aux encres des amours les navires se déchirent

Évidemment qu'est-ce que tu crois connasse connasse connasse, évidemment que c'est dur, évidemment que j'ai mal partout, que j'ai peur tout le temps, que j'ai envie d'hurler à la lune ; j'ai vingt-quatre ans, une enfant de deux ans j'ai pas encore de métier et je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie de sa vie de nos vies de la vie. Et toi, V., le roi du silence, le mort-vivant, trop mort ou trop vivant je ne sais pas je ne sais pas je ne sais plus, le zombie remuant de ma sombre existence, tu pars, toujours tu pars, tu prends tout et ne laisses rien et c'est comme si rien de tout ça n'avait existé, c'est comme si jamais là un jour nous avions fait l'amour à même le parquet heureux tellement heureux que nous étions de mettre nos deux vies dans un même appartement, c'est comme si jamais là un jour nous avions hurlé de joie en voyant notre enfant notre enfant se mettre debout et marcher pour la première fois, c'est comme si jamais là il y avait eu les bougies soufflées les corps caressés les baisers volés les coups donnés les plats mijotés les secrets échangés les cadeaux dissimulés les surprises fomentées les cris étouffés les larmes essuyées et l'amour t'en fais quoi de l'amour qu'il y avait entre nous t'en fais quoi putain putain putain de ce truc incroyable qui nous est tombé dessus à toi l'enfant de quinze ans et à moi l'enfant de quinze ans et le contrat de confiance t'en fais quoi, ah je t'entends encore dire des choses de l'avenir dire des choses sur cette plage où on a offert à notre enfant pas encore né le ciel de printemps & l'océan en partage je t'entends encore rire sur cette plage de Crète où on était seuls au monde seuls avec les histoires que l'on se racontait et maintenant tout est. Évidemment que j'ai mal partout, que j'ai peur tout le temps, que j'ai envie d'hurler à la lune. J'écris le livre de l'amour perdu, je ne fais que ça vous savez, j'écris le livre du temps retrouvé, j'écris le livre des petits matins dans le lit où nos trois corps se taquinaient nos deux grands et son petit, j'écris le livre posthume, j'écris le livre du fond de l'eau et du bord de mère, j'écris le chant du cygne de ma sombre existence. La tristesse durera toujours, c'est Van Gogh qui l'a dit, juste avant de mourir, et Pialat, hein, le film de Pialat putain putain putain, pense à parler de moi chez les vivants, et, dans les dernières années du monde, souviens-toi de la ruelle, avant de crever, souviens-toi du tout premier baiser dans ton cou, avant de crever, souviens-toi de tes yeux dans les miens quand on m'ouvrait le ventre au moment où toi et moi on inscrivait pour la vie entière notre amour dans l'écorce du monde quand l'enfançon miaulait et que la vie commençait devait commencer. Évidemment que j'ai mal partout, que j'ai peur tout le temps, que j'ai envie d'hurler à la lune. Et puis il y a lui ses mots dans ma nuque qui s'étonnent de mes défenses de mes barrières de tout ce que je mets entre nous il y a ses questions et puis ses pâtes à la sauge et les néologismes dans nos messages de nouveaux néologismes qui n'existent que là juste entre lui et moi et nulle part ailleurs. Et puis il y a ses lèvres sur les miennes et les baisers en souriant et son odeur sur mon pull que je me surprends à aimer un peu un tout petit peu un tout tout tout petit peu et puis Schubert et puis tu te rends compte que ce morceau de Chopin sera à jamais lié à toi et puis les meilleures brioches au chocolat du monde et puis nos ça ira ça ira et puis Aragon et puis ah et puis la moto les frissons et puis sa main sur mon visage quand dans la nuit je me tais parce que. Évidemment que j'ai mal partout, que j'ai peur tout le temps, que j'ai envie d'hurler à la lune. Souviens-toi l'été dernier, elles me disent, toutes les incroyables femmes filles soeurs amies copines, toutes les bienfaisantes, souviens-toi l'été dernier, de l'abandon terrible et de comment tu as fait pour garder la tête hors de l'eau la tête haute la tête sur les épaules la tête froide la tête la tête la tête et moi je ne me souviens que de cette nausée qui me collait au coeur de l'impression d'être enceinte tellement ça ne me quittait pas putain cette gerbe mais c'est que je couvais gentiment mon chagrin pauvre conne que j'étais qui ne savait pas encore qu'il y aurait pire bien pire encore. Et la lumière terrifiante de beauté de ces derniers jours d'août dans Paris désert et la douleur ah la douleur ah la douleur qu'il y avait à comprendre que j'allais devoir vivre sans lui sans nous sans nous trois sans le prochain enfant de lui et de moi sans le voyage en Californie sans les mardimidisexy sans les mots inventés sans les rires bon dieu les rires qu'il pouvait y avoir entre nous jamais plus je ne rirai d'amour comme ça c'est sûr. Évidemment que j'ai mal partout, que j'ai peur tout le temps, que j'ai envie d'hurler à la lune, c'est que je dérive dans la vie d'entre deux rives, la vie d'entre deux vies. Sur le fauteuil de Jaccottet j'ai les yeux qui piquent mais je dis que c'est à cause de l'encens ah oui l'encens et puis il me dit vous allez beaucoup mieux vous savez et je n'ose pas relever la tête quand je réponds que non non non je ne vais pas mieux et puis que de toutes façons, je baisse la voix pour le dire mais je le dis quand même, je voudrais rester malheureuse encore un peu. Le temps de finir le livre de l'amour perdu le temps de dire au revoir ou à bientôt ou adieu le temps de faire couler encore un peu d'encre de larmes de vin et de lui dire de lui murmurer de lui demander n'oublie pas d'éteindre en partant.
Commentaires sur aux encres des amours les navires se déchirent
- Et bien tu vois notre histoire, moi, je n'arrive plus à l'écrire. Tant que je la trouvais belle et lui donnais du sens, les mots venaient et trouvaient leur place. Maintenant que tout est sali, je suis démunie devant ce que j'aurais voulu en dire.

Il faudra que tu m'expliques comment tu fais.
Quant à la nouvelle histoire, je te la souhaite légère, même si je crois qu'il est tôt, trop tôt, pour qu'elle parvienne à tisser sa toile en douceur.
Mais c'est du bon et c'est à prendre forcément.
Pour le reste, c'est toi et je te reconnais bien là. - Pauline,

Je ne te connais pas, seulement des mots de toi, qui me parlent, qui nous parlent à toutes. Tu sembles avoir tout compris à la vie, à la folie. Mon ventre me fait mal quand je lis ta peur panique de quoi faire de ta vie, de vos vies. Tu trouveras Pauline, parce que tu es intelligente, mais surtout parce que tu vis avec tes émotions, à leur écoute, tu ne peux pas te mentir, alors, tu feras toujours les bons choix. - Oh Pauline, que ton texte est beau, que ton texte est fort, ça me pique les yeux .. Tu décris si bien la douleur, j'ai mal pour toi, mal parce que je voudrais que tu sois heureuse. Mais ce bonheur reviendra, j'en suis sûre, tu le mérites ! Penses à Bertille, qui est et restera à jamais le fruit de votre amour passé, jamais cela ne sera autrement, car elle est l'enfant de l'Amour, je le sais.

Je pense à toi, très fort <3 - Je me joins à ceux qui disent : putain Pauline, il faut que tu fasses quelque chose avec ce don ! Ton texte est si fort, si beau malgré la douleur que l’on ressent dans la ventre, la nausée qui monte petit à petit ! L’écrire c’est déjà l’extirper de ton ventre !

Et puis la vie continue, et l’on croit qu’on ne pourra plus rire d’amour, mais on est surpris par la vie, je crois ! La vie a mille et une facettes, elle se joue de nous, mais nous rattrape au vol, elle nous conduit là où l’on ne pensait jamais aller, et pourtant on y est, finalement, pas si mal ! C’est la seule chose que je peux te dire, moi aussi qui croyais que je ne pourrais plus aimer. Et V, malgré son absence aujourd’hui, restera le papa de Bertille à jamais, restera ton premier Amour, restera quand même ! Fonce droit devant, au début sans te retourner, et même s’il y a du chagrin et de l’amertume, de la tristesse, ou du dégoût, fais confiance à la vie ! Bisous tout plein Pauline !!!! - Bon. Miss Pauline, si c'est V. que tu veux, les garçons étant des crétins (j'en suis un je sais de quoi je parles), il faut forcer sa porte. Alors tu imprimes ces petits mots si bien tournés, les autres aussi, et tu vas les lui glisser sous la porte. Enfin tu fais quelque chose quoi. Et n'oublie que les p'tits hommes sont des clampins ultra-romantiques pas tout à fait revenus de l'adolescence.

Et surtout, surtout, ne laisse pas les regrets s'installer. Même si "la vie est pleine de choses surprenantes", le temps ne va pas à rebours.
Et puis va écouter des poèmes c'est encore la meilleure thérapie.
PS: ton écriture - ce que tu dis et ta façon d'écrire - me fait penser à ce poème de Çerçénévitch: "Un toast à notre santé" http://www.poesie.net/toast.htm - Je pense à toi ma Pauline, fort fort fort. Tu n'es pas seule (même si, je sais, dans ces moments-là on se sent tout petit tout perdu seul dans sa détresse), courage. Vivement février, vivement que tu t'apaises aussi.

Et puis tu le sais pas encore parce que ce n'est pas encore possible, mais j'en suis persuadée qu'un jour, tu riras d'amour à nouveau, et tu construiras autre chose et avec toi et la magie que tu as dans les yeux et le coeur, ce sera forcément beau.
Allez, prends un bonbon "bieu" imaginaire, ça ira. Love. - la vie est une chienne...qui nous réserve des bonnes surprises et des mauvaises aussi... c'est ce qui la rend digne d'intérêt. ma fille s'appelle Pauline, je lui souhaite la même patte que toi, la même belle énergie. on ne se connaît pas, on ne se rencontrera sûrement jamais. je suis un petit peu plus âgée que toi et si je dois te dire une chose c'est que si tu paenses que V est définitivement parti, prends ton Bertillon sous le bras et foncez, les filles! votre vie sera ce que vous ferez d'elle... Je te dis, ce que je dirais à ma pèpette Pauline à moi : viens là ma doucette, mon petit coeur de beurre,ouvre ta petite main, je t'y mets du courage, tout celui que j'ai. Ferme ton poing, ta volonté fera le reste, c'est toi la plus forte... et surtout n'oublie pas que quoi qu'il arrive ta maman sera toujours là pour toi ...

- ça pique... ça pique fort même.
il y a celui qui part, celui qui reste et Bertille, balle au centre.
beaucoup de paramètres à prendre en compte avant toute décision. toi, elle, le nouveau, l'après, le maintenant, le demain... mais pas l'avant. si c'est fini, l'avant n'est plus un paramètre à prendre en compte.
le pleurer, oui. le regretter, oui. le vouloir encore, peut-être... mais c'était avant. - Comme souvent, j'ai le souffle coupe. Te lire, Pauline, est une course a perdre haleine dont on sort parfois pantelant, comme c'est le cas aujourd'hui.

Je voudrais te serrer dans mes bras. Je ne te connais pas mais cette douleur si palpable, cette angoisse matinee de colere et de tristesse, je la connais. Et j'aimerais, oui, j'aimerais etendre mes bras tres, tres loin pour te serrer meme quelques instants, vous serrer toi et ta bebee si belle. Et te dire que oui, ca ira, ca ira. Malgre tout. Ca ira. - Rah tu es contagieuse, c’est la première fois que j’écris comme ça, c’est bien moins beau que ce toi tu écris, mais quand même, dis moi si tu aimes !

http://www.lesnotesdezelda.fr/?p=13181 - A chaque fois, Pauline, je te promets qu'à chaque fois que tu poses un mot sur le papier, tu fais vibrer nos cœurs autant que le tien qui coule et tu fais des pas, en arrière en avant en rond de souris ou d'éléphant, qui sait, mais tu es là au creux de toi et en action. Tu te montres à toi-même que tu es endolorie mais tellement en vie. Peut-être qu'il faut faire l'amour à sa peine, à ses peurs pour qu'elles s'en aillent mieux. Il faut peut-être que tu continues à coudre comme ça le fil entre les jours, entre les larmes, entre l'amertume des rives passées et la chaleur des nouvelles, entre ces mots qui surgissent comme un point d'honneur un doigt d'honneur à tout ça et qui seront toujours là pour te sauver. On ne peut jamais laisser partir une histoire si tout est en un peu en morceaux. Mais tu es si forte, Pauline, avec les yeux ouverts, tu vois la beauté des choses, la beauté qui illumine et la beauté du gris et n'aie pas peur, avec tous ces présences autour de toi, Mothers & Tygers, tu te rassembles petit à petit, nous on le voit. Je t'embrasse du plus que je peux.

- C'est terrible en même temps de penser "Bravo Pauline de ce moment d'écriture partagé" et "merde alors, qu'elle soit triste comme ça, cette chouette nana, avec sa tigresse au bout de sa main!". Je connais ce que tu vis, j'ai d'ailleurs fait connaissance avec ton blog au moment de mon installation, seule avec ma fille Suzanne, il y a 4 ans environ! De loin en loin je te lis, je te regarde vivre et je te sais entourée, aimée, accompagnée, tout cela ne fait pas l'économie de la douleur bien sûr, mais je crois que tu as le pouvoir de transcender, sublimer ta douleur dans l'écriture. Alors oui, Bravo Pauline de ton talent. et sache toi qui à plaisir à prendre le train, que ma porte t'es ouverte si tu as envie de changer de bocal! Je ne sais pas à Paris aujourd'hui mais ici à Bordeaux, y'a du soleil!! Do

- Pauline, tes écrits résonnent en moi.

Récemment j'ai lu "On ne se remet jamais d'un amour essentiel", et j'ai compris. J'ai compris que la douleur que laissent les souvenirs d'un amour heureux, d'un amour vrai, d'un amour d'une vie, ouvrent une plaie immense qui fait mal, qui fait se tordre de douleur. Mais la douleur s’apaise, en laissant le temps au temps, ce genre de connerie. Puis ne reste que la grande cicatrice que l'on garde sur la poitrine et dont on se souvient toujours, toujours car elle est là, elle reste, ne s'efface pas.
Donne toi du temps et beaucoup de courage
- Ton écriture, tes mots, tes maux, c'est si beau et douloureux! Difficile de trouver alors des mots après, te dire que tu as une écriture si intense, te dire que la colère c'est le début de la guérison... cela me semble si banal et tes textes témoignent d'une personne qui ne l'est surtout pas, qui porte de si belles choses en elle que cela ne peut rester sombre. Je te le souhaite très sincèrement.

- Les joues ruisselantes à la lecture de ce texte, les tripes en vrac, les blessures anciennes et pas si anciennes qui se réveillent. J'aime la manière dont tu livres ta colère, entière, vive, vivante et ce que je sais c'est qu'il faut continuer à la cracher tant que tu peux, tant que tu as besoin et pleurer et respecter son chagrin et se respecter soi-même à défaut de n'avoir pas été respectée. Je t'envoie plein de tendresse où te lover et te ressourcer les jours de douleurs avant de mieux repartir. Cl.

- http://www.youtube.com/watch?v=sO3uq-LVfz8

je repense à ce dialogue formidable au quai Branly
il me fait pleurer et me réconforte souvent
bisettes,














