison, et même ma voix. Toute mon Inde, et des choses intimes, que j'ai voulu partager, sans me poser aucune question. Alors, le tout petit peu de peur a vite disparu, mais a laissé place, depuis, à une drôle de curiosité. Je ne dessine pas, je ne peins pas, je sais à peine coudre, et je ne fais ni crochet ni tricot, j'adore cuisiner mais je ne vous en parle jamais, je n'ai pas d'enfant ou de bébé trop mignon à mitrailler, ma besace de vie est déjà pas mal remplie, et c'est seulement ça que j'écris ici, par bribes. Mais alors, si, à votre tour, vous me disiez qui vous êtes ? Je sais déjà pour quelque uns. Mais les autres, ceux qui passent comme des fantômes -bienveillants, je me plais à la croire, n'y voyez aucune critique surtout- qui êtes vous ? Je sais que vous êtes farouches, je sais bien aussi comment ça se passe, on clique, on regarde, et puis on s'en va, parce qu'on en a encore douze à regarder dans notre netvibes ou autre, ou parce qu'il est l'heure d'aller chercher les petits à l'école, ou bien parce que tout simplement on n'a rien à dire, parce que ce n'est pas intéressant, ou trop intéressant, ou parce que ça ne nous touche pas. Si vous avez lu jusqu'ici, c'est quand même que vous êtes un petit peu intéressés, ou que votre gratin n'est pas en train de cramer, alors si vous me faisiez un petit coucou, que j'arrête d'avoir cette impression somme toute un peu désagréable de faire partie du fast-food de la vie "donnez moi un menu jeune fille de vingt ans un peu déboussolée s'il vous plait" "miam scrountch, ohohoh, dis donc, j'avais oublié comment c'était, hihihi, hop, ciao", me dire ce qui vous plaît -ou pas- par ici ? Et puis, si ce n'est pas trop intime, vous pouvez aussi me dire le nom de votre chat, et à la fin comme ça, il y aura plein de chats dans ma maison virtuelle. Bon, et puis je vais vraiment écrire mon mémoire maintenant, il est temps.
allez, et pour vous achever un bon coup, en ce dimanche matin tout grisonnant, on fait semblant qu'on a quatorze ans, qu'on en a marre que nos parents écoutent seulement france musiiique, alors on décide d'écouter un ave maria un peu spécial, un ave maria punk de l'allemagne des années quatre vingt, on monte le son à fonnnd et on chante und alle Rassen Brüder sein, ave mariaaaaa... en plus, ya un super riff de guitare, sisi.
oh les beaux jours
Je le savais et on me l'avait dit, mais l'été indien et le début de l'automne ici c'est wahou, ces couleurs ces couleurs, et tous ces arbres / Le matin quand je me réveille ou des fois quand je ne pense à rien j'entends dehors les mouettes qui crient, comme si j'étais au bord de la mer / Avec mes copines, on parcourt les rues à la recherche de nos costumes pour le party d'Halloween du Soulier de satin, le club du département de lettres, qui fait une soirée spéciale où chacun viendra lire un texte effrayant / Le matin j'aime bien ouvrir le deuxième tiroir de ma commode violette et choisir la tenue de la journée en fonction de la couleur du collant, c'est simple j'ai toutes les nuances, et même du jaune moutarde / Je n'ai pas coupé mes cheveux depuis longtemps, bien avant l'Inde et j'ai les pointes sèches, ça chatouille / J'ai retrouvé un vieux photomaton où avec V on fait semblant de fumer des cigarillos / La petite chatte va et vient, à son gré, elle et moi on est deux solitudes qui ne se parlent pas, on se regarde seulement du bout des yeux, et des fois on sourit des moustaches / J'ai fait un repas tout vert un soir, celui du jour où j'ai découvert la cafet' hype du bâtiment de lettres, là où on mange des club sandwich trop bons et où le prof de dramaturgie québécoise boit des bierres avec ses lunettes de soleil sur le nez, pour passer incognito ai-je supposé, soupe-salade-thé-raisin / On a commencé notre enquête de terrain sur les lecteurs de livres du rayon spiritualité des librairies, et puis après on était fatigué alors on est allé chez moi toutes les trois manger des muffins avec un thé au jasmin et on a joué au yam sur Beckett / J'écoute Sunny Afternoon de The Kinks, ça faisait longtemps / La vie est drôlement jolie je trouve, et j'espère bien que ça va durer.
les rayons du supermarché
Pour madame demain-je-m'y-mets, et aussi un peu pour madame la bruxelloise pour la dernière photo, voilà un peu de mon supermarché. Des rayons et des rayons remplis jusqu'au plafond de produits incongrus mais qui généralement ne me plaisent pas trop... même si je suis bien contente d'y trouver du baume carmex, héhéhé. Plein de sodas, de chips, de gâteaux à la crème au beurre et aux carottes en sucre, et du lait vendu par cinq litres dans des sacs plastiques ( erk !! ). Ici, mon voisin m'a demandé si j'étais italienne quand je lui ai dit que j'allais faire des pâtes à la sauce tomate... Alors, heureusement qu'il y a un ptit marché à côté de la fac ( ouvert 24h/24 !! ) et que vendredi, je vais cueillir des pommes dans des vergers.. Enfin un peu de vert !
dimanche 15h30
Le dimanche 21 septembre à 15h30, je travaille au soleil, avec la jolie trousse cousue par mon amoureux.
Dimanche dernier, à 15h30, j'étais au mall en train d'essayer des robes de soirée trop grandes avec une copine. Et dimanche prochain ? Un muffin aux bleuets dans un parc, peut-être.
bijou
J'aurais pu choisir de vous montrer le porte boucles d'oreilles en forme de lyre que m'a offert ma maman pour mes vingt ans -j'ai une passion pour les boucles d'oreilles- ou bien la bague de la Saint Valentin de mes dix-sept ans, ou bien ma bague-pompon bleue turquoise, ou bien encore ma boîte à bijoux de chez Muji, pleine à craquer, mes bracelets de cheville en argent, mes sautoirs.
Mais j'ai choisi ma petite bague blanche de rien du tout en forme de fleur, achetée deux euros cet été quand il commençait à faire beau.
Je l'aime beaucoup, et elle fait toujours un effet fou.
l'inconnu
Mon inconnu du vendredi à moi, en trois parties
salle de bain / miroir
Ma salle de bain est toute sombre, surtout le matin. C'est une douche à l'américaine, sans pommeau, juste un jet qui tombe du mur, et avec un gros rideau de douche bien épais -moi qui ai horreur de ça, je suis ravie- pour ne pas transformer la pièce en piscine. Une ambiance un peu hitchockienne ( écrit la fille qui pense à Psychose à chaque fois qu'elle prend sa douche ).
Alors je n'utilise pas vraiment le miroir de la salle de bain, je préfère le tout petit qu'il y a dans ma chambre, qui a le mérite d'être très ensoleillée.
C'est là que je me maquille. D'ailleurs sur la photo, mon crayon n'est pas très bien mis. Pas facile de faire les deux choses à la fois.
réveil
Au réveil, je saute dans ma veste toute douce avec la capuche en moumoute que j'ai acheté au mall, et je dis bonjour à mon amoureux, de l'autre côté de l'océan. Il est quelle heure là déjà ?
Et ça fait mal de le voir et de l'entendre, et de ne pas pouvoir le toucher, mais en même temps, c'est doux de le voir sourire.
La première photo est de moi, et la seconde de lui. On se mitraille à distance.
Vous avez la chance ( youhou ) de me voir deux minutes après mon réveil, les lunettes un peu de travers, et les cheveux en bataille, mais ça, vous ne le voyez pas, ouf !












































