


automatique
RONCES ET CHIMÈRES
Et tu te souviendras du temps pas si lointain où tous les dimanches nous restions dans la maison calfeutrée tandis que dehors le jardin dormait dans le silence de l'hiver. Le chat aux poils couleur d'orage paressait tout près de la cuisine, là d'où émanaient les odeurs de biscuits à la rose. Les enfants rentraient vers cinq heures de leur promenade au bois, et se mettaient alors à inventer mille danses, leurs jolis petits visages rougis nous paraissaient être des incendies au centre desquels leurs regards flamboyants brillaient comme des charbons ardents. La fenêtre devait, de l'extérieur, ressembler à une enluminure. Pouvait-on y lire, comme on lit dans un livre ouvert au hasard, un passage de notre vie ? Est-ce que, au contraire, le passant la regardant penserait y voir une vitrine d'antiquaire où se mêlent, sans distinction d'âge, de vieux chapeaux et des bêtes empaillées, et une vieille robe de dentelle d'un rose fané qui devient, au fur et à mesure que le temps passe, la proie pour l'ombre ? Figés à jamais, les enfants auraient le parfum flétri des fleurs cueillies trop tôt à l'ombre des statues du jardin public. Cette fenêtre, notre petite fenêtre ouverte sur le monde de la rue et des passants qui courent en remontant le col de leurs imperméables, cette petite fenêtre, t'en souviens-tu ? C'est pourtant devant elle que tu te postais, alors que le soir allait bientôt tomber, et que tu regardais sans ciller le ballet de la rue, et que tu contemplais la pluie et la nuit qui coulaient le long du carreau, inlassablement, comme l'écume revient lécher le sable, toujours. A quoi pensais-tu alors ? A quels voyages extraordinaires ? Quelle goutte suivais-tu du regard ? Je donnerais tant pour le savoir.
* Je me suis amusée là à écrire avec des contraintes,
et une pointe d'écriture automatique & surréaliste
et ça a donné ce petit texte.
Et vous, vous allez jouer ? *















