16 novembre 2008

vingt

victor

V, dix-neuf ans
Wij zijn 19 !
Photo par Barbara Berrada

Et j'emprunte à Sarah Kane qui me bouleverse son monologue dans Crave, même si je peste parce que c'est ce qui est le plus connu d'elle peut-être, alors que son théâtre est torturé et autrement plus profond que ce texte, que j'aime malgré tout, parce ce qu'il dit le petit amour de tous les jours, et je crois avoir compris auprès de V. que c'est ça qui est beau, que c'est ça qui est fort, qu'arriver à s'aimer dans l'enfilade des jours qui passent et qui ne laissent que quelques moments de répit, c'est s'aimer à la folie. En écrivant ça, je viens de me rendre compte de quelque chose, que finalement c'est presque inconcevable de vivre avec quelqu'un, que l'équilibre est tellement ténu qu'y parvenir, que s'aimer malgré tout, c'est terriblement passionnant, et dangereux. Que c'est cette contingence, parce que, aussi bien, ça pourrait ne pas être, qui donne à l'amour que l'on se porte ce reflet si spécial, cette saveur dont je ne me lasse pas. V. a vingt ans. Je célèbre notre amour enfantin, notre vieil amour, notre amour secret, notre amour crié sur le toit du monde. V. a vingt ans,  et aujourd'hui c'est le plus bel âge du monde, V. a vingt ans, nous nous sommes regardés grandir, je le vois qui devient un homme, il me voit qui devient une femme, et je trouve qu'on a de la chance, parce que l'amour est farouche, et qu'il faut sans cesse le réapprivoiser. V. a vingt ans, j'ai le coeur léger, et j'entends des musiques entêtantes.
V. a vingt ans, et je l'aime.

"Et je veux jouer à cache-cache et te donner mes vêtements et te dire que j'aime bien tes chaussures et m'asseoir sur les marches pendant que tu prends ton bain et te masser le cou et t'embrasser les pieds et te tenir la main et sortir dîner sans m'énerver quand tu manges dans mon assiette et te retrouver au Rudy's et te parler de la journée et taper ton courrier et te porter tes affaires et rire de ta paranoïa et te donner des cassettes que tu n'écoutes pas et regarder des films épatants et regarder des films nuls et me plaindre de la radio et prendre des photos de toi quand tu dors et me lever pour aller te chercher du café et des bagels et des feuilletés et aller au Florent boire un café à minuit et te laisser me voler mes cigarettes sans jamais être fichue de trouver une allumette et te parler du programme que j'ai vu la veille à la télé et t'emmener à la clinique des yeux et ne pas rire à tes blagues et avoir envie de toi le matin mais te laisser dormir et t'embrasser le dos et te caresser la peau et te dire comme j'aime tes cheveux tes yeux tes lèvres ton cou tes seins ton cul ton 

et fumer assis sur les marches jusqu'à ce que ton voisin rentre et fumer assis sur les marches jusqu'à ce que tu rentres et m'inquiéter quand tu es en retard et m'émerveiller quand tu es en avance et te donner des tournesols et aller à ta fête et y danser à en devenir bleu et me trouver désolé quand je suis dans mon tort et heureux quand tu me pardonnes et regarder tes photos et désirer t'avoir toujours connue et entendre ta voix dans mon oreille et sentir ta peau contre ma peau et avoir peur de tes colères quand tu te retrouves avec un œil tout rouge et l'autre bien bleu, les cheveux du côté gauche et ton visage qui prend un air oriental et te dire que tu es splendide et te serrer contre moi quand tu es anxieuse et t'étreindre quand tu as mal et te vouloir rien qu'à sentir ton odeur et te blesser quand je te touche et gémir quand je suis à tes côtés et gémir quand je ne le suis pas et bavoter sur tes seins et te recouvrir dans la nuit et avoir froid quand tu tires la couverture et chaud quand tu ne le fais pas et m'attendrir quand tu souris et fondre quand tu ris et ne pas comprendre pourquoi tu penses que je te rejette quand je ne te rejette pas et me demander comment tu peux bien penser que ça pourrait un jour arriver et me demander qui tu es mais t'accepter de toutes façons et te parler du garçon arbre et ange à la fois de la forêt enchantée qui a traversé l'océan parce qu'il t'aimait et t'écrire des poèmes et me demander pourquoi tu ne me crois pas et éprouver un sentiment si profond que je ne trouve pas les mots pour l'exprimer et avoir l'idée de t'acheter un chaton et j'en serais jaloux parce que tu t'occuperais plus de lui que de moi et te garder au lit quand tu dois t'en aller et pleurer comme un bébé quand tu finis par le faire et me débarrasser des cafards et t'acheter des cadeaux dont tu ne veux pas et que je remballe comme d'habitude et te demander en mariage pour que tu me dises non comme d'habitude et que je recommence malgré tout parce que même si tu penses que je ne le souhaite pas pour de bon c'est exactement ce que je veux depuis ma toute première demande et errer dans la ville en trouvant que sans toi elle est vide et vouloir ce que tu veux et me dire que je me perds mais tout en sachant qu'avec toi je suis en sûreté et te raconter ce que j'ai de pire et te donner ce que j'ai de mieux parce que tu ne mérites pas moins et répondre à tes questions quand j'aimerais autant pas et te dire la vérité quand je n'y tiens vraiment pas et chercher à être honnête parce que je sais que tu préfères et me dire tout est fini mais tenir encore dix petites minutes avant que tu ne me sortes de ta vie et oublier qui je suis et chercher à me rapprocher de toi parce que c'est beau d'apprendre à te connaître et ça mérite bien un effort et m'adresser à toi dans un mauvais allemand et en hébreu c'est encore pire et faire l'amour avec toi à trois heures du matin et peu importe peu importe peu importe comment mais communiquer un peu de / l'irrésistible immortel invincible inconditionnel intégralement réel pluri-émotionnel multispirituel tout-fidèle éternel amour que j'ai pour toi."

Sarah Kane, Manque
Edition de l'Arche, pp. 25-27

Poum poum poum
...Une valse a mis l'temps / de patenter vingt ans / pour que tu aies vingt ans / et pour que j'aie vingt ans...
Et si tout se passe bien, à l'instant où vous lirez ces lignes, on sera, V. et moi, bien loin
Alors, si vous levez le nez en l'air, et que vous regardez le ciel, et que vous croisez sur un nuage deux petites silhouettes
ce sera sans doute nous !


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06 juillet 2008

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Le temps joue à cache-cache, il fait très beau puis froid et gris, on ne sait pas trop où on en est / On a vu trois films de suite hier, c'était bien, j'aime cet état quand on sort de la dernière séance, comme ce que je ressentais au festival d'Angers un peu, sauf que là c'était au moins six films par jour et c'était l'hiver alors il faisait noir tout le temps, dans les salles et dehors, hier quand on est sortis il faisait encore un peu jour et l'air sentait bon / Avec A. on fait des cocktails maison et une demi-heure après on est pompettes et on dit des bêtises qui nous font rire / Demain je vais chez le coiffeur, mais c'est une "academy" alors je ne sais pas à quoi m'attendre, je vais être le cobaye d'un grec pendant trois heures ( les apprentis coiffeurs viennent de Grèce ouioui ) mais c'est rue du Faubourg Saint-Honoré alors je me dis que l'immeuble sera sans doute beau / Je découvre les jolis instants capturés sur ce blog qui me touche beaucoup beaucoup / J'essaye de déblayer mes journées à venir pour avoir quelques instants à partager avec Audrey, ce qui me plairait énormément / Je fais le clown pour dérider papa qui est très très fatigué, et pour consoler maman qui a trouvé un chat mort de vieillesse dans le jardin / Je ris avec Anouk / J'ai reçu une très chouette enveloppe de la part de Charlotte, mon coeur a fait boumboum quand j'ai vu le joli badge qu'elle m'a envoyé / Je mange des salades de tomate comme j'aime.

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17 juin 2008

vunvdeux
vtrois
vquatre

Il y a cette ruelle, celle où il y a un long muret en briques rouges et la maison mystérieuse tout au fond. C'est la ruelle des vendredi. Une après-midi, tu m'avais raccompagné, mais on s'était arrêté là, dans la ruelle, et on avait parlé parlé parlé. Le rituel s'est installé doucement. Et tous les vendredi, on se retrouvait là. Même s'il pleuvait très fort, même si les toits des voitures portaient deux centimètres de neige. Même si la nuit était tombée, même si on savait qu'on allait louper le dîner, même si mes parents me demanderaient encore où j'étais passée. On restait de plus en plus tard, à parler, ou à ne rien dire, à courir, à escalader le muret de briques, à rire, à cueillir des fleurs. Un soir de février, au moment où je partais, tes lèvres se sont penchées sur les miennes, mais je me suis dégagée d'un mouvement brusque. Le lendemain, je recevais une lettre pleine de remords et de pardons. On ne s'est plus parlé pendant un mois, puis, un vendredi, on s'est retrouvé dans la ruelle tous les deux. Et puis le vendredi d'après, et celui d'après encore. La vie reprenait son cours. Et, un soir, bien plus tard, ce fut moi qui me suis blottie contre toi, et qui ai posé mes lèvres dans ton cou. Oh la douceur, oh l'inquiétude, oh l'émerveillement du baiser au garçon de quinze ans ! Oh le silence qui a suivi, oh tes yeux plongés dans les miens ! Quelques semaines après, mes parents étant partis pour deux jours, nous avons monté une expédition. Aller voir un Lubitsch à l'Action Ecoles. Il n'y avait pas grand monde dans la salle ce soir-là, et encore moins de gens de notre âge. On ne s'est pas tenu la main, on ne voulait surtout pas être "comme les autres" ... Tu m'as glissé "bon film" quand les lumières se sont éteintes, et je me suis dit qu'on ne m'avait jamais souhaité ça. Ensuite, tu es venu avec moi, dans ma maison vide. On s'est fait un dîner, et on a parlé toute la nuit. Quand tu es reparti au petit matin, alors que nos lèvres ne s'étaient encore jamais rencontrées, j'ai su qu'on allait vivre des moments inoubliables. Toi le garçon qui aime le rose, qui se maquille quelques fois les yeux au crayon noir, toi dont les rêves sont emmêlés aux miens, toi que j'ai vu devenir un homme, et toi que j'ai quelques fois deviné enfant. Toi qui me fais mourir de rire, toi avec qui je peux danser à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Toi qui pleures, toi qui t'es opposé à tes parents pour faire une hypokhâgne alors que tu étais un scientifique, toi qui couds mieux que moi, et qui repasses aussi mieux que moi, même les housses de couette. Toi dont le prénom commence par un V comme un oiseau dont les ailes se mettent à battre, V comme tes bras qui s'ouvrent en grand quand je descends d'un train et que tu m'attends sur le quai, toi avec qui je suis allée à Londres, à Amsterdam, en Inde, à Bruxelles planter les graines des souvenirs qui grandissent en nous, toi qui dis "darling en goguette" pour me faire sourire, toi qui écris les plus belles lettres d'amour. Toi qui joues du saxo comme un jazzman, toi qui m'attrapes la main et qui te mets à courir très vite parce qu'on va encore rater la séance. Toi qui m'encourages toujours, qui me connais mieux que personne, toi qui fais semblant de ne pas me voir quand je me cache pour te surprendre. Toi qui lis Shakespeare et toi qui m'offres des fleurs. Toi qui écris chaque soir dans ton petit carnet les moments passés ensemble pour ne pas les oublier, toi qui m'a aussi appris la douleur, et la souffrance qu'il y a à aimer, toi mon amant, toi mon amoureux. Tant que tes yeux restent plongés dans les miens, le monde peut s'arrêter de tourner, je m'en fiche.


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22 mai 2008

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nathan

nathaan

Ma maman m'a offert des roses du jardin pour mettre au studio / Nathan a soufflé ses seize bougies sur le gâteau en forme de terrain de rugby que je lui avais fait, et ma foi il avait l'air content / Mais il aura aussi le fraisier de maman comme chaque année / J'ai fini les cours et les partiels, je ne retournerais à la fac que pour fignoler mon voyage d'échange à Montréal pour septembre prochain / Je suis donc en vacances / On part à Bruxelles avec mon amoureux / J'ai bu aujourd'hui un excellent thé "le genmaïcha est un thé composé de thé vert Sencha, de grains de maïs et de riz torréfiés au goût très original, fin et délicat de noisette grillée" en écrivant dans mes différents carnets, les pieds nus, et le nez dans les roses.. délicieux moments que je passe seule en attendant qu'il rentre du saxophone / J'attends l'Inde / J'en reviens pas d'avoir vingt ans et je me dis qu'il serait temps de faire quelque chose de ma vie / J'ai vu mes amies hier, elles étaient printanières, elles étaient belles / Je vais ranger dans mes grandes boîtes rouges les cours de cette année qui sera définitivement derrière moi, une année tellement étrange, je trouve qu'elle sera bien mieux dans mes boîtes / J'ai envie d'ouvrir une nouvelle page de ma vie, et je veux y arriver, j'y crois fortfortfort / J'ai eu 15 à mon devoir sur les intertextes dans Blanche ou l'Oubli dont j'avais un peu parlé ici / Dehors le soir tombe, Anouk va chercher un pull et on dîne sur la terrasse /

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23 avril 2008

Hier je retombe donc sur ces photos "au chapeau" et aujourd'hui, en travaillant mes cours de cinéma, je croise cette phrase de Bonitzer "Le regard-caméra, le regard dans l'objectif est en effet un lapsus où se trahit le désir : celui de l'Autre, hors-champ"...

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Alors je pense à ce passage sublime de Monika de Bergman, où elle lance comme un défi ce regard qui nous cloue littéralement sur place... J'ai envie de le mettre ici, même si ce n'est vraiment pas la même chose qu'au cinéma, dans une salle obscure, quand, au bout d'une heure de film, elle nous regarde ainsi...
Godard dit que "c'est le plan le plus triste de l'histoire du cinéma"..
Je n'en suis pas si sûre..

 

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14 avril 2008

Petit clin d'oeil aux tartines de sidonie, une photo de mes bottes prise dans le métro...

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Et une photocopie de ma période
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Ici un vieux collier de perles de bois, la recette du lassi à la rose, une pince à linge rose, un paquet de chewing-gum, et une photo de moi en mousquetaire.
Ca m'a fait tout drôle de la retrouver..

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05 avril 2008

Quelques minutes après, les deux demoiselles des photos d'en-dessous se retrouvaient... sans dessus dessous ! Bon, promis, j'arrête avec cette série du RER, mais j'avais envie qu'elle ait une place ici..

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04 avril 2008

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01 avril 2008

Sur la ligne du RER B en direction de Paris, entre Bourg-la-Reine et Bagneux, juste avant de passer sous un pont, on peut voir, à notre gauche, une croix plantée dans le talus. C'est une petite croix blanche, entourée amoureusement de briques qui semblent la protéger de tous les vents. Malgré les années, elle tient bon. Est-ce la croix d'un chat mort, ou d'un chien, d'un objet perdu, d'un enfant peut-être même.. ?
Plus loin, juste avant Laplace, il y a cette maison au crépis ocre et aux volets rouges dentellés. Et à la vieille femme qui arrose ses géraniums, quelque soit le temps, en regardant le train passer.
Et ça me donne envie de revoir L'amour existe de Pialat..

pois

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28 mars 2008

chat

J'aime bien le vendredi parce que je ne travaille pas. Alors ça fait de longs week-end, et le vendredi soir, c'est la liberté parce qu'il nous reste encore beaucoup de temps ! Mais aujourd'hui, ici, il pleuvait. J'ai quand même décidé d'aller me ballader et j'ai trouvé un foulard tout doux et très grand pour s'enrouler dedans. Il est vert anis, rose, noir, avec un peu de blanc et de gris. Je suis très contente.
/Merci beaucoup de votre accueil, ça me touche énormément !/

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